top of page

DIMARS 14 DE MARS 2017

 

Santo Matiéudo (Mathilde)

Sant Éuperge (Euperge – sant ounoura à Frejus)

 

 

Ditado :

 

  • Sago de coualo, aigo que regoualo.

Amas de nuages dans la colline, eau qui dégouline.

 

  • Se lou dijòu lou soulèu si coucho emé lou lançòu, passo pas la semano que plòu.

Si le jeudi le soleil se couche avec un voile, la semaine ne se passe pas sans qu’il pleuve.

 

Tèmo :

  • Cela luit comme les saints de Salernes (ironique)

Acò luse coumo li sant de Salerno.

 

Verbe luire (lusi) au présent de l’indicatif :

En maritime : lùsi, luses, luse, lisès, lusèn, luson

En rhodanien : lusisse, lusisses ; lusis, lusissèn, lusissès, lusisson.

 

  • Si tu te fies à la lune, tu ne feras jamais fortune.

Se te fises à (de) la luno, jamai faras fourtuno.

 

Dilun vau luno ;

Païsan lunatié a jamai empli granié.

Les Frelons et les Abeilles

 

Des frelons battaient la campagne

Tout en bourdonnant comme des écervelés,

Ils allèrent dénicher dans le coin d’un jardin

Une ruche qu’on avait laissée ouverte.

Ils entrent, il n’y avait personne; l’essaim était dans les collines

Sur les touffes de romarin,

De lavande aspic, de thym et de gaudes*.

Vers le soir, au moment où le soleil se couche,

En arrivant sur le couchant,

L’essaim prit son vol de tout là-haut,​

Mais les Abeilles en arrivant,

Trouvèrent leur maison pleine de frelons,

Et vous en voulez une bonne ?

Ils leur dirent que tout était à eux,

Le miel avec la maison. Et tonnerre de dieu,

Ah ! ces frelons ! Que répondre et que leur faire ?

On ne gagne rien avec les voleurs.

Ils allèrent devant le juge de paix ;

Celui-ci n’y voyait pas plus loin que son nez,

Et ne comprit rien à l’affaire.

Pour en finir, ils voulaient couper un bras aux uns,

Et une jambe aux autres, renvoyer les parties

Ainsi toutes affligées ;

Mais les Abeilles, loi de Dieu !

Partirent du repos comme un mauvais fusil,

Et sans plus rien vouloir entendre, elles portèrent

La chose devant d’autres tribunaux ;

Et les avocats plaidèrent,

Les uns et les autres se piquèrent,

Chacun parla, tant bien que mal.

Ils ne firent ni plus haut ni plus bas

Que ce qui se fait de nos jours. Six mois passèrent,

Les juges avaient échoué,

Tirant d’un côté, tirant de l’autre.

Mais à la fin, la longueur fatigue ;

Les frais courraient. Quand un procès

Traine comme cela tant de temps

Il y a de l’embarras.

Donc la reine des Abeilles,

Qui avait, comme les femmes, la langue bien pendue,

Dit : « Il faut en voir la fin

Et ne pas donner sa langue aux chiens.

Si les juges nous font la moue,

Moi je vais leur faire dire pouce !

S’il n’ont pas assez mangé, assez bu,

Je leur ferai faire notre du.

Nous allons nommer des experts, nous nous mettrons à l’œuvre

Abeilles avec Frelons ;

Là on reconnaitra

Les maçons et les manœuvres,

Les bons travailleurs et les mauvais.

Si quelqu’un apprête aussi bien avec ses pattes,

Des rayons de miel comme nous et fait un miel aussi bon,

Celui-là aura gagner le pompon,

Grand bien lui fasse ! Ce sera tant mieux pour lui ».

Les Frelons se récrièrent

Et tempêtaient,

Mais quand vous voulez faire trop de fumée

Les gens se méfient. Les juges comprirent

Qu’ils venaient de se faire avoir,

Vite ils les déboutèrent

En leur faisant payer les frais, intérêt et dommages.

