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LA LEGÈNDO DÓU MUGUET

Traducioun d’uno pouësìo roumano de V. Alecsandri

I

Dins lou paradis rèn de rèn mancavo ;

Lou tèms èro siau e l’iéli embaumavo :

Soun calice blanc, qu’es toujour en flour,

Sèmpre espandissié de dóuci sentour.

La clarta proupiço i tèndri babiho

De-longo regnavo, e la niue que briho

E lou jour vela semblavon tout un :

D’aubo n’i’avié ges, ges de calabrun ;

Sus lis aubre verd lis aucèu cantavon,

Dins l’aire siau lis ange voulavon,

E lou brut dóu mounde, aigre e triste son,

Noun troubavo aqui lou mendre resson,

Car se legissié sus l’esmaut di fueio,

Sus l’azur dóu cèu, sus l’oundo di mueio :

« De touto doulour l’oumbro o lou rebat

« Memamen, eici noun pòu arriba ! »

Di riéu linde e fres li ribo courouso

Repauson lis amo agradivo, urouso,

Respirant en pas lou chale divin,

E chasco ouro i’es un bonur sèns fin !

Encanta recàti, urouso patrìo,

Bèu jardin, avié tóuti li meraviho,

Ié mancavo rèn qu’uno soulo flour.

II

Dins aquel endré vejaqui qu’un jour

Uno amo jouineto e blanco, pourtado

Sus un niéu d’encèns, fai soun arribado ;

E lis àutris amo à soun en-davans :

Pèr la mignouta risouleto van ;

L’embrasson… Alor musiqueto santo,

S’ausis un councert de voues caressanto :

« – Emé nautre eici siés lou bèn-vengu,

« Bèl enfantounet ! mai dequ’as agu,

« Que tant bono ouro as quita la vido  ?

« Noun regrètes pas de l’agué ’scourchido  ?

« – Nàni, dóumaci la vido eilavau

« Es courto, e qu’avès de jour eternau.

« – Digo  ? Nous voudriés retourna sus terro  ?

«  – Nàni, qu’eilavau i’a trop de misèro.

«  – Coume  ? à toun oustau laisses ges de dòu : 

«  Bèl enfantounet  ? – Si ! moun cor se dòu :

« I’ai leissa ’no maire adourablo e bello…

« Li plour bagnaran sèmpre mi parpello !...

En aquéli mot, dóu bèl enfantoun

Li lagremo fan un caud regouloun,

(Lagremo d’enfant soun vite secado !)

E ’n flour de muguet subran soun chanjado.

Dins lou cèu dempièi plour se soun plus vist,

Dempièi rèn de rèn manco au paradis.

 

ANFONS  TAVAN

Abriéu 1883

Vasile Alecsandri,

né n21juillet 1821 à Bacău (MoldavieRoumanie), mort le 22 août 1890 à Mircești, est l'une des grandes figures de la renaissance culturelle roumaine. Poète, dramaturge, folkloriste, diplomate et homme politique, il est considéré comme le créateur du théâtre et de la littérature en Roumanie, après avoir été une personnalité marquante de la principauté de Moldavie dont il a soutenu l'union avec la Valachie. Il était membre de l'Académie roumaine.

Ero sòci dóu Felibrige, menistre plenipoutenciàri à Paris pèr lou reiaume de Roumanìo, grand patrioto e grand pouèto roumanesc. Vincèire à Mountpelié, au councous que se ié dounè en 1878 pèr lou Cant de la raço latino, Alecsandri despièi èro vengu ’n Prouvènço, ounte avié presidé li Jo Flourau de Fourcauquié, e s’èro, gràci à-n-éu, entre li Rouman de Franço e aquéli dóu Danùbi establi de raport mai que mai amistadous. A soun felibre naciounau, la Roumanìo a fa de funeraio naciounalo.

Alphonse Tavan,

né en 1833 à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse) où il est mort le 12 mai 1905, est un poète provençal, cofondateur et majoral du Félibrige à partir de 1876.

Paysan sans éducation autre que celle qu'il a reçue à l'école communale, il compose ses poèmes en cultivant la terre. Ses vers le font bientôt remarquer et, invité par son voisin Paul Giéra, il assiste aux réunions que tiennent entre eux un petit groupe de poètes provençaux.

C'est ainsi qu'à la création du Félibrige, le 21 mai 1854, il se retrouve aux côtés de Joseph RoumanilleFrédéric Mistral, Théodore AubanelJean BrunetPaul Giéra et Anselme Mathieu.

Vers la même époque, il est rattrapé par la conscription et envoyé à Rome, alors occupée par les troupes françaises. Il y contracte la malaria et doit être réformé. De retour en Provence, devenu inapte au travail des champs, il entre comme employé de chemin de fer à la PLM, d'abord à Rognac et ensuite à Marseille.

Le malheur le frappe de nouveau lorsque, en 1868 et 1872, il perd successivement sa femme et sa fille. Seul survivant du Félibrige avec Mistral en 1904, il prend une part active à la célébration du cinquantenaire du mouvement un an avant sa mort.

LA LÉGENDE DU MUGUET

Traduction d’une poésie romaine de Vasile Alecsandri

 

I

Dans le paradis rien ne manquait ;

Le temps était calme et le lys embaumait :

Son calice blanc, qui toujours est en fleur,

Toujours répandait de douces senteurs.

La clarté propice aux tendres propos

Sans cesse régnait, et la nuit qui brille

Et le jour voilé ne semblaient qu’un :

Il n’y avait pas d’aube, pas de crépuscule ;

Sur les arbres verts les oiseaux chantaient,

Dans l’air suave les anges volaient,

Et le bruit du monde, aigre et triste son,

Ne trouvait pas ici le moindre écho,

Car on lisait sur l’émail des feuilles,

Sur l’azur du ciel, sur l’onde des étangs :

« De toute douleur l’ombre ou le reflet

Mêmement, ici ne peut arriver ! »

Des ruisseaux limpides et frais les rives riantes

Reposent les âmes charmantes, heureuses,

Respirant en paix le plaisir divin,

Et chaque heure y est un bonheur sans fin !

Refuge enchanteur, heureuse patrie,

Beau jardin, il avait toutes les merveilles

Il ne lui manquait rien qu’une seule fleur.

II

Dans cet endroit voici qu’un jour

Une âme jeune et blanche, portée

Sur un nuage d’encens, fait son arrivée ;

Et les autres âmes pour la choyer

Souriantes, vont au devant d’elle ;

Elles l’embrassent…  Alors musique sainte

On entent un concert de voix caressantes :

« – Soit le  bienvenu chez nous,

Bel enfant ! mais que t’est-il arrivé

Que de si bonne heure tu aies quitter la vie  ?

Ne regrette-tu pas de l’avoir abrégée  ?

– Non, parce que la vie en bas

Est courte, et que vous avez l’éternité.

– Dis  ? Tu ne voudrais pas retourner sur terre  ?

–  Non, car en bas il y a trop de misère.

– Comment  ? Chez toi ne laisses-tu pas de deuil :

Bel enfant  ? – Si mon cœur est en peine :

J’y ai laissé une mère adorée et belle…

Les pleurs mouilleront toujours mes paupières !...

A ces mots, du bel enfant

Les larmes se mettent à couler,

(Les larmes d’enfant sont vite séchées !)

Et soudain sont changées en une fleur de muguet.

Dans le ciel depuis on n’a plus vu de pleurs

Depuis il ne manque plus rien au paradis.

 

Alphonse TAVAN – Avril 1883

(Armana Prouvençau 1884)

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