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LEI QUATRE LAPIN DE BRULO-MESSUGO

LES QUATRE LAPIN DE BRULE-CISTE

L’avès belèu couneissu coumo iéu :

Grand, maigre, brun, tant  sié pau viéu,

E blagaire !

Que fau de mai pèr faire un bouan cassaire ?

E de mai éu avié dous chin ‘m’un bouan fusiéu.

Calcas, Milor, emé Brulo-Messugo,

Dóu fue sacra n’avien uno belugo !

 

Adounc, èro dich aquel an

Qu’au quienge d’avoust, anavian

Pèr l’ouverturo de la casso

Nous regala à Curobiasso.

Aguessias vist que bello imour

Pèr si prepara ! E que ardour !

Pamens li sian : lei dous counfraire,

Brulo-Messugo emé soun paire

Parton ensèn avans lou jour.

 

La vèio au souar, à la veiado,

Nous avien di :“Pèr la dinado,

V’inquietés-pas : vendren matin,

Adurren proun quàuquei lapin.

N’en poudès èstre assegurado…

Sus-lou-còup, vuejant lou carnié,

Nous farés un flame civié.”

 

Acò va bèn ! Tre que sian lèsto,

Nàutrei, lei fremo, l’amo en fèsto,

S’embarcan. Nous vaquito au camin de Bagnòu…

L’ai de Mariano èro ferra de nòu,

Aurias di qu’emé d’alo, au luen, nous empourtavo,

E nautre si rihian, enebriado d’èr pur,

Dóu perfum dei grand bouas, e tambèn dóu bouanur

Que dins nautre cantavo !

Un peïsage requist d’en pertout s’alargavo…

 

Anan cerca, pèr-fes, fouarço luen de plesi

Quand, à l’entour de nautre avèn, tout à lesi,

De resplendour encantarello.

Ah ! meis ami, que lei coualo soun bello,

Quand lou matin leis enmantello

D’un velet blanc e clarinèu,

Qu’estrasso plan-plan lou soulèu !

 

E lei pichin vau de verduro !

E lei bouas, nouàstrei bouas toujour vesti de nòu,

Emé sei bèu pin parasòu

Ounte lou ventoulet murmuro !

Magnifico cabeladuro

D’un verd, dins la luenchour, tant dous

Que dirias quauque fin velout

Alesti pèr de man de fado !

 

-Tè ve ! deja ? sian arribado ?

Vaqui la bastido : anen, zóu !

Si despachen, descarguen tout !

Tu, Babet, s’as pas mai à faire,

Vai abéura l’ai, eilalin ;

E se d’asard, de quauque caire,

Ti rescountraves emé Paulin,

Ti diéu, ‘cò sènso maliço,

Fagués pas tròup de charradisso !

Nautre, à l’obro ! Que Janetoun

Nous entamene la cansoun :

“Sian pas feniant quand sian au cabanoun”

-E bè o ! Cantan ! Mai lou tèms passo ;

Aquélei lapin… ? Sian à Curobiasso !

-Creidés pas, vaqui Calcas e Milor

Qu’intron plan-planet, la tèsto un pau basso

Em’un pan de lengo que souarte.

 

E puei nouàstrei brave cassaire…

-Alor, bouano casso ? Moun paire,

Abra de set, las e susènt,

Sus d’un banquet de bouas s’asseto sènso glòri :

Brulo-Messugo, éu, dins seis uei trelusènt,

Vous a, si ve charmant, un bèl èr de vitòri :

-Quatre lapin ! nous dis -O,o, quatre lapin…

Es bèu pèr un soulet matin !

 

Lei mama, que tout aro an alesti seis oulo,

Mandon deja Babet cerca de ferigoulo.

Alor, nouastre cassaire un brisoun si treboulo

E nous fa : - Un moumen de paciènço ! Esperas

Que vous cóunti l’afaire…Adounc, coumo sabès,

Intrerian dins la tousco

Que puro fasié jour ;

Lançan lei chin…Lei chin marcon, Diéu Osco !

Anara bèn : li a de lapin, toujour !

Aviéu pas fa cènt mètre dins la draio,

Qu’un bouissounet de nerto s’escarraio

E lou lapin n’en parte coumo un lamp !

Màndi lou còup, e lou viéu, barrulant,

Lou nas au sòu…-Ah ! li diéu, pecaire…

Tu, n’as agu… e m’en vau de soun caire.

