DIMARS 8 DE DESÈMBRE 2020
La Councepcioun Inmaculado
CELUI QUI MARCHANDE
Maître Sorbier, du Broussan (Var), qui épargnait sur tout, disait sans arrêt à son ainé Cyprien :
– Vois-tu, quand tu achèteras quelque chose, quoi que ce soit, les marchands sont tellement rusés, que tu n’en donneras jamais que la moitié de ce qu’ils te demandent.
Cela fit qu’une fois Cyprien voulut s’acheter un pantalon chez un colporteur de la rue de Lorgues.
– Combien en voulez-vous ? demanda-t-il.
– Cent francs, répondit le marchand, pas un sou de plus, pas un sou de moins.
– Je ne vous en donne que cinquante.
– Mais vous n’y êtes pas, jeune homme, vous avez perdu la tète. Un pantalon pleine laine, avec de si belles rayures à la mode.
– Vous ne voulez pas, tant pis. Ce sera pour une autre fois.
Mais le marchand ne le laissa pas partir.
– Prenez le pantalon pour cinquante francs et qu’on n’en parle plus, tenez. La dessus j’y perds plus de dix francs.
– Ah ! vous me le laissez à cinquante francs ? dit Cyprien. S’il en est ainsi je ne vous en donne plus que vingt-cinq francs…
– Vous êtes bon pour Pierrefeu (l’asile) ! lui dit le petit marchand. Vous voulez vous moquer de moi, un pantalon ainsi, en laine, vous ne le trouverez pas au Grand Colbert pour cinquante francs, je ne vous le vends pas, je vous le donne.
– C’est tant pis pour vous, je n’en donne que vingt-cinq francs, pas plus. Si vous ne voulez pas je m’en vais. Au revoir.
Le marchand encore une fois le retint par la manche.
– Vous avez du toupet, bravo. Enfin, tenez, prenez-le pour vingt-cinq frncas et n’en parlons plus.
– S’il en est ainsi, dit l’ainé de Sorbier, je ne vous en donne que douze francs et dix sous.
Sur le coup le marchand fut pris d’un malaise. Il se retint à sa charrette pour ne pas tomber à terre. Quand il retrouva ses esprits, il dit d’une voix étranglée :
– Prenez ce pantalon, je vous le donne pour rien. Que je ne vous vois plus jamais, fichez-moi le camp !
– Non, je ne le veux pas, répliqua Cyprien.
Comment vous ne le voulez pas pour rien ? Que vous faut-il ?
– J’en veux deux !
