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Remembranço

 

 

 

Rocobruno-sus-Argèns, vilage de ma neissènço, au pèd de soun roucas, li ai passa ma jouinesso. Puei la guerro es vengudo e l'escolo fuguè óucupado ; li anavian lou matin, lei fiho la vesprado.

Un jour, lei goumié[1] soun vengu, fuguèron parqueja à la bouchounarié qu'es devengudo encuei la salo Molière. De fes que li a, fasien de fantasia sus lou prat à la Valeto. Falié lei vèire, dre sus sei chivau, lou fusiéu à la man, cridant coumo de gau.

Puei la guerro s'es acabado, leis ome soun rintra ; pas tóuti malurousamen, coumo à cade cop, n'en manco. La vido a repres, lou travai tambèn ; li avié fouarço à faire dins nouaste bèu païs. Dóu tems, erian devengu de jouvènt, anavian plus à l'escolo mai ajudavian lou paire, que n'avié bèn besoun, dins lei camp e lei coualo. Travaiavian coumo d'ome mai n'en avian panca lou noum.

Quouro lou 14 de juliet avié  passa e que lou gros dóu travai dins lei camp èro fini, anavian passa uno semano, peraqui, au bord de la mar, au rode dei Ribo d'Or. Partian emé lou chivau e la carreto. Cargavian de fen e un pau de civado pèr lou chivau, tout ce que fasié besoun pèr faire à manja, douas damo-jano d'aigo. Quouro n'i avié plus, anavian lei rempli à la fouant. Uno fes la carreto cargado, nous endraiavian pèr Sant-Eigous. Li metian quàsi miejo journado pèr li arriba.

Uno fes sus plaço, foulié neteja lou rode pèr pousqué metre lou chivau à l'oumbro e nautre tambèn. A-n-aquelo epoco, li avié rèn de basti au bord de mar, si metian souto lei mimosa ; aqui falié pas óublida la serro, la destrau e lou vìbou. Uno fes tout acò fini, si preparavo pèr pousqué faire lou fue. Acò èro lèu lest : quatre pèiro e douas barro de ferre en travès pèr pousqué pausa la pignato dessubre.

Pas besoun de vous dire que, dóu tèms que passavian aquélei quàuquei jour au bord de mar, si fasian uno ventrado d'orsin, d'óumeleto de rastegue e de soupo de pèis. N’avian besoun perqué, la nue, fasian lou fresquié. Franc de croumpa de pan e quàuquei bricolo, manjavian que de proudu vengu de la mar.

Puei arribavon lei vendùmi. Aqui, fasian fèsto ; fau vous dire qu'à l’epoco avian la cambo lèsto. Tóuti lei sero, li avié lou bal à la guingueto. Venié de fiho d'en pertout, de Niço, de Mentoun, d'Italìo vo d'aiours. Dansavian fin-qu'à miejo-nue puei anavian si coucha perqué, lou lendeman, foulié mai ana travaia.

Puei, à nouastre tour, sian parti pèr l'armado. De retour, la vido avié mai chanja, erian devengu d'ome, si sian marida, avèn agu d'enfant puei de pichoun fiéu que aro nous dien paire-grand.

Es coumo acò que siéu arriba à setanto an. Mai, que de bouan souveni ai garda d’aquéleis an !

 

Emilo Fabre

 

 

[1] Goumier : militaire qui fait partie d'un goum. Le goum, en Afrique du Nord et en Afrique Noire, était la formation militaire supplétive fournie par une tribu (les "goums marocains").

Souvenir

 

Roquebrune-sur-Argens, village où je suis né, au pied de son rocher, où j’ai passé ma jeunesse. Puis la guerre est venue et l’école fut occupée ; nous y allions le matin, les filles l’après-midi.

Un jour les goumiers sont venus, ils furent logés à la bouchonnerie qui est devenue aujourd’hui la salle Molière. Parfois, ils faisaient des fantasias sur le pré de la Valette. Il fallait les voir, debouts sur leurs chevaux, le fusil à la main, criant comme des coqs.

Puis la guerre s’est terminée, les hommes sont rentrés ; pas tous malheureusement, comme à chaque fois, il s’en faut. La vie a repris, le travail aussi ; il y avait beaucoup à faire dans notre beau pays.  Pendant ce temps, nous étions devenus des jeunes gens, nous n’allions plus à l’école mais nous aidions le père, qui en avait bien besoin, dans les champs et dans les écoles. Nous travaillions comme des hommes mais nous n’en avions pas encore le nom.

Quand le 14 juillet était passé et que le gros du travail dans les champs était terminé, nous allions passer une semaine, à peu près, au bord de la mer, aux Rives d’Or. Nous partions avec le cheval et la charrette. Nous chargions du foin et un peu d’avoine pour les chevaux, tout ce dont on avait besoin pour faire à manger, deux dames-jeanne d’eau. Quant il n’y en avait plus, nous allions les remplir à la fontaine. Une fois la charrette chargée, nous partions pour Saint-Aygulf. Nous mettions quasiment une demi-journée pour y arriver.

Une fois sur place, il fallait nettoyer le coin pour pouvoir mettre le cheval à l’ombre et nous aussi. A cette époque il n’y avait rien de bâti au bord de mer, on se mettait sous les mimosas ; là il ne fallait pas oublier la scie, la hache et la serpe. Une fois tout cela fini, on se préparait pour pouvoir faire le feu. C’était vite prêt : quatre pierres et deux barres de fer en travers pour pouvoir poser la marmite dessus.

Pas besoin de vous dire que, pendant que l’on passait ces quelques jours au bord mer, on se faisait des ventrées d’oursins, des omelettes d’anémones de mer et de soupes de poissons. Nous en avions besoin car, la nuit, il faisait frisquet. A part acheter du pain et quelques bricoles, nous ne mangions que des produits de la mer.

Puis arrivaient les vendanges. Là, nous faisions la fête ; il faut vous dire qu’à cette époque nous avions la jambe leste. Tous les soirs il y avait bal à la guinguette. Il venait des filles de partout, de Nice, de Menton, d’Italie ou d’ailleurs. Nous dansions jusqu’à minuit puis allions nous coucher car, le lendemain, il fallait de-nouveau aller travailler.

Puis, à notre tour, nous sommes partis pour l’armée. De retour la vie avait à nouveau changé, nous étions devenus des hommes, nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants puis de petits enfants qui maintenant nous appellent grand-père.

C’est comme ça que je suis arrivé à soixante-dix ans. Mais, que de bons souvenirs j’ai gardé de ces années !

 

Emile  Fabre

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