DIMARS 8 DE JANVIÉ 2019
Sant Lucian
Ditado :
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Rego touarto fa bouan blad.
Un sillon tordu fait (quand même) du bon blé.
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Gènt de glèiso et de marino
Soun de la memo farino
Les gens d’église et les gens de la marine
Sont de la même engeance.
Tèmo:
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Menton troué signe de bonté.
Mentoun trauca marco de bounta.
LEI CHÀMBRI
De tóutei lei plesi estavani qu'an rejouï moun enfanço, n'i'a un que mi n'en souvèni coumo se l'èri enca : la pesco ei chàmbri.
A-n-aquelo epoco, avian bessai de vue à quatorge an. Pesca lei chàmbri èro en mume tèms uno recreacien dei bèllei serado d'estiéu e un coumplemen sabourous de nouàstrei repas frugau. Aquélei pichoun ligoumbau d'aigo douço, vous diéu pas coumo èron estima dei lipet !
L'aigo claro raiavo enca dins Issolo mounte floutavon lei lentiho d'aigo, mounte lei courdounié traçavon de figuro geoumetrico fugidisso en flouretejant lou courrènt. Lei dameisello blu-acié, verd-encre vo coulour brico dei quatre alo diafano si pauvavon sus la fino pouncho deis ajounc que si clinavon emé gràci souto sa cargo lóugiero. A l'oumbro dei sause plouraire lei ninfèio curbissien enca la surfaço de l'aigo.
Lei chàmbri s'escoundien souto lei pèiro moufudo. Trevavon pas sudamen la ribiero, mai tambèn lei buau d'arrousage cava pèr nouàstrei rèire imaginatiéu e ingenious, desirous de mena l'aigo enjusqu'ei bèn tròup aluencha d'Issolo.
Lei bèsti, dei pinso redoutablo, si fourviavon, entreinado pèr lou courrènt que la marteliero de la resclauvo avié libera. Lei pescavian au calabrun. Acò èro l'óucasien d'ana soupa au bord de l'aigo. Qunt plesi ! Ma mèro e ma tanto preparavon lou manja : la meleto de fìneis erbo, après l'intrado emé lou saussissot, la caieto e lou pastis de pouarc adouba pèr l'ouncle bouchié-carsaladié. Un regòli !
Ero enca éu, l'ouncle, que, un pau avans la pesco, revisavo menuciousamen lei "balanço" pèr verifica s'un trau èro pas vengu gasta lou fielet dei làrgei maio fissa au ciéucle de ferre que plaçavian au founs de l'aigo. Acò fa, coupetejavo lei moussèu de tèsto de moutoun que servirien d'escado ei chàmbri acarnassi. Quouro tout èro enfin lèst, s'enanavian à la sourço dei Móunié, vo lou long dóu canau de la Plano. Dóu tèms que lei mèro metien taulo sus uno cuberturo jitado dins l'erbo, nautre leis enfant ajudavian leis ome à plaça lei leco pèr rèn perdre de l'acien de la pesco. Diéu garde que leissessian escapa un detai !
L'ouncle Claudius mandavo d'un gèste viéu e precis lei balanço mounte avié estaca lei trouas de carno au mitan e tancavo souto uno pèiro, sus lou pendis de la ribo, lei fìnei courdeleto que retenien lei fielet.
E aro, atencien !
Ordre nous èro douna de plus faire lou mendre brut ! Alounga dins l'erbo de la ribo, la tèsto virado vers l'aigo claro, seguissian dóu regard la marcho lènto e majestuouso dei bèsti pivelado pèr la sentido dóu moutoun. Si preparavon de bèn festeja, pecaire !
Quouro uno, puei douas, puei tres emai mai èron dins lou fielet, fahian siéune de la man à l'ouncle. Tiravo d'un còup viéu lei courdeto e vuejavo sus lou prat la colo grouadisso. Dóu tèms que l'ouncle remetié lèu lèu en plaço la balanço, agantavian lei chàmbri pèr l'esquino fin-de si para dei pinso menaçanto e emplissian lou ferrat.
Lou repassoun si debanavo en mume tèms que lei vai-e-vèni lou long dóu valat pèr releva, recorta, replaça, sènso relàmbi.
Quouro toumbavo la nue e qu'avian fa uno bouano pesco, partejavian lei chàmbri. Chasco oustalado avié sa part. Aurian plus boulega d'aqui. Em'oucò, souvèntei-fes, s'atardavian enca un long moumen au bord d'Issolo, dins lou prat, proche deis óume centenàri pèr jouï de la calamo e la douçour d'aquéleis ouro crepusculàri. Lei cigalo s'èron puei teisado, lei grihet avien pres lou relais, e lei granouieto renejavon en couar.
