Lou Gripo-Roussignòu
Au mes de Mai, sus uno busco
Lou roussignòu, plegant lis iue,
S’èro endourmi dedins la niue ;
Mai lou rejit d’uno lambrusco
Dins sa vediho l’arrapè
E lou vaqui pres pèr li pèd.
Lou roussignòu, quand se reviho,
A bèu, pecaire, arpateja ;
Au quicho-pèd se vèi penja :
“Ah ! que soun traito li vediho !
Adiéu ma bello e mi cansoun :
Me fau mouri sus un bouissoun.”
Es desempièi que, dins Prouvènço,
A la jitello dóu maiòu
Ié dison gripo-roussignòu ;
E desempièi, pèr sa defènso,
Dedins li niue dóu mes de Mai,
Li roussignòu dormon jamai.
E sus si gardo, quite e lite,
Touto la niue menant rumour,
Fan que canta pèr sis amour :
Ah ! que li vigno crèisson vite !
En tèms d’amour, mi bèus ami,
Vau miés canta que de dourmi.

Au mois de mai, sur une branche
Le rossignol, clignant les yeux,
S'était endormi dans la nuit ;
Mais le jet d'une vigne folle
Le saisit dans sa vrille
Et le voilà pris par les pieds.
Le rossignol, lorsqu'il s'éveille,
Vainement, hélas ! se débat ;
Il se voit suspendu au piège :
"Ah ! que les vrilles sont traîtresses !
Adieu ma belle et mes chansons ;
Je dois mourir sur un buisson."
C'est depuis lors qu'en Provence,
La vrille que pousse le cep
Est nommée grippe-rossignol ;
Et depuis lors, pour leur défense,
Pendant les nuits du mois de mai,
Les rossignols ne dorment jamais.
Et sur leurs gardes, francs et libres,
Toute la nuit menant rumeur,
Ils ne font que chanter l'amour :
Ah ! que les vignes croissent vite !
En temps d'amour, mes beaux amis
Il vaut mieux chanter que dormir.
Ce poème a, peut-être, une valeur allégorique. Il est possible que le rossignol endormi, pris au piège de la vigne folle, symbolise la Provence qui perdit son indépendance le jour où les troubadours cessèrent de chanter.