LOU BESTIÀRI MALAUT DE LA PÈSTO
Fablo asatado pèr Marius Bourrelly
Un mau dóu fue de diéu ! que douno l’espravant
Ei bèsti coumo ei gènt, ei pichot coumo ei grand,
Cènt còup pu marrit que la pichouno veirolo
Que vous fa sus la pèu venir de boussignolo,
Lou colera, que vous touesso coume un ajounc ;
La pèsto ! se voulès n’en assaupre lou noum,
Au bestiàri fasié la casso.
N’en petavon pas touei, mai avien la co basso
E fasien plus seis estrambord
Coume au tèms qu’avien barbo d’or.
Lei loup cercavon plus de pessuga lei fedo,
Lei reinard d’aganta lei galino, la nue,
E lei pastre à l’avé sarravon plus lei cledo ;
Degun avié la tèsto au jue.
L’auceliho batié de l’alo,
Lei tourtouro amourouso avien la gauto palo,
Lei passeroun e lei fifi
Èro de-longo espeloufi.
Lou lien, qu’èro lou rèi de touto aquelo bando,
Un bèu matin tenguè counsèu
En disènt : Aquéu mau que lou bouen Diéu nous mando
Es pèr nous fa paga ço qu’avèn dins lou fèu.
Sian tóutei de marrias e de raço caïno,
Qu’aquéu que n’en a lou mai fa
Va prengue tout sus soun esquino,
Lou cèu n’en sara satisfa.
S’es vist mai que d’un còup lei diéu faire justìci
Quand lei maufatan soun vengu
Se li semoundre en sacrifìci.
Adounc, ansin faguen. Cadun sara tengu
De dire ço qu’a fa de marrit dins sa vido,
De nous escupi lou coudoun
Qu’a sus lou pitre. Iéu adounc,
Counfèssi, lou proumié, que jamai la pepido,
Pecaire ! m’empachè, d’agnèu e de móutoun,
Après n’agué fa d’escarpido,
De n’en faire de guletoun.
M’avien rèn fa, pamens ; mai èro lou malastre
E m’es arriba foueço còup,
Quand à biais mi venié, de sagata lou pastre
E de l’empassa sènso pòu.
Mi sacrificarai pèr la cauvo coumuno
Se va fau ; mai eici que degun iste à-n-uno
E parle coume iéu ’mé lou couer sus la man.
Veiren après ço que lei diéu decidaran.
– Sire, dis lou reinard, sias de la bueno meno,
Ço que venès de dire es paraulo de rèi !
Avès manja d’agnèu, de móutoun ; es la lèi.
De fauto coumo acò meriton ges de peno,
E vous dirai meme, Segnour,
Que tout en lei manjant li fasias tròup d’ounour.
Pèr lou pastre, es un autre afaire ;
De gènt ansin s’en parlo gaire,
Es pas necite de lei cita.
Lei pastre, es de tiran ; lei tiran soun de laire.
Sènso élei, lei móutoun viéurien en liberta !
Cadun aplaudissè noueste finot coumpaire,
E degun anè tròup cerca
Dóu tigre o de l’ourse e dis àutrei bestiàri
Que soun grand e soun fouert, leis ate de coussàri,
E passèron sus sei pecat.
Leis autre, tour à tour, venguèron à counfèsso,
E cadun segoun soun adresso
Se n’en tirè. Peréu venguè lou tour de l’ai.
Aquest, tout francamen va li dis sènso biais :
– Mi remèmbri qu’un jour, mai dóu tèms qu’èri jouine ;
Passàvi sus lei bord d’un prat, un prat de mouine,
Quand, sènso mau pensa, tout en m’espassejant
Li anèri faire un tour ; èri pas mouert de fam,
Mai l’óucasien, sabès ! lou tréule, lei cardèlo…
N’en manjèri, bessai, uno miejo-gourbèlo,
Un mié-coufin ! que vous dirai ?
N’en avié pu lèu mens que mai,
Trissado, aurié tengu touto dins uno escudello.
À-n-aquéu mot d’aqui tóutei toumbon sus l’ai ;
Lou loup, qu’èro pas bret, faguè lou pleidejaire,
Tratè l’ase de tout, de voulur, de manjaire,
E finissè pèr dire, atout, que touei lei mau
Arribavon d’aqui. Toumbè l’ai de soun aut.
L’ase siguè juja coumo à la court d’assiso ;
Aquélei qu’avien fa de mau cènt còup pu fouert
Siguèron espargna : l’ai, pèr uno bestiso,
Lou coundanèron toueis à mouert !
Aro acò’s pas nouvèu e cade jour arribo.
La lèi, coume la mar, a de trau e de gibo
Pèr pau que lou vènt boufe, e lou fan à soun grat,
Lou vènt, ei tribunau ; vous seco, vous imbibo.
