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DIMARS 7 DE JANVIÉ 2020

 

 

Sant Ramoun

 

 

Ditado :

 

  • L’ivèr li gàrri l’an pas manja ;

L’hiver n’est pas encore fini (les rats ne l’ont pas mangé).

 

  • A l’an nòu lei jour crèisson d’un pan.

A l’an neuf les jours croissent d’un empan

 

Tèmo :

 

  • Il est tout d’une pièce comme un sabot.

Es tout d’uno pèço coumo un esclop.

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LES ROIS MAGES

 

       Demain c’est la fête des Rois ! Si vous voulez les voir arriver, allez vite au devant d’eux, petits,  et portez-leur quelque chose à leur offrir.

       De notre temps voici ce que disaient nos mères…

Et en avant ! Toute la marmaille, les enfants du village, nous partions enthousiastes à la rencontre des Rois Mages, qui venaient a Maillane, avec leurs pages, leurs chameaux et toute leur suite, pour adorer l’Enfant Jésus.

            – Où allez-vous, petits ?

            – Nous allons au-devant des Rois !

Et ainsi, tous ensembles,  mioches ébouriffés et fillettes blondines, avec nos calottes et nos petits sabots, nous partions sur le Chemin d’Arles, le cœur tressaillant de joie, les yeux pleins de visions. Et nous portions à la main, comme on nous l’avait lit, des fougasses pour les Rois, des figues sèches pour les pages, et du foin pour les chameaux.

Jour croissant

Jour cuisant

La bise sifflait, c’est vous dire qu’il faisait froid. Le soleil descendait, blafard, vers le Rhône. Les ruisseaux étaient gelés. L’herbe des bords était

brûlée.  Des saules défeuillés les branches rougeoyaient. Le rouge-gorge, le roitelet des haies, sautillaient, frétillants, familiers, de branche en branche...

Et l’on ne voyait personne aux champs,  à part quelque pauvre veuve qui rechargeait sur la tête son tablier plein de bois sec, ou quelque vieux dépenaillé qui cherchait des escargots au pied d’une haie morte.

– Où allez-vous si tard, petits ?

– Nous allons au-devant des Rois !

Et la tête en arrière, fiers comme jeunes coqs, en riant, en chantant, en courant à cloche-pied ou en faisant des glissades, nous allions devant nous sur le chemin blanchâtre, balayé par le vent.

Puis, le jour déclinait.  Le clocher de Maillane disparaissait derrière les arbres, derrière les grands cyprès aux pointes noires; et la campagne, vaste et nue,  s’étendait au lointain...  Nous portions nos regards aussi loin que nous pouvions, à perte de vue, mais en vain ! Rien n’apparaissait, hormis quelque faisceau d’épines emporté dans les chaumes par le vent. Comme les soirs d’hiver et de janvier, tout était triste, souffreteux et muet.

            Quelquefois, cependant, nous rencontrions un berger qui, blotti dans sa cape, venait de faire paître ses brebis.

            – Mais où allez-vous, petits, si tard !

            – Nous allons au-devant des Rois... Ne pourriez-vous pas nous dire s’ils sont encore loin?

            – Ah! les Rois ?... c’est vrai... Ils sont là-bas derrière qui viennent; vous allez bientôt les voir.

            Et de courir, et de courir, à la rencontre des Rois avec nos gâteaux, nos petites fougasses, et des poignées de foin pour les chameaux.

            Puis, le jour défaillait. Le soleil, obstrué par un gros nuage s’évanouissait peu à peu. Les babils folâtres se calmaient un brin. La bise fraîchissait et les plus courageux marchaient en se retenant. Tout à coup :

            – Les voila !

            Un cri de joie folle partait de toutes les bouches... et la magnificence de la pompe royale éblouissait nos yeux. Un rejaillissement, un triomphe de couleurs splendides, fastueuses, enflammait, embrasait la zone du couchant; de gros lambeaux de pourpre flamboyaient; et, d’or et de rubis, une demi-couronne, dardant un cercle de longs rayons au ciel, illuminait

l’horizon.

            – Les Rois!  les Rois!  voyez  leur  couronne ! voyez leurs manteaux !  voyez leurs drapeaux ! et leur cavalerie et les chameaux qui viennent !

            Et nous demeurions ébaubis... Mais bientôt cette splendeur, mais bientôt cette gloire, dernière échappée du soleil couchant, se fondait, s’éteignait peu à peu dans les nues; et, penauds, bouche bée, dans la campagne sombre, nous nous trouvions tout seuls.

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– Où ont passé les Rois ?         

– Derrière la montagne.

La chouette miaulait. La peur nous saisissait; et, dans le crépuscule, nous retournions confus, en grignotant les gâteaux, les galettes et les figues, que nous apportions pour les Rois.

Et quand nous arrivions, ensuite, à nos maisons :

– Eh bien ! les avez-vous vas ? nos nous disaient mères.

– Non, ils ont passé en delà, de l’autre côté de la montagne.

– Mais quel chemin avez-vous pris ?

– Le chemin d’Arles...

– Ah ! mes pauvres agneaux ! Les Rois ne viennent pas de là. C’est du Levant qu’ils viennent. Pardi, il vous fallait prendre le vieux Chemin de Rome... Ah! comme c’était beau, si vous aviez vu, si vous aviez vu, lorsqu’ils sont entrés dans Maillane ! Les tambours, les trompettes, les pages, les chameaux, quel vacarme, bon Dieu!... Maintenant, ils sont à l’église, où ils font leur adoration. Après souper, vous irez les voir.

Nous soupions vite, - moi, chez ma grand-mère Nanon; puis, nous courions à l’église... Et, dans l’église pleine, dès notre entrée, l’orgue, accompagnant le chant de tout le peuple, entamait, lentement, puis déployait, formidable, le superbe Noël :

Ce matin,

J’ai rencontré le train

De trois grands Rois qui allaient en voyage;

Ce matin,

J’ai rencontré le train

De trois grands Rois dessus le grand chemin.

 

Nous autres, excités, nous nous faufilions, entre les jupons des femmes. Jusqu’à la chapelle de la Nativité, et là, sur l’autel, nous voyions la Belle Etoile ! nous voyions les trois Rois Mages, en  manteaux  rouge,  jaune et bleu, qui saluaient l’Enfant Jésus : le roi Gaspard avec sa cassette d’or, le roi Melchior avec son encensoir et le roi Balthazar avec son pot de myrrhe ! Nous admirions les jolis pages portant la queue de leurs manteaux traînants; puis, les chameaux bossus qui levaient la tête sur l’âne et sur le bœuf; la Sainte Vierge et saint Joseph; puis, tout autour, sur une petite montagne en papier barbouillé, les Bergers, les Bergères, qui portaient des fougasses, des paniers d’œufs, des langes; le Meunier, chargé d’un sac de farine; la Bonne Vieille qui filait; le Ravi qui admirait; le rémouleur qui remoulait; l’Hôtelier ahuri qui ouvrait sa fenêtre, et, bref, tous les santons qui figurent à la crèche.

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