DIMARS 9 DE JANVIÉ 2018
Santo Alis (Alix, Alice)

LES COSTAUDS DE COURCHONS
A Courchons, tu sais, ils étaient forts… on les appelait même les Résolus. Dans un temps ; que ce soit à Soleilhas, à la Baule ou à Courchons, l’hiver, ceux qui étaient valides allaient dans le Var et il allaient s’engager comme berger, piocher la vigne, ou bien ils brulaient dans les collines et aussi ils semaient un an du blé, ou ils défrichaient.. L’an d’après il le refaisaient encore une fois, il semaient à nouveau du blé. ; et puis après la friche revenait. Cela fait que presque tous les gens de la Baume, de Courchons, allaient dans le Var travailler. Ils allaient gagner quelques sous et ils remontaient à nouveau ici.
Une fois il arriva une équipe dans un auberge de campagne, tu sais de ces auberges de village là, et devant, il y avait une pierre ronde, bien devant la maison. Quand il furent tous installés — ils descendaient à quelques uns.. ils étaient trois ou quatre hommes ou cinq, je ne sais pas — eh bien plus aucune chaise pour un qui ne pouvait pas s’asseoir.
Alors que fait-il ? Il alla chercher cette pierre qui était devant la porte et s’assit dessus… Le matin il fallut payer bien entendu, le patron dit :
— Qui a mis cette pierre ici ?
L’autre dit :
— C’est moi !
Le type lui dit alors :
— Miantent il faut l’enlever !
— Je vous l’enlèverai mais, vous me ferez le cadeau du repas et du coucher (le coucher était la grange bien entendu).
Et le patron qui avait peur qu’on lui esquinte tout pour enlever la pierre de sur les carreaux fut bien content qu’on lui enlevât ainsi.
Et il la leva à nouveau… Il l’avait rentrée de dehors à l’intérieur pour s’assoir, sans réfléchir. Ils ne savaient pas la force qu’ils avaient !
Une autre fois, c’était un homme qui allait en Provence, à pied, et qui était entièrement habillé d’étoffe… l’étoffe était une espèce de drap épais de laine, souvent couleur de la bête, marron ici… Un peur comme de drap de cadis des capes de berger ; mais alors, ce n’était pas le manteau qu’il avait, c’était le pantalon et le vaste d’étoffe, ce drap épais ce s’usait jamais… il durait toute une vie, et cela faisait plutôt grossier, ou pieux berger rustique… oui. Et alors iul arriva dans une auberge de campagne, où l’on donnait un peu à manger… et il se mit à table seul, où le mit le maitre d’hôtel ici… C’était le soir après diner et il vint du monde, car il faisaient un peu café. Avec cela il y avait deux ou trois jeunes du pays qui étaient là, et qui avaient l’air de se foutre de lui ; tu sais ils le charriait, ils le prenaient pour un gars de la montagne, un peu arriéré si tu veux ! A la fin ils lui disaient toutes sortes de moqueries… Lui ne disait rien. Puis ils le taquinèrent ; une fois ils le titillaient puis ils le chahutaient.. ; et sur ce l’autre encore paisible leur disait :
— Allez, loi je ne vous dit rine, mais laissez-moi tranquille. Laissez-moi en paix !
Rien à faire ! Ils continuaient encore davantage… et ils leur disait toujours :
— Je vous le dis, laissez-moi, ou bien vous me feriez mettre en colère, et si vous continuiez je me fâcherais !
— Oh disaient-ils, toi, tu te mettrais en colère ? Tu te fâcherais ? Mais tu n’oserais pas enfin ? Mais tu n’est pas capable de te fâcher ? Essaye un peu de te fâcher ! Allons…
Et ils continuaient de l’importuner, se riaient de lui… Et puis quand il s se furent bien foutu de lui, il parait que dans cette salle de restaurant, finalement le type se dressa et là dans un coin il y avait des gros sacs de blé (le sac de blé à l’époque étaient de quatre doubles, le double décalitre faisait seize kilos, quatre fois seize fait soixante-quatre kilo le sac, eh ! Une demi charge de mulet pour dire). Et il attrapa de chaque main un sac de blé qui était attaché bien entendu.
Il les souleva, ici où ils étaient attachés et les sacs de blé il les fit tourner sur sa tête en criant comme ça :
— Voyez, continuez encore un peu et moi je vous assomme tous !
Et tu sais, ces jeunes quand ils virent trouner ces deux sacs de blé de soixant-cinq kilos comme des toupies, et bine il fichèrent le camp d’ici, et ils démarrèrent vite. Et cela il parit que c’est vrai… Ce n’est pas une blague, tu sais. Ce gars là était de Courchons… !
Enquête linguistique
De Jean-Luc Domenge chez Léon Collomp,
La Baume-de-Castellane