DIMARS 6 DE JANVIÉ 2014
SANT MELAINE
Tèmo :
-
L’affaire du chasseur est d’aller à la chasse, de secouer les touffes de broussailles, les buissons, c’est aussi de suivre le gibier à la piste ; Il arrive ainsi au gite du lièvre.
La toco dóu cassaire es d’ana à la casso, d’espóussa lei bartas, lei buissoun, es tambèn de prendre lou pas de la bèsti ; em’acò arribo au jas de la lèbre.
LEIS AUCELOUN DE PASSAGE
De mounte venès en silenço,
De I'autre caire de la mar ?
Avès passa pèr la Prouvènço ?
Avès traversa soun ciel clar ?
Es longo, anas, la traversado,
Maugrat qu'anés coumo lou vènt ;
Sènso aubre pèr fa la pausado,
Sènso aigo douço dins un bèn.
Aro pausas-vous, es facile !
Intras dedins moun jardinet,
Aqui se pòu resta tranquile,
L'avèn ni fusiéu ni filet.
Poudès manja lei fru, lei grano ;
L'a quàuquis ase de rasin,
L'a de figo, l'a de mióugrano,
Aurés pas besoun dóu vesin.
Avès de tout à pleno bouco,
L'a d'aigo fresco dins lou riéu,
E se voulès li faire souco,
L'a de coutoun pèr fa lou niéu.
Restas aqui, leissas lou viage,
E se venès de moun païs,
Mi parlarés de moun vilage,
De mei pin e de meis ami.
Avès pas vist, sus la mountagno,
Un bastidoun sus lou versant ?
Tout I'es verd, car I'aigo lou bagno.
Es que l’avès vist en passant ?...
Eici, coumo sus la mountagno,
Mounte vous serés arresta,
Eici degun douno de lagno,
E I'aurés, I'ouspitalita.
E, quand finira I'ivernado,
Sus la mountagno bèn eimado,
Que partirés, I'estiéu que vèn ;
Passas pèr aquelo vanado,
Se lou souveni vous revèn.
E dirés à la meinagiero
Avèn vist, proche lei desert,
Un que pouarto à sa boutouniero
Uno flour despui vint ivèr.
Casimir Dauphin de Lorgues (1820 – 1880)
Pièce tirée de l'almanach Lou Franc Prouvençau de 1883.
Casimir Dauphin fut instituteur en Égypte, puis employé au Ministère de l’instruction publique égyptien, directeur des Écoles d’Alexandrie,, Inspescteur des écoles de Basse-Égypte. C’est en Égypte qu’il écrivit ce poème où il a la nostalgie de sa Provence.
On peut consulter sur le site de Ciel d’Oc trois œuvres de Casimir Dauphin : Mariéto, Paul et Lei vièi camin :
Pour « Lei vièi camin » : http://www.cieldoc.com/libre/integral/libr0518.pdf
LES OISEAUX DE PASSAGE
D’où venez-vous en silence,
De l’autre côté de la mer ?
Êtes-vous passés par la Provence ?
Avez-vous traverser son ciel clair ?
Elle est longue, allez, la traversée,
Bien que vous alliez comme le vent ;
Sans arbre pour faire une pose,
Sans eau douce dans une terre.
Maintenant posez-vous, ,c’est facile !
Entrez dans mon petit jardin,
Là on peut rester tranquille,
Nous n’y avons ni fusil, ni filet.
Vous pouvez manger les fruits, les graines ;
Il y aussi quelques grains de raisin
Il y a des figues, il y a des grenades
Vous n’aurez pas besoin du voisin.
Vous avez de tout à pleine bouche,
Il y a de l’eau douce dans le ruisseau,
Et si vous voulez y faire souche,
Il y a du coton, pour faire le nid.
Restez ici, laissez le voyage,
Et si vous venez de mon pays,
Vous me parlerez de mon village,
De mes pins et de mes amis.
N’avez-vous pas vu, sur la montagne,
Une petite ferme sur le versant ?
Tout y est vert, car l’eau le baigne.
Est-ce que vous l’avez vue en passant ?...
Ici, comme sur la montagne,
Où vous vous serez arrêtés
Ici personne ne se fâche,
Et vous y aurez l’hospitalité.
Et, quand l’hiver sera terminé
Sur la montagne bien aimée,
Que vous partirez, l’été prochain ;
Passez par ce bercail,
Si le souvenir vous revient.
Et vous direz à la fermière
Nous avons vu, près des déserts,
Un qui porte à sa boutonnière
Une fleur depuis vingt hivers.
LA SERP E LA LIMO
Erian au plus gros de l’ivèr ;
De soun trau prefound, uno serp
Un jour sortè cerca sa vido.
Pèr la bousca courrié bourrido,
Troubavo rèn sus soun camin...
Jujas alor de soun verin !
Arribo pièi dins la boutico
D'un reloujur ... Quinto pratico l...
Alin dedins riscavo pas
De si gava d'un bouan repas.
« A la guerro coumo à la guerro !
Fau bèn pati sus nouastro terro,
Disié la serp ; un devancié
Cito un prouvèrbi vertadié :
Que quand a fam vo qua fa bousco
Lou diable alor manjo de mousco.
Pèr aro mi countentarai
De ce qu'eicito troubarai ».
Va s'acipa sus uno limo ;
A la rouiga lèu lèu s'escrimo.
« Gros pau de sen, perdes toun tèms,
Li fa I'óutis, tei pàurei dènt
Si gauviran sus ma carcasso ».
La vièio serp, de guerro lasso,
Cò d'un dentisto s'encourrié
Pèr si fa metre un rastelié.
Félix PEISE (Toulon 1820 – Draguignan 1878)
Fonctionnaire des Contributions Indirectes (Sisteron, Villefranche-sur-Saône, Draguignan), auteur de poésies et de contes amusants, et aussi de petites comédies. Il est le créateur de l’almanach Lou Franc Prouvençau
Sur le cite du Ciel d’Oc on peut retrouver « La serp e la limo » dans « Lei talounados » de Félis Peise.
Le lien : http://www.cieldoc.com/libre/integral/libr0263.pdf
LE SERPENT ET LA LIME
Nous étions au plus gros de l’hiver ;
De son trou profond, un serpent
Un jour sortit vivre sa vie.
Pour le chercher, il battait la campagne,
Ne trouvait rien sur son chemin...
Jugez alors de sa rage !
Il arrive ensuite dans la boutique
D'un horloger ... Quelle affaire l...
Ici, là-dedans il ne risquait pas
De se gaver d'un bon repas.
« A la guerre comme à la guerre !
Il faut bien souffrir sur notre terre,
Disait le serpent ; un devancier
Cite un véritable proverbe
Qui dit : quand il a faim ou qu’il fait froid
Le diable alors mange des mouches.
Pour l’heures je me contenterai
De qu’ici je trouverai ».
Il va s’en prendre à une lime ;
Très vite à la ronger il s’escrime.
« Gros imbécile, tu perds ton temps,
Lui dit l’outil, tes pauvres dents
S’useront sus ma carcasse ».
Le vieux serpent, de guerre lasse,
Chez un dentiste se précipita
Pour se faire mettre un dentier.
LOU LEBRAUD DE TATA FINO
Tanto Fino avié tres bonur : un gros gat rous,
Un mari gardo-chiourmo, un apetis superbe.
Ges d'enfant. Lou meinage es paure, mai courous.
Li manco que vint franc pèr jour pèr èstre urous.
Un souar dóu mes d'avoust, quand la casso si duerbe,
Fino à soun ome dis : - Lei bèllei pardigau
Qu'ai vist ! Tres franc dès sòu, soun pas pèr nouastro taulo
- Ah ! li dis I'argousin, lou gibié ti fa gau ?
Eh bèn ! n'en manjaren, t’en dóuni ma paraulo,
E la tendrai. Mai qu'es un pardigau pèr dous ?
Ai pòu que n'aguen pas pèr n'en senti lou goust.
Te, Finoun, que diriés d'uno pichouno lèbre ?
Counouìssi un bracounié dei Mauro ; es un celèbre.
Dins lou tèms qu'a Touroun gardàvi lei fouça,
Lou gusas qu'a toujour cassa sènso port d'armo,
Pèr avé, dins lou bouas, tira sus d'un gendarmo,
Venguè faire un coungiet qu'a feni l'an passa.
L'aviéu rendu servìci : es juste que va pague.
Va m'a toujour proumes e crèsi pas que blague.
Ai qu'a li demanda lou lebraud pèr l’avé,
E iéu-meme au vin blanc ti farai lou civet
En efèt, lou dimenche, en rintrant de la messo,
Tanto Fino trouvè la taulo deja messo,
Lou lebraud qu'embeimavo, e qu'aurié revengu
Lei maraut e lei mouart s'aqui n'aguèsse agu.
E vagadin dei dènt, vagadin la boutiho !
Au bout d'un vira d'uei la lèbre èro en póutiho,
La frumo avié soun pebre e l’ome èro empega.
Quand la tanto Finoun, à la fin de la fèsto,
Creidè lou gros gat rous pèr li douna lei rèsto,
La pauro ! devinas que tour l'avien juga ?
Sus lou goust d'uno lèbre avié manja soun gat I
Carle PONCY ( 1821 Toulon – 1891 Toulon)
(Pièce tirée de l'almanach « Lou Franc Prouvençau », 1880)
Charles Poncy d’abord ouvrier maçon, il devint secrétaire de la Chambre de Commerce e expert. Son œuvre française lui valut la protection et l’amitié de Gorge Sand. C’est à la fin de sa vie qu’il vint à la poésie provençale.
Il fut élu Majoral du Félibrige en 1881.
LE LIÈVRE DE TANTE FINE
Tante Fine avait trois bonheurs : un gros chat roux,
Un mari garde-chiourme, un appétit superbe.
Pas d'enfant. Le ménage est pauvre, mais riant.
Il ne lui manque que vingt francs par jour pour être heureux.
Un soir du mois d’août, alors que s’ouvre la chasse,
Fine dit à son mari : - Les belles perdrix
Que j’ai vues ! Trois francs dix sous, elles ne sont pas pour notre table
- Ah ! lui dit l’argousin, le gibier te fais plaisir ?
Eh bien ! nous en mangerons, je t’en donne ma parole,
Et le la tiendrai. Mais qu’est-ce une perdrix pour deux ?
J’ai peur que nous n’en ayons pas assez pour en sentir le goût.
Tiens, na petite Fine, que dirais-tu d’un petit lièvre ?
Je connais un braconnier des Maures ; es un célèbre.
Dans le temps quand je gardais les forçats à Toulon,
Le gueux qui a toujours chassé sans permis,
Pour avoir, dans les bois, tiré sur un gendarme,
Vint faire un séjour qui s’est terminé l’an passé.
Je lui avis rendu service : c’est juste qu’il le paie.
Il me l’a toujours promis, et je ne crois pas qu’il blague.
Je n’au qu’a lui demander le lièvre pour l’avoir,
Et moi-même au vin blanc je te ferai le civet
En effet, lou dimanche, en rentrant de la messe,
Tante Fine trouva la table déjà mise
Le lièvre qui embaumait, et qu’aurait réveillé
Les malades et les morts s’il y en avait eu ici.
Et vas-y les dents, et vas-y la bouteille !
En un clin d’œil le lièvre était en bouillie,
La femme avait le nez rouge et l’homme était bourré.
Quand la tante Fine, à la fin de la fête,
Appela le gros chat roux pour lui donner les restes
La pauvre ! devinez quel tour on lui avait joué ?
Au lieu d’un lièvre elle avait mangé son chat I
(Pièce tirée de l'almanach « Lou Franc Prouvençau », 1880)