DIMARS 3 DE MARS 2020
Sant Guenoulé
Ditado :
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Lou semena e la meissoun an soun tèms e sa sesoun.
Le semis et la moisson ont leur temps et leur saison.
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Lou mistrau e la Durènço gaston la mita