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DIMARS 6 DE FEBRIÉ 2018

 

Sant Barnard

 

Ditado :

LA CATO E LEI PIGNEN

Lou mes d’avoust (ou aout) acaba, au coumençamen de setèmbre, après lei proumiérei plueio, lei Prouvençau de nouastro Prouvènço basso soun acoustuma de faire d’escapado ei pignen, « lei rouge » o « lei safrana » que crèisson, miés qu’eici, dins la Prouvènço de l’uba. Fau si leva d’ouro e s’embasta de bouan matin pèr èstre tre la pouncho dóu jour mounte si faguè, d’un tèms, uno recordo meravihouso (meravihoua).

Fau pas óublida lei panié d’aumarino, ni lou crespèu de cebo pèr lou dina.

Lei vaqui parti. Lou cèu es clar. Ges de niéulo. La journado sera bello. N’i a que soun pancaro bèn deveia, an leis uei ennebla.

Plan plan, la routo s’enausso, lou verd sourne deis éuve fa plaço ei coulour deja daurado dei roure, lei sap aparèisson. La mountagno es aqui. [...]

Vaqui lou viradou. Li a un relarg mounte pouas gara ta veituro. Sènso loungagneja, lou mounde souarton [...]. Es lou bouan cantoun !

 

LA CHATTE ET LES CHAMPIGNONS

Le mois d’août terminé, au début de septembre, après les premières pluies, les Provençaux de notre Basse Provence ont l’habitude de faire des sorties aux champignons, « les rouges » ou les « safranés » qui poussent, mieux qu’ici, dans la Provence intérieure. Il faut se lever de bonne heure et s’équiper de bon matin pour être dès l’aube où l’on fit, un jour, une récolte merveilleuse.

Il ne faut pas oublier les paniers d’osier, ni l’omelette aux oignons pour le déjeuner.

Les voici partis. Le ciel est clair. Pas de nuage. La journée sera belle. Il y en a encore qui ne sont pas bien réveillés, ils ont les yeux embrumés.

La route monte tout doucement, le vert sombre des chênes verts fait place aux couleurs déjà dorées des chênes rouvres, les sapins apparaissent. La montagne est là. [...]

Voici le virage. Il y a un endroit où tu peux garer la voiture. Sans plus attendre, les gens sortent [...]. C’est le bon coin !

Petite introduction, mes souvenirs…

            Mes souvenirs d’enfance remontent aux années trente. La Farlède était alors  une petite commune d’un millier d’habitants avec ses maisons bordant la route nationale 97 et cinq petits hameaux, tout le restant étant en terres agricoles. Pas de tracteur, dans ce temps là, nous vivions pour ainsi dire au milieu des « bêtes » et la population était essentiellement agricole, même si quelques paysans, en plus d’entretenir leurs terres, travaillaient à l’Arsenal pour arrondir leur pécule. Le matin des bruits familiers me réveillaient, le cloc-cloc des sabots des chevaux sur le goudron, la voisine qui criait une nouvelle de sa voix aigüe, la poissonnière qui ventait son poisson : « Au poisson, au poisson, les sardines pour l’omelette ! » et surtout la musique du marteau du maréchal-ferrand, Henri Meissel, frappant un fer sur l’enclume à cent pas de ma chambre.

Nous avions un petit bien qu’un fermier entretenait avec pour aide un âne qu’il avait baptisé Chٴóuchou, pas Chouchou, mai Chóuchou. C’était un âne gris au poil un peu laineux, frisé, patient, obéissant, doux et gentil on ne peut plus. Il faisait mentir le réputations des ânes dits têtus. Il me reconnaissait quand j’arrivais si bien qu’il m’accueillait avec un petit bramement ; il faut dire que je lui apportais toujours un laiteron ou une carotte fauchée en passant par la cuisine.  À l’époque des vendanges il tirait bravement jusqu’à la coopérative sa petite charrette portant six cornues qui, bien remplies, pesaient leur poids ! Nous nous amusions à mettre le poing dedans pour faire un trou qui s’alimentait du bon jus sucré. Un jour nous en fîmes boire à Chóuchou, mais le jus de la vigne avait fermenté au soleil et Chóuchou, le pauvre, s’enivra ! Grande colère de son maître !

Nous avions un cousin jardinier à Hyères. Après le charruage il passait la herse pour briser les mottes et puis, pour aplanir, une planche attachée au cheval par deux chaînes. Parfois il mettait une grosse pierre dessus, mais le plus souvent il y montait et me faisait monter avec lui. Je ne vous dit pas mon régal de mon régal de me faire transporter ainsi ! Après je l’aidais à mettre les cordeaux pour faire les sillons.

Mon camarade Henri Reghezza a fait le bûcheron avec son père. Pour allez chercher le bois dans le Coudon ils avaient deux charrettes ; une grosse qui attendait en bas et une autre plus petite pour pouvoir monter les coteaux par de mauvais chemins ravinés. Avec la grosse pente, le retour était malaisé et le frein ne suffisait pas, le père Reghezza avait une double méthode, il gardait toujours une cinquantaine de kilos de bois qu’il n’attachait pas avec le chargement et dont il faisait le contrepoids, soit à l’avant, soit à l’arrière, puis quand le passage devenait délicat, il disait à son fils : « Là il faut mettre les barres ! ». De plus il coupait un jeune pin de quatre à cinq mètres, il l’ébranchait, passait le bout le plus gros dans la boucle d’une chaîne qui était à l’arrière, l’autre bout dans une chaîne moins grosse de l’autre côté avec laquelle il pouvait tendre la barre qui frottait contre l’essieu de la roue pour freiner la roue. Ces charrettes avaient exprès l’essieu plus large que les autres.

Vers la fin des années trente dans mon village je vis passer des régiments muletiers. C’est impossible de vous dire ce que ces pauvres bêtes ont souffert pendant la guerre, séparées de leur maître, menés par des mobilisés qui ne les comprenaient pas. Henri Meissel en souffrit avec elles, ayant pitié il avait toujours les poches pleines de clous de fer à cheval et tant qu’il le pouvait il réparait leurs sabots… Longtemps après, il se réveillait la nuit, en sueur, et le lendemain il me disait : « Je rêve soldat ! »

Braves bêtes ! Que vous dire de plus ? Ah ! deux choses : je me régale de l’odeur du fumier de cheval ; alors que je ne peux pas supporter le mélange de parfums du rayons des produits de beauté des grandes surfaces, puis, il faut l’avouer : un jour après la guerre, je me suis régalé d’un beefsteak de cheval, mais là-dessus, chut !

Voilà pourquoi j’ai eu l’idée de rendre un hommage fervent à nos amis à quatre pattes.

Roger de l’AVEP

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