PÈR FAIRE PLÒURE
« Pèr faire plòure » un conte dóu Cascarelet retrouba dins l’Armana Prouvençau adouba e publica de la man di felibre en l’an 1868.
L’an dóu gros eissu, plóuguè pas de tout l’an ; i’ agué ’no secaresso que roustiguè tout. Se meissounè lou 20 de mai, e n’i’a que vendemièron lou 29 d’avoust. À Jounqueireto, èron dins la desoulacioun : li font, li pous, tout èro se, vès, coume d’esco ; semblavo que lou fiò avié passa dins soun terraire. Lou counsèu de la coumuno s’assemblè.
– Messiés, diguè l’Ajoun en durbènt l’assemblado, es pas que noun sachés que Jounqueireto es desoula pèr l’eissuchino, e vous ai acampa pèr qu’entre tóuti recerqués un remèdi à la mau-parado.
– Crese que lou meiour, diguè Tounin dóu Pous-Tapa, sarié ’no bono plueio.
– Acò parlo soulet, diguè lou gros Cadau. Mai rèsto à saupre lou mejan pèr faire plòure.
– De-que ? pèr faire plòure, diguè lou Calu de la Granjo-novo, i’a rèn de plus eisa : ai toujour ausi dire que i’avié que de s’entèndre.
– Es verai, cridèron tóuti, ié sounjavian pas. Pèr faire plòure, fau s’entèndre. Entenden-nous dounc !
– Entenden-nous, e faren plòure !
– Entenden-nous ! entenden-nous, disien.
– Eh bèn, diguè l’Ajoun, sian tóuti entendu ? Tóuti bèn entendu ?
– Tóuti !
– Alor plóura… Vejan ! quouro voulès que plòugue ?
– Lou pulèu es lou meiour.
– Eh bèn ! alor deman.
– Ah ! deman… deman, diguè l’un, ai la femo que fai bugado.
– Ah bèn ! alor, dimars.
– Ah ! dimars, diguè l’autre, iéu cauque mi garbeiroun.
– Eh bèn ! alor, dimècre.
– Dimècre, un autre vèn, crese bèn qu’aquéu jour moun fen sara lèst. Un jour de mai, un jour de mens, acò fai gaire, meten à dijòu.
– Mai, sacrebiéu ! un jardinié cridè : e mi faiòu ! mi faiòu que s’entre-secon !
– Vès, diguè ’n travaiaire, remanden acò à dimenche : es un jour de repaus, e ansin i’aura ges de tèms perdu…
– Eh bèn ! diguè l’Ajoun, Messiés, leven sesiho : lou darrié de vèspro sono… A dimenche que vèn nosto nouvello reünioun ! E se nous entendèn, coume dison, e bèn faren plòure.
Lou Cascarelet
POUR FAIRE PLEUVOIR
« Pour faire pleuvoir » un conte du « Cascarelet» retrouvé dans l’Armana Prouvençau préparé et publié par les félibres en l’an 1868.
L’année de la grande sécheresse, il ne plût pas de toute l’année ; il y eut une sécheresse qui brula tout. On moissonna le 20 mai, et il y en a qui vendangèrent le 29 août. A Jonquières, on était dans la désolation : les sources, les puits, tout était sec, vous voyez, comme de l’amadou ; on aurait cru que le feu était passé sur la commune. Le conseil municipal se réunit.
– Messieurs , dit l’Adjoint en ouvrant l’assemblée, vous n’êtes pas sans
savoir que Jonquières est désolé par la sécheresse, et je vous ai rassemblés pour qu’à nous tous nous recherchions un remède à ce malheur.
– Je crois que le meilleur, dit Antoine du Puits-Bouché, serait une bonne pluie.
– Cela va de soi, dit le gros Cadau. Mais reste à connaitre le moyen pour faire pleuvoir.
– Comment ? pour faire pleuvoir, dit le Calu de la Grange-Neuve, il n’y a rien de plus facile : J’ai toujours entendu dire qu’il n’y avait qu’à s’entendre.
– C’est vrai, crièrent-ils tous, nous n’y songions pas. Pour faire pleuvoir, il faut s’entendre. Entendons-nous donc !
– Entendons-nous, et nous ferons pleuvoir !
– Entendons-nous ! entendons-nous, disaient-ils.
– Eh bien, dit l’Adjoint, nous sommes tous d’accord ? Tous biens d’accord ?
– Tous !
– Alors il pleuvra… Voyons ! quand voulez-vous qu’il pleuve ?
– Le plus tôt est le mieux
– Eh bien ! alors demain.
– Ah ! demain… demain, dit l’un, j’ai la femme qui fait la lessive.
– Et bien ! alors, mardi.
– Ah ! mardi dit l’autre, moi je foule mes gerbes.
– Eh bien ! alors, mercredi.
– Mercredi, dit un autre, je crois bien que mon foin sera prêt. Un jour de plus, un jour de moins, cela importe peu, mettons cela à jeudi.
–Mais, sacrebleu ! fit un jardinier, mes haricots, mes haricots qui sèchent !
– Voyons, dit un travailleur, remettons cela à dimanche : c’est un jour de repos, et ainsi il n’y aura pas de temps perdu…
– Eh bien dit l’Adjoint, Messieurs, levons la séance : les cloches sonnent la fin des vêpres… A dimanche qui vient notre nouvelle réunion ! Et si nous nous mettons d’accord, comme on dit, et bien nous ferons pleuvoir.