Les Frelons, quelle rage ! Cela va au-delà

De sept à huit cents francs, en étant en colère,

Il s’en allèrent.

 

Si quand vous êtes dans votre droit il faut faire tant de choses,

Plaider deux, trois fois, sans une heure de pause,

Et faire, pour gagner son procès, tant d’efforts,

Je vous demande ce que cela doit être, mon Dieu,

Quand vous avez tort !...

           

 

 

* la gaude est une plante tinctoriale appelée aussi réséda des teinturiers. On s’en servait autrefois pour teindre en jaune.

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Un chêne touffu, feuillu, branchu et si grand

 Qu’il ressemblait à une tour, une colline, un géant,

 Pas trop loin d’une roselière, dans les airs s’élevait,

 Et sa tête se balançait

Avec le vent, sous le ciel.

Comme le petit doigt, à dix pas, un roseau

  Aussi se dressait, et quand la bise soufflait

  Et tant soit peu le secouait,

 Elle lui faisait perdre la tête.

 Le Chêne lui dit un jour : « Pauvre petit blanc-bec

  Comme tu es à plaindre ! Dans l’air

  Le moindre souffle de vent

Te fait aller de tous les côtés,

Et alors tu en fais des va et vient :

Pour te briser il en faudrait peu.

Si au moins tu étais venu sous moi,

Tu ne craindrais pas les bourrasques,

Mon bel ami, je t’abriterais,

Et tu ne tremblerais pas, en voyant le péril imminent.

De la forêt, je suis le plus fort,

Le plus grand ; dans l’espace j’envoie mes longues branches.

Je ne crains rien. Les tempêtes et les avalanches

Ne me font pas même pas venir le mal au cœur,

Et quand le tonnerre m’accable,

Il casse mes rameaux morts

En heurtant mes flancs.

Le Roseau réfléchissait, il n’était pas fou,

Il avait lu dans l’almanach

Du pauvre Mathieu de la Drome,

Qu’un ouragan devait, d’ici peu, tout gauler,
Comme on gaulerait des pommes,

Dans la région où ils étaient tous les deux,

Et il dit, d’un air amical :

« Je vous remercie, monsieur le Chêne,

De votre protection et aussi de l’intérêt

Que vous me portez ici ; vous voyez, sur moi le vent court,

Me fait baisser le front, en passant, mais après,

Sans peur je redresse la tête.

Je plie mais ne rompt pas. Vous, vous êtes comme une tour,

Si on vous disait de vous plier,

Comment vous seriez vite brisé, et, tout éreinté,

Vous seriez vite abattu par terre ;

Et il suffit d’un coup ! Il n’avait pas fini sa causerie

Que de loin arrive un gros vent de mer

Entremêlé d’un vent du nord-est, d’un vent du Rhône,

D’un vent glacial avec du mistral,

Il fit du saccage dans toute la région ;

C’était l’orage de Mathieu.

Le Chêne tenait bon et le Roseau pliait ;

Sur le soir, le vent se fit plus mauvais,

Il fallait souffler dans ses doigts, et le brigand sifflait

Comme un serpent qui est pris sur le vif.

Mais quand la nuit tomba, un vent abominable

En se déchainant fit péter les câbles,

Et déracina le chêne.

Celui qui avait la tête là-haut dans les nuages,

Qui aimait caresser la barbe du bon Dieu,

Et les pieds en bas dans l’empire du diable.

Et le pauvre petit roseau,

Quand tout eut pris fin, se redressa aussitôt.
Le Chêne, c’est les grands de la terre,

Les marquis, les barons, les ducs, les seigneurs,

Je dirai même les rois qui entassent beaucoup

Et tombent aussitôt comme si de rien n’était.

Le roseau, c’est les petites gens

Qui ont besoin de tout et ne demandent rien ;

Ceux-là ne se voient pas toujours aller faire la chasse

Aux honneurs et aux positions.

Sans orgueil et sans ambition

Ils savent se contenter d’une modeste place

Il ne craignent ni les vents ni les révolutions.

bottom of page