LI CAMPANO DE PASCO de Teoudor AUBANEL
LES CLOCHES DE PÂQUES de Thédore AUBANEL
Di campano lou brand countènt
Coume un fum s’espandis dins l’aire...
Sounas, sounas pèr lou Sauvaire !
Sounas, sounas pèr lou printèms !
Alin, dins l’aubo que s’abraso,
Ressuscito lou gai soulèu ;
De la baumo esvartant la graso,
Lou Sauvaire sort dóu toumbèu.
Clouchié, que veses dins la plano
A ti pèd tóuti lis oustau ;
Tu que mountes sur la versano
Emé li mèle dóu coutau ;
O vièi bourdoun di catedralo
Que fas ferni lis arcadié ;
E tu, coume un cant de cigalo,
Pichot trignoun dóu mounastié ;
Jacoumar sourd, campano lindo,
Sounas, cantas tóutis ensèn ;
Galoi carrihoun, brusis, dindo
Pèr lou Sauvaire e lou printèms !...
O bèlli campano de Pasco,
Sounas, sounas, din ! dan ! dan ! doun !
La Mort, coume uno laido masco,
Gingoulo, e fugis, e s’escound.
Pertout la vido se reviho,
Dins lou bos, la vilo, li mas ;
Au founs de la claro ramiho
Lis aureto se parlon bas.
L’abiho varaio e vounvouno,
Sus li serre fai soun festin
De ço que lou printèms ié douno
E de l’eigagno dóu matin.
Li flour embaumon souto l’auro ;
Li branco soun pleno d’aucèu ;
De si grand rai lou soulèu dauro
Touto la terro e tout lou cèu.
Oh! coume la verduro es jouino !
Oh! quènti perfum an li flour !
Ah! que lou cor tresano e souino
Tout ébri de joio e d’amour !...
Di campano lou brand countènt
Coumo un fum s’espandis dins l’aire :
Sounas, sounas pèr lou Sauvaire !
Sounas, sounas pèr lou printèms !...
Es aro que fai bon de s’enana pèr orto
Sabe pas mounte barrulant ;
De sourti de la vilo e de fugi si porto
A l’asard, coume un escoulan !...
Cresiéu moun cor barra, cresiéu moun amo morto
Emé l’ivèr triste e jalant ;
Mai jouinesso e bèuta saran sèmpre pus forto ;
O moun cor, tabaso plan-plan !...
Emé l’auro d’abriéu flourant li tamarisso,
Emé lou caud soulèu, talo embriagadisso
Plòu dedins iéu en raisso d’or,
Sus lis aubre ramu, sus li róugi téulisso,
Tóuti lis auceloun an talo cantadisso
Que la joio clafis moun cor !...
En joyeuses volées le son des cloches,
Comme une fumée, se répand dans l’air...
Sonnez, sonnez pour le Sauveur !
Sonnez, sonnez pour le printemps !
Là-bas, dans l’aube qui s’embrase,
Le gai soleil ressuscite ;
De la grotte renversant la pierre,
Lou Sauveur sort du tombeau.
Clocher, qui vois dans la plaine
Toutes les maisons à tes pieds ;
Toi qui t’élèves avec les mélèzes
Sur les versants du coteau ;
O vieux bourdon des cathédrales
Qui fais frissonner les arceaux ;
E toi, comme un chant de cigale,
Humble sonnerie du couvent ;
Jacquemart grave, cloche au son clair,
Sonnez, chantez, tous ensemble;
Gai carillon tinte, tinte
Pour le Sauveur et le printemps !...
O belles cloches de Pâques,
Sonnez, sonnez, ding ! dong ! ding ! dong !
La Mort, comme une laide sorcière,
Hurle, et fuit, et se cache.
Partout la vie se réveille,
Dans le bois, la ville, les mas ;
Au fond de la claire ramée
Les zéphyrs se parlent tout bas.
L’abeille va et vient et bourdonne,
Sur les sommets elle fait son festin
De ce que le printemps lui donne
Et de la rosée du matin.
Les fleurs embaument sous la brise ;
Les branches sont pleines d’oiseaux ;
De ses grands rayons le soleil dore
Toute la terre et tout le ciel.
Oh! comme la verdure est jeune !
Oh! quels parfums ont les fleurs !
Ah ! que le cœur trésaille et soupire
Tout enivré de joie et d’amour !...
En joyeuses volées le son des cloches,
Comme une fumée, se répand dans l’air...
Sonnez, sonnez pour le Sauveur !
Sonnez, sonnez pour le printemps !
C’est maintenant qu’il fait bon s’en aller par les chemins
Je ne sais pas où en errant ;
De sortir de la ville et de fuir loin de ses portes
Au hasard, comme un écolier !...
Je croyais mon cœur fermé, mon âme morte
Avec l’hiver triste et glacial ;
Mais jeunesse et beauté seront toujours plus fortes ;
O mon cœur, bats tout doucement !...
Avec la brise d’avril couvrant de fleurs les tamaris,
Avec le chaud soleil, une telle ivresse
Se répand en moi en pluie d’or,
Sur les arbres feuillus, sur les toitures rouges,
Tous les oisillons ont de tels concerts
Que la joie remplit mon cor !...