Lei serado d'estiéu permetien à tóutei d'óublida un moumen la duro journado à la boucharié vo dins lei vigno. L'endeman fahian un repas de fèsto, lei chàmbri nous chanjavon dei cese, lentiho, poumo de terro e àutrei liéume.
Luciano Gras
LES ÉCREVISSES
De tous les plaisirs évanouis qui ont réjoui mon enfance, il y en a un dont je me souviens comme si j’y étais encore : la pêche aux écrevisses.
A cette époque, nous avions peut-être de huit à quatorze ans. Pêcher les écrevisses était en même temps une récréation des belles soirées d’été et un complément savoureux de nos repas frugaux . Ces petits homards d’eau douce, je ne vous dit pas combien ils étaient estimés des gourmets !
L’eau claire coulait encore dans l’Issole où flottaient les lentilles d’eau, où les araignées d’eau traçaient des figures géométriques fugitives en affleurant le courant. Les libellules bleu-acier, vert-noir ou couleur briques aux quatre ailes diaphanes se posaient sur la pointe fine des ajoncs que s’inclinaient avec grâce sous la charge légère. A l’ombre des saules pleureurs les nymphéas (nénuphars) couvraient encore la surface de l’eau.
Les écrevisses se cachaient sous les pierres moussues. Elles ne fréquentaient pas seulement la rivière mais aussi les biefs (canaux) d’arrosage creusés par nos anciens imaginatifs et ingénieux, désireux d’amener l’eau jusqu’aux biens trop éloignés de l’Issole.
Les bêtes, aux pinces redoutables, s’éloignaient, entrainées pas le courant que la vanne de la retenue avait libéré. Nous les péchions au crépuscule. Cela était l’occasion d’aller diner au bord de l’eau. Quel plaisir ! Ma mère et ma tante préparaient la nourriture : l’omelette aux fines herbes ; parès l’entrée avec la saucisson, la caillette, et le pâté de porc préparé par l’oncle boucher-charcutier. Un régal !
C’était encore lui, l’oncle, qui, un peu avant la pêche, révisait minutieusement les « balances » pour vérifier si un trou n’était pas venu abimer le filet aux larges mailles fixé au cercle de ferre qui nous placions au fonds de l’eau. Ceci fait, il coupait finement le morceaux de tête de mouton qui servaient d’appât aux écrevisses carnassières. Quand tout était prêt, nous allions à la source des Meuniers, ou le long du canal de la Plaine. Pendant que les mères mettaient la table sur une couverture jetée dans l’herbe, nous les enfants nous aidions les hommes à placer les pièges pour ne rien perdre de l’action de la pêche. Dieu nous garde de laisser échapper un détail !
L’oncle Claudius envoyait d’un geste vif et précis les balances où il avait attaché les morceaux de viande au milieu et installés sous une pierre, sur le bord de la rive, les fiens cordelettes qui retenaient les filets.
Et alors, attention !
Ordre nous était donné de ne plus faire le moindre bruit ! Allongés dans l’herbe de la rive, la tête tournée vers l’eau claire, nous suivions du regard la marche lente et majestueuse des bêtes attirées pas l’odeur du mouton. Elles se préparaient à bien festoyer, les pauvres !
Quand une, puis deux, puis trois et même plus étaient da ns le filet, nous faisions signe de la main à l’oncle. Il tirait d’un coup vif les cordelettes et versait sur la pré la masse grouillante. Pendant que l’oncle remettait vite en place la balance, nous attrapions les écrevisses par le dos afin de se protéger des pinces menaçantes et nous emplissions le seau.
Le pique-nique se déroulait en même temps que les va-et-vient le long du ruisseau pour relever, récolter replacer, sans relâche.
Quand la nuit tombait et que nous avions fait une bonne pêche, nous partagions les écrevisses. Chaque maisonnée avait sa part. Nous n’aurions plus bougé de là. Avec cela, souvent, nous nous attardions encore un long moment au bord de l’Issole, dans le pré, près des ormes centenaires pour jouir du calme et de la douceur de ces heures crépusculaires. Les cigales s’étaient tues, les grillons avaient pris le relais, et les petites grenouilles (rainettes) coassaient en cœur.
Les soirées d’été permettaient à tous d’oublier un moment la dure journée à la boucherie ou dans les vignes. Le lendemain on faisait un repas de fêtes, les écrevisses nous changeait des pois chiches, lentilles, pommes de terre et autres légumes.
Lucienne Gras