Mai qu vous a pas di que si va redreissa

E mai parti ! l’aviéu rèn que blessa…

Mai bèn blessa e l’auriéu dins ma biasso

Se n’èro pas leis asard de la casso.

 

Coumo li vau après, sèmblo pas de verai,

Dóu pèd d’un reganèu, un lapin parte mai !

Me li esperàvi pas…tìri lèu-lèu…regoualo…

Mai puei si lanço mai dedins la ferigoulo !

Pamens moun còup de fue li a fa voula de péu,

Que n’i avié, de segur, de que faire un capèu !

En aquesto ouro es mouart ! Mai, ce qu’es de la casso !

Lou sòu èro tròup se, lei chin perdien lei traço.

Eiço nous plasié plus. Ah ! n’erian pas countènt !

Marcho que marcharas, si passo proun de tèms…

Subran, (e soun regard, eici, nous esbarlugo !)

Ti viéu davans iéu, darnié ‘no messugo,

Douas aureio dreissado…èro, tranquilas,

Alounga sus lou sòu, un lapin à soun jas.

-Tu, mi pènsi, moun bouan, vas paga pèr leis autre !

Coumo l’aviéu aqui, coumo de iéu à vautre,

Vìsi la tèsto. Mai, coumo màndi lou còup,

Lou lapin fa un tour e li cóupi la coua !

La vouliéu ramassa pèr ve la faire vèire,

Mai puei mi siéu pensa que poudias bèn mi crèire.

Ato ! respouande sa bourjouaso en risènt,

Tu, as jamai menti, segur que ti cresèn !

Acò fa tres lapin…mai au quatrèime, mèstre !

Vous arribè au mens plus d’escaufèstre ?

 

-Ah ! Lou quatren…l’aviéu bèu que noun sai !

Lou vesiéu coumo eici dins un clar de margai.

Pensas un pau : tre que l’avìsi,

M’arrèsti net, lou vìsi…

Ah ! lei de Diéu ! lou fusiéu faguè cra…

Iéu, dóu verin, mi n’en toumbè lei bras.

 

E court d’alen, segur, d’aquéu flus de paraulo,

Brulo-Messugo, alor, revirant soun carnié,

N’en souarte, proun mouquet, e mando sus la taulo…

Un aucèu de paure ! Ah ! lou flame civié !

 

Si n’en manjo proun de parié,

Au bèu païs dei souleiado,

Ounte flouris…la galejado

                               Claro DUFOUR

(neissudo à Freju en 1871)

Vous l’avez peut-être connu comme moi :

Grand, maigre, brun, un tant soit peu emporté,

Et blagueur!

Que faut-il de plus pour faire un bon chasseur ?

Et de plus il avait deux chiens et un bon fusil.

Calcas, Milor, avec Brule-Ciste,

Du feu sacré ils avaient une étincelle !

 

Donc, nous avions dit que cette année

Au quinze août nous allions

Pour l’ouverture de la chasse

Nous régaler à Cure-Biasse.

Si vous aviez avec quelle belle humeur

On s’est préparé ! Et quelle ardeur !

Cependant nous y sommes : les deux compères,

Brule-Ciste et son père

Partent ensemble avant le jour.

 

La veille au soir, à la veillée

Ils nous avaient dit : « Pour le déjeuner,

Ne vous inquiétez pas : nous viendrons le matin,

Nous apporterons bien quelques lapins.

Vous pouvez en être certaines…

Et alors, vidant le carnier,

Vous nous ferez un fameux civet. »

 

C’est bon ! Dès que nous sommes prêtes,

Nous, les femmes,  l’âme en fête, nous embarquons.

Nous voici au chemin de Bagnols…

L’âne de Marianne était ferré de neuf. On aurait dit

qu’avec des ailes, au loin, il nous emportait,

Et nous on riait, enivrées d’air pur,

Du parfum des grands bois, et aussi du bonheur

Qui dans nous chantait !

Un paysage délicieux s’étendait de toutes parts…

 

On va chercher, parfois, le plaisir bien loin

Quand, nous avons autour de nous, tout à loisir,

Des splendeurs enchanteresses

Ah ! mes amis, que les collines sont belles,

Quand le matin les enveloppent

D’un voile blanc et clair,

Que le soleil déchire document !

 

Et les petits vallons de verdure !

Et les bois, nos bois toujours vêtus de neuf

Avec ses beaux pins pins parasols

Où un vent léger murmure !

