DIMARS 7 DE MARS 2017
Santo Felicita
Ditado :
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Dei flour que mars veira pau fru si manjara.
Des fleurs que mars verra peu de fruits on mangera. (les fleurs de mars – qui viennent trop tôt – ne donnent pas beaucoup de fruits).
La gelée blanche = la rouado (la rousado, la plouvino, la jalado),
La rosée = l’eigagno.
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Quouro lei pesseiguié soun en flour, autant de jour coumo de nue.
Quand les pêchers sont en fleur, autant de jours que de nuit. (les pêchers sont en fleurs au moment de l’équinoxe de printemps).
Une pêche = un pessègue (masculin en provençal)
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Quand plòu, plòu,
Quand nèvo, nèvo,
Mai quand fa vènt, fa marrit tèms.
Quand il pleut, il pleut ; quand il neige, il neige ; quand il vente il fait mauvais temps.
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A cade jour soun mau basto.
A chaque jour suffit sa peine.
Tèmo :
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A la barque comme à la femme il y a toujours quelque chose à faire.
A la barco coumo à la femo li a toujour quaucarèn de faire.

LA LANGUE, CARTE D’IDENTITÉ
C’est aussi une source de disputes. Il suffit de se souvenir de la lutte d’Oil contre Oc (nous en sommes encore malades, la blessure dure !).
De mon temps, aux Mayons, on ne parlait qu’en varois, et même, si l’on peut dire, dans le parler des Mayons. Si l’école punissait celui qui envoyait quelques mots dans la langue des cigales et du mistral, à la sortie de l’école, nous cachions les cartables dans le conduit et nous partions jouer au Château des Maures.
Et Vaugelas était oublié et Mistral gagnait.
A la maison, on ne parlait pas en français, sauf quand entrait un étranger. La grand-mère se retirait dans la cuisine. Elle, n’a jamais voulu prononcer un seul mot de français. Elle disait : « Cela m’égratignerais le gosier ! ». Et, quand une phrase nous échappait dans « sa langue étrangère » elle agitait les bras et disait : « Je ne comprends pas ! vous parlez chinois maintenant ? ».
Brave grand-mère ! Elle avait toujours dans la poche de son tablier, près de la tabatière et sous le mouchoir à carreaux rouges ou bleus, quelques douceurs pour nous. Je l’entends encore me commander d’aller chercher un paquet de tabac à priser, et du rouge, de celui qui fait éternuer ! Elle nous a quitté à quatre-vingt-douze ans, sans lunettes… C’est certainement l’eau des Maures.
J’ai retenu cette langue que j’ai tétée, puis pratiquée. Au début, elle m’a joué de mauvais tours : j’ai trainé longtemps, « un tuile » et « une lièvre ». Que voulez-vous, les mots passent de masculin à féminin en changeant de langue. Il y en a même comme « eitare–o » qui sont masculin et féminin (masculin pour le Petit Trésor e féminin pour le Trésor du Félibrige). Le « o » de « gendarmo » te trompe, il est masculin. Voyez, j’ai enseigné 34 ans le français : c’est une langue difficile, mai le provençal n’est pas facile : les genres, les faux-amis, les accords, les différences d’un village à l’autre, les accents, ces monstres d’accents qui se collent sur le « o » et qui donnent à notre langue son agréable musique.
Un langue se retiendra si ce que l’on entend est musical. De gàrri à garri, l’accent a fait de la bête un chêne. De plus, notre « r/l mouillé » qui es bien de chez nous, nous rend grognon. Il faut se méfier : on ne sait jamais s’il faut « r » ou « l ». Il y a des situations où il ne faut pas se tromper. En vous adressant à une demoiselle, pour lui faire des compliments, gardez-vous bien de lui dire qu’elle est pourrido (pourrie) ; dites-lui qu’est poulido (jolie). Il faut aussi ajouter les mots qui changent de sens d’un village à l’autre. Ici chabi veut dire englouti, écrasé ; ailleurs cela signifiait : vendre Et les noms d’outil : le torteiròu (entonnoir) aux Mayons devient l’embut à Brignoles ; la jaino (la poutre) est la fusto à Cabasse ; le barbaian (le frelon) du Luc est le cabrian de La Garde, notre presso (pressoir) est le destré à Flassans.
Pas si simple que cela, pas vrai ?
L’italien est une langue latine, comme le provençal. Ce qui faisait dire à mon père qui parlait sans difficulté avec les Piémontais : « pas la peine de l’étudier !». Cela fait que je ne suis jamais allé aux cours d’italien. De plus, le surveillant général était un copain et flirtait avec la professeur d’italien. Cela fait que je suis arrivé au baccalauréat tout neuf.
A l’écrit il était question d’un concert nocturne de cavalèti vèrdi. En réfléchissant bien j’ai songé à une fête et à un manège de chevaux de bois… Non c’était dans les prés le concert des sauterelles et des grillons ; et tout le reste a suivi : tout hors sujet ! avec en fin de compte une roue de bicyclette.
A l’oral, je ne suis pas allé loin. J’ai tiré un poème qui commençait ainsi « la nebia sale ». Moi sans bafouiller, fier comme Artaban, je dis : « la neige sale ». Vous auriez vu la réaction du maître : un bond sur sa chaise, comme si j’y avais semé des clous. Et vous en voulez des gesticulations de moulin à vent et des cris : « La neige sale ! la neige sale ! zéro ! zéro ! je n’ai jamais entendu pareille bêtise !». Je l’ai laissé crié puis je lui ai confessé ma situation : pas de cours d’anglais à Lorgues, obligé de prendre italien en troisième… J’étais dépité. Et alors le vieux se calme, m’écoute, réfléchit, puis, dans un sourire devant mon air penaud, dit : « Zéro à l’écrit, zéro à l’oral, la bicyclette ! Le zéro n’est pas pointé, c’est tout ce que je peux faire. ».
Et quand je racontai cela à la maison, le père me dit : « Tu n’a pas songé à la brume ? tu es embrumé mon garçon ! »
Je reconnais bien volontiers que notre langue maternelle est riche, savoureuse, musicale. Les mots sont souvent bâtis pour ciseler gestes et sons. D’autant que les passionnés sont toujours en train d’imaginer des mots nouveaux : les consonnes de « matrassa » font sonner les « a » et frappent en raclant comme des coups d’épée ou de masse. J’ai même entendu « acoucouna ». Rien qu’en le disant, on voit le chat ou le chrétien, blotti, couché et prêt aux rêves paradisiaques.
Elle est belle notre langue !
