UNO PETADO DE MÈSTRE BARTOUMIÉU
Vaqui uno petado de Mèstre Bartoumiéu manlevado de l’Armana de la Pignato de 1939.
N’i’a que prenon leis enfant dei bastidan pèr de darnagas perqué trèvon pas tant lou mounde e que vien pas tant de cauvo qu’aquélei dei vilo. Lei gènt crèson que soun tóutei d’espessas. Si troumpon bougramen car de còup que li a se voulien juga em’ élei au plus fin, si trouvarien bèn souvènt couiouna.
Au countràri, estènt que vivon un pau retira soun fouaço mai mesfisènt que d’autre, e dins sa voulounta de pas si leissa aganta, an souvènt, sènso qu’acò pique à l’uei, l’esprit mai avisa.
Lou jouine Louiset de la bastido dóu Planestèu n’en douno uno provo marcanto. A pas mai de sièis an, pamens sei gènt lou mandon garda lei cabro sous lou pendis dei coualo e, franc dóu bestiàri, ve degun de vivènt tout lou sanclame dóu jour.
Un còup, à l’endré mounte gardavo, passè un moussu de la vilo, un barjacaire que si cresié fin, e que, curious, estaquè lèu soun bout emé l’enfant.
– Hòu ! moun pichoun, li faguè, siés bèn soulet.
– Nàni moussu, siéu pas tant soulet qu’acò. Siéu emé moun chin e emé mei cabro.
– E restes luen d’aqui ?
– Nàni, car quouro ai bèn camina arrìvi à l’oustau dei miéu.
– E coumo ti dien ?
– Eh bè, mi dien coumo moun paire.
– E à toun paire, coumo li dien ?
– Eh bè, li dien coumo iéu.
– Mai alor, coumo fan pèr ti crida lou sèro quouro fau s’entaula pèr manja la soupo ?
– Ah ah ! mi cridon jamai.
– E perqué ?
– Perqué coumo ai fam, siéu toujour lou proumier entaula.
UN BON MOT DE MAÎTRE BARTHÉLEMY
Voici un bon mot de Maître Barthélemy tiré de l’Almanach de la Pignato de 1939.
Il y en a qui prennent les enfants des campagnards pour des nigauds parce qu’ils ne fréquentent pas beaucoup le monde et qu’ils ne voient pas autant de choses que ceux des villes. Les gens croient que ce sont tous des rustres. Il se trompent bougrement car parfois s’ils voulaient jouer au plus fin avec eux, il se trouveraient bien souvent attrapés.
Au contraire, étant donné qu’ils vivent un peu retirés ils sont plus méfiants que d’autres, et dans leur volonté de ne pas se laisser avoir, ils sont souvent, sans que cela saute aux yeux, l’esprit plus avisé.
Le jeune Petit Louis de la ferme du Plateau en donne un preuve marquante. Il n’a pas plus de six ans, cependant ses parents l’envoient garder les chèvres sur le flanc des collines et, à part les bêtes, il ne voit personne de vivant toute la sainte journée.
Un jour à l’endroit où il gardait ses chèvres, passa un monsieur de la ville, un bavard qui se croyait fin, et qui, curieux, engagea la conversation avec l’enfant ;
– Holà ! mon petit, lui dit-il, tu es bien seul.
– Non monsieur, je ne suis pas si seul que ça. Je suis avec mon chien et avec mes chèvres.
– Et tu habites loin d’ici ?
– Non, car quand j’ai bien marché j’arrive à la maison.
– Et comment tu t’appelles ?
– Et bien, je m’appelle comme mon père.
– Et ton père, comment il s’appelle ?
– Et bien, il s’appelle comme moi.
– Mais alors, comment on fait pour t’appeler, le soir, quand il faut se mettre à table pour manger la soupe ?
– Ah ah ! on ne m’appelle jamais.
– Et pourquoi ?
– Parce que comme j’ai faim, je suis toujours le premier attablé.