Magnifique chevelure

D’un vert, dans le lointain, si doux

Qu’on dirait quelque fin velours

Préparé par la main d’une fée !

 

-Tiens vois ! déjà ? nous sommes arrivées ?

Voici la bastide : allons-y !

Dépêchons-nous, déchargeons tout !

Toi, Babet, si tu n’as rien à faire,

Vas faire boire l’âne, là-bas ;

Et si par hasard, quelque part,

Tu rencontrais Paulin,

Je te dis cela sans malice

Ne bavardez pas trop !

Nous, au travail ! Que Janeton

Nous entame la chanson :

« On n’est pas fainéant quand on est au cabanon »

-Eh bien oui ! Nous chantons ! Mais lou temps passe ;

Ces lapins… ? Nous sommes à Cure-Biasse !

- Ne criez pas, voici Calcas et Milor

Qui rentre doucement, la tête un peu basse

Avec une langue d’un pan qui sort.

 

Et puis nos braves chasseurs…

-Alors, bonne chasse ? Mon père,

Assoiffé, las et suant,

Sur un banc de bois il s’assoit sans gloire :

Brule-Ciste, lui, dans ses yeux brillants,

Vous a, cela se voit, un bel air de victoire :

- Quatre lapin ! nous dit-il - Oui, oui, quatre lapins…

C’est beau pour un seul matin !

 

Les femmes, qui ont préparé les marmites

Envoient déjà Babet chercher du thym.

Alors, nos chasseurs se troublent

Et nous disent : - Un moment de patience ! Attendez

Que l’on vous conte l’affaire… Donc, comme vous savez Nous sommes entrés dans les fourrés

Lorsqu’il faisait jour

Nous lançons les chiens…Ils marquent, Dieu soit loué !

Ça va aller : il y a des lapins !

Je n’avais pas fait cent mètres dans le sentier,

Qu’un petit buisson de myrtes s’écarte

Et le lapin en part comme un éclair !

Je tire, et je le vois, courant

Le nez au sol…-Ah ! lui dis-je, … Toi tu as eu

ton compte… et je m’en vais vers lui.

Mais ne voilà-t-il pas qu’il se redresse

Et qu’il repart ! je ne l’avais que blessé…

Mai bien blessa et je l’aurais dans mon carnier

Si ce n’était les hasards de la chasse.

 

Comme je vais vers lui, ça ne semble pas vrai,

Du pied d’un chêne kermès, un lapin part encore !

Je ne m’y attendais pas…je tire vite…il roule…

Mais ensuite il se lance à nouveau dans les thyms !

Cependant mon coup de feu lui a fait voler des poils,

Il y en avait, c’est sûr, de quoi faire un chapeau !

A cette heure il est mort ! Mais, ce que c’est la chasse !

Le sol était trop sec, les chiens perdaient les traces

Cela ne nous plaisait plus, nous n’étions pas content !

A force de marcher, le temps passe vite…

Soudain, (et son regard, ici, nous donne la berlue!)

Je vois devant moi, derrière un buisson de cistes,

Deux oreilles dressées… là était tranquille,

Allongé sur le sol, un lapin à son gite.

-Toi, je me dis, mon bon, tu vas payer pour les autres !

Comme je l’avais là, comme je vous vois là,

Je vise la tête. Mais, comme j’envie le coup,

Le lapin fait un tour et je lui coupe la queue !

Je voulais la ramasser pour vous la montrer,

Mais alors j’ai pensé que vous pouviez bien me croire.

-Certes ! répond sa bourgeoise en riant,

Toi, tu n’as jamais, bien sûr que nous te croyons !

Cela fait trois lapins…mai au quatrième, monsieur !

Il vous arriva encore une aventure  ?

 

-Ah ! Le quatrième…je l’avais c’est certain !

Je le comme ici dans un champ d’ivraie

Pensez un peu : dès que je le vois,

Je m’arrête net, je vise…

Ah ! nom de Dieu ! je le manque…

Moi, de rage, les bras m’en tombent.

 

Et à bout de souffle, par ce flot de paroles,

Brule-Ciste, alors, retournant son carnier,

En sort, un peu moqueur, et lance sur la table…

Un misérable oiseau ! Ah ! le fameux civet !

 

On n’en mange pas mal comme celui-là,

Au beau pays du soleil,

Où fleurit…la galéjade.

Claire DUFOUR

(née à Fréjus en 1871)

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