DIMARS 5 DE MARS 2019
Santo Óulivo
Dimars Glout
Ditado :
-
Entre canta, rire e rena, lou tèms passo
Entre chanter, rire et raler, le temps passe.
se couvre, le berger peut prendre son chapeau.
Tèmo :
-
Jamais chaton n’a porté une souris à sa mère.
Jamai catoun a pourta rato(ratouno) à sa maire.

AU CRÉPUSCULE
Viens, je t’attendrai sur la place des Saintes
un soir à la tombée de la nuit,
un soir où le soleil, sur les eaux qui dansent,
jettera ses rayons d’or pali.
Viens : je te mènerai dans la chapelle sombre,
nous nous inclinerons devant l’autel.
À genoux nous prieront les saintes puissantes,
les grandes Saintes de la Mer.
Je te prendrai pas la main : viens dans la grande plaine ;
monte sur mon cheval.
Nous nous en irons tous deux au milieu des salicornes,
près de la manade des taureaux.
Là-bas nous verrons monter les cornes de la lune
derrière les pins noirs,
et nous sentirons passer, au ras des terres brunes,
Le vol des gros oiseaux.
Et si tu veux dans les statices
longtemps, longtemps nous nous promènerons…
Le chant triste et plaintif des vagues blanchâtres
longtemps, longtemps nous les écouterons.
Attachant mon cheval sur un tamaris
Si tu veux nous descendrons.
Nous regarderons tomber, devant la grève lisse
Le sommet des vagues.
Nous ne parlerons pas d’amour : nous laisserons nos âmes
éclore comme des fleurs.
De la nuit nous sentirons la beauté, le calme,
la poésie et la douceur.
Nous ne parlerons pas d’amour : nos âmes sérieuses
se comprendront bien mieux.
Notre amitié gardianne est la plus puissante,
restons amis, beau gardian.
Puis, quand sonnera l’heure aux cloches des anciens
nous nous serrerons la main.
Comme deux vieux amis nous nous dirons : – Au revoir !
jusqu’à demain.
Tout dormira dans la grande plaine silencieuse.
Après avoir laissé, sur tes doigts, un moment
ma main chaude et fébrile,
Je fuirai dans la nuit sur mon blanc camargue.
Farfantello
Li Mirage, 1923


LE DOREUR
Un commis voyageur, arrivé un matin du mois d’août dans une petite et jolie ville comme par exemple Draguignan, il venait de se coucher à l’auberge du « Bouc Castré ». Il était onze heures du soir. Il avait viré et trimé tout le je jour pour vendre sa potion, et pas beaucoup de monde s’était fait avoir. Aussi il était bien content de lui, mais bien las. Vas te faire voir ! Pas moyen de fermer l’œil !
Il faut vous dire que dans la chambre d’à côté il y avait deux jeunes mariés qui en étaient encore au début de leur lune de miel. Je ne sais pas si les puces leurs faisaient la guerre, mais ils bougeaient et s’agitaient beaucoup. Puis chacun sait qu’à l’heure actuelle ces monstres de maçons font des cloisons tellement minces que l’on ne peut pas faire un pet sans que le voisin ne l’entende… et le sente (ces budgets[1] ressemblent guère à ceux du gouvernement)
Mais revenons à nos jeunes mariés.
Donc il ne faisaient que remuer et mener pas mal de bruit. Il y eut même une fois où la femme se mit à dire des propos sans aucun sens comme celui-ci : « Mon Dieu ! que c’est bon, qu’il est beau !... il faut que je le fasse dorer ! »
C’est sûr qu’elle rêvait à ce moment là car de quoi pouvait-elle parler ainsi ?
Le représentant de commerce, embêté par tout ce tintouin, finit par se lever et il va frapper à la porte de ses voisins : Pan ! Pan ! Pan !
Les deux agités ne bougent plus. La femme se faisait petite, toute petite… Elle n’était pas la seule. Pan ! Pan ! Pan !
Le jeune marié se décide à répondre :
– Qui frappe ? Qui est là ?
– C’est le doreur !
On dit que notre commis-voyageur ne fit qu’un somme jusqu’à dix heures du matin. Et les jeunes mariés, que sont-ils devenus ?
On ne m’en a rien dit, mais chacun sait que la lune de miel fond vite et que la dorure ne tiens guère quand on frotte trop souvent.
[1] Le mot provençal « buget » signifie à la fois budget et cloison – d’où un jeu de mot intraduisible en français)