Es pas toujour aquéu qu’a manja tout lou prat
Que lou jùgi coundanara :
Tròup souvènt es aquéu qu’a manja que la ribo.
LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE
Fable adaptée par Marius Bourrelly
Un mal du feu de dieu ! qui donne l’épouvante
Aux bêtes comme aux gens, aux petits comme aux grands,
Cent fois plus mauvais que la petite vérole
Qui vous fait venir des boursouflures,
Le choléra, qui vous plie comme un jonc ;
La peste ! si vous voulez en savoir le nom,
Faisait la chasse aux bêtes ;
Ils n’en mourraient pas tous, mais tous avaient la queue basse
Et ne faisaient plus de démonstrations de joie
Comme au temps où tout allait bien.
Les loups ne cherchaient plus à attraper les brebis
Les renards à attraper les poules, la nuit,
Et les bergers ne fermaient plus les enclos des troupeaux ;
Personne n’avait la tête au jeu.
Les oiseaux battaient de l’aile,
Les tourterelles amoureuses avaient la joue pale,
Les moineaux et les petits oiseaux
Étaient sans arrêt ébouriffés.
Le lion qui était le roi de toute cette bande ,
Un beau matin tint conseil
En disant : Ce mal que le bon dieu nous envoie
C’est pour nous faire payer ce que nous avons de mauvais en nous
Nous sommes tous des vauriens et des méchants,
Celui qui en a le plus fait
Va prendre tous sur lui,
Le ciel en sera satisfait
On a vu plus d’une fois les dieux faire justice
Quand les malfaisants sont venus
Se les offrir en sacrifice.
Donc, faisons ainsi. Chacun sera tenu
De dire ce qu’il a fait de mauvais dans sa vie,
De nous avouer le poids
Qu’il a sur la poitrine. Moi, donc,
Je confesse, le premier, que jamais la pépie,
Mon Dieu ! ne m’empêcha, après les avoir mis en charpie
De faire un gueuleton
D’agneaux et de moutons,
Ils ne m’avaient rien fait, cependant ; mais c’était la malchance
Et cela m’est arrivé bien des fois,
Quand cela me prenait, de massacrer le berger
Et de l’engloutir sans remord.
Je me sacrifierai pour la cause commune
S’il le faut ; mai ici que personne ne se taise
Et parle comme moi avec le cœur sur la main.
Nous verrons après ce que les dieux déciderons.
– Sire, dit le renard, vous êtes de la bonne race,
Ce que vous venez de dire est parole de roi !
Vous avez mangé des agneaux, des moutons ; c’est la loi.
Des fautes comme celles-là ne méritent aucune peine,
Et je vous dirai même, Seigneur,
Qu’en les mangeant vous leur faisiez trop d’honneur.
Pour le berger, c’est une autre affaire ;
Des gens de la sorte on n’en parle guère,
Il n’est pas nécessaire de le citer.
Les bergers, ce sont des tyrans ; les tyrans sont des larrons.
Sans eux, les moutons vivraient en liberté !
Chacun applaudit notre fin compère,
Et personne n’alla trop chercher
Du tire ou de l’ours et des autres bêtes
Qui sont grandes et fortes, les actes de brigands,
Et ils passèrent sur leurs péchés.
Les autres tour à tour vinrent à confesse,
Et chacun selon son habileté
S’en tira. Également vint le tour de l’âne.
Celui-ci, franchement leur dit sans détour :
– Je me souviens qu’un jour, mais du temps que j’étais jeune ;
Je passais sur les bords d’un pré qui appartenait aux moines,
Quand sans penser à mal, tout en me promenant
J’allai y faire un tour ; je n’étais pas mort de faim ,
Mais l’occasion, vous savez ! le trèfle, les chardons…
J’en mangeai, peut-être, une demi-corbeille,
Un demi-panier, que vous dirai-je ?
Il y en avait plutôt peu que beaucoup,
Broyé, tout aurait tenu dans une écuelle.
A ces mots tous tombèrent sur l’âne ;
Le loup qui n’était pas bègue, fit le procureur,
Il traita l’âne de tout, de voleur, de goinfre,
Et il finit par dire, aussi, que tous les mots
Venaient de là. Il démolit l’âne.
L’âne fut jugé comme à la court d’assise ;
Ceux qui avaient fait cent fois plus de mal
Furent épargnés : l’âne, pour une broutille,
Ils le condamnèrent tous à mort !
Maintenant, ceci n’est pas nouveau et arrive chaque jour.
La loi, comme la mer, a des hauts et des bas
Pour peu que le vent souffle, et il font à leur gré,
Le vent, aux tribunaux, vous sèche, vous imbibe.
Ce n’est pas toujours celui qui a mangé le pré
Que le juge condamnera :
Trop souvent c’est celui qui a mangé le bord.