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DIMARS 6 D’ÓUTOBRE 2020

Sant Brunoun

 

Ditado :

  • Lou proumié au cargadou cargo coume vòu.

Le premier au chargement charge comme il veut.

 

  • Es en glanant que si fa la garbo (la rapugo pèr li souco).

C’est en glanant que se fait la gerbe (le grapillon pour la vigne).

 

Tèmo :

  • C’est dans l’eau trouble que l’on prend l’anguille.

Es dins l’aigo troublo que si pren l’anguielo.

 

  • Il vaut mieux nourrir le chat que le rat.

Vau miés nourri lou cat que lou gàrri.

 

 

 

L’ESPÈRO AU SENGLIÉ

Acò si passè au meinage de Favas dóu tèms dei meissoun. Un jour lei meissounié s’avisèron qu’un senglié venié la nue devira lei garbeiroun pèr manja de blad. Coumo èron quasimen tóutei cassaire, aguèron lèu decida de veni li faire l’espèro uno nue.

Dins la chourmo, li avié un d’aquélei vantaire que fahié encrèire en cadun qu’avié pas jamai manca un senglié, tant de-nue coumo de jour.

Lou mèstre si faguè pas prega : « Iéu prèsti lou fusiéu carga à carrelet ; se lou tuas, pèr l’assouido lou manjan ! »

 

Tant di, tant fa. Lou sero, un pau avans la nue, nouastre « Tartarin » parte ‘mé lou fusiéu vers lou camp ounte lou senglié s’adounavo lou mai. La luno èro sus sa fin, mai dounavo encaro un pau. Lou cassaire cerco l’endré lou mai escoundu, si mete de talo sorto que lou vènt pouarte pas soun alen dóu caire de la bèsti, s’asseto, espalo dous ou tres còup lou fusiéu pèr bèn s’acoustuma à l’armo, e espèro. La luno feblissié. L’estiéu, lei nue soun jamai sourno, m'oucò fa que l’ome, pau à pau, pòu destinga lei fourmo dei cauvo à bouano pourtado de fusiéu. Lou tèms passavo, jamai rèn. L’ome si despacientavo. Tout d’un còup entènde frasqueia… quaucarèn rafegavo ei garbeiroun luen dins lou camp.

 

Pau à pau, lou camina de la bèsti s’avesinavo, mai vehié rèn… puei, au bout d’uno vòuto, uno bestiasso coumenço de gangassa lei garbo. L’ome si dihié entre éu : « Santo Viarge ! Aquelo bestiasso duou faire mai de cènt quilò. Es pas lou còup de la manca ! Fa luen ! Tant pis, uno cargo de ploumb es pas uno cargo de blad, risco mai éu que iéu, ajùsti e tìri… »

Tant di, tant fa. Au còup de fusiéu, la fumado tapavo la visto, mai nouastre ome, en entendènt la narrado de la bèsti, aguè lèu coumpres que venié de lacha la cargo de ploumb sus lou saumin dóu meinage. Anè lèu vèire, mai trouvè eila que lei douas ou tres figo qu’en si sauvant, lou pichin ai avié leissa. Acò tranquilisavo pas proun nouastre ome. En arrivant à la bastido, dins la vanado, entendè la memo narrado qu’au moumen dóu còup de fusiéu. L’ainoun èro pas ‘nca mouart !

A la feniero, lei missounié ajassa qu’avien entendu esperavon ‘mé lou fanau atuba :

« Alor ! es bèu ?

– L’ai manca ! Ero un pau luen ! »

Diguè pas sa mespreso, mai lou dematin à la pouncho dóu jour, anè lèu vèire leis ai. Aqui lou pichoun tetavo la saumo tranquile coumo Batisto.

Lou mèstre arrivo à la taulado ounte tóutei buvien lou cafè :

« Alor, ai entendu peta, es un mascle o un fumèu ? L’as pas manca, noun ? »

E moun grand, qu’èro de la chourmo, faguè sènso saupre :

« Segur que l’a manca ! Mancarié un ai dins un courredou ! »

 

Lou meme jour, tóutei lei gènt saupèron la verita. Pèr lou festin de l’assouido, mangèron pas lou senglié. Lou camp éu, siguè bateja : « Lou tacoun de l’ai ».

 

Francés Brun

L’AFFÛT AU SANGLIER

 

Cela c’est passé à la ferme de Favas à l’époque des moissons. Un jours les moissonneurs se rendirent compte qu’un sanglier venait la nuit retourner les meules pour manger le blé. Comme ils étaient presque tous chasseurs, il eurent vite décidé de venir à l’affût une nuit.

Dans l’équipe il y avait un  de ces vantards qui faisait croire à chacun qu’il n’avait jamais manqué un sanglier, aussi bien de nuit que de jour. 

Le maître ne se fit pas prier : « Moi je prête le fusil chargé de chevrotines ; si vous le tuez, nous le mangeons à la fin de la moisson ».

Aussitôt dit aussitôt fait. Le soir, un peu avant la nuit, notre « Tartarin » partit avec le fusil vers le champ où le sanglier s’en donnait à cœur joie. La lune était sur sa fin, mais donnait encore un peu. Le chasseur cherche l’endroit le plus caché, il s’installe de telle sorte que le vent ne porte pas son odeur du côté de la bête, il s’assied, épaule deux ou trois fois le fusil pour bien s’habituer à l’arme, et il attend ; La lune faiblissait. L’été les nuits ne sont jamais sombres, cela fait que l’homme, peu à peu, peut distinguer les formes des choses à bonne portée de fusil. Le temps passait, et rien. L’homme s’impatientait. Tout à coup il entend un bruit… quelque chose fouillait dans les gerbes loin dans le champ.

Peu à peu, la marche de la bête approchait, mais il ne voyait rien… puis, au bout d’un moment, une grosse bête commence à secouer les gerbes. L’homme se disait en lui-même : « Sainte Vierge ! Ce bestiau doit faire plus de cent kilos. Ce n’est pas le moment de la manquer ! C’est loin ! Tant pis, une charge de plomb ce n’est pas une charge de blé, il risque plus que moi, j’ajuste et je tire… »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Au coup de fusil, la fumée bouchait la vue, mai notre homme en entendant le souffle de la bête, il eut vite compris qu’il venait de lâcher la charge sur l’ânon de la ferme. Il alla vite voir, mais il ne trouva là-bas que deux ou trois crottes qu’en se sauvant, le petit âne avait laissé. Cela tranquillisait pas trop notre homme. En arrivant à la ferme, dans le hangar, il entendit le même reniflement qu’au moment du coup de fusil. L’ânon n’était pas encore mort.

Au fenil, les moissonneurs couchés qui avaient entendu attendaient avec le fanal allumé.

«  Alors ! il est beau ?

– Je l’ai manqué ! Il était un peu loin ! »

Il ne parla pas de sa méprise, mais le lendemain matin au lever du jour, il alla vite voir les ânes. Là le petit tétait l’ânesse tranquille comme Baptiste.

Le maître arrive à la table où tous buvaient le café :

«  Alors, j’ai entendu tirer, c’est un mâle ou une femelle ? Tu ne l’as pas manqué, non ?

Et mon grand-père, qui était de l’équipe, dit sans savoir :

« C’est certain qu’il l’a manqué ! Il manquerait un âne dans un couloir ! »

Le même jour, tous les gens surent la vérité. Pour le festin de la fin des travaux, ils ne mangèrent pas le sanglier. Le champ lui, fut baptisé ; « La parcelle de l’âne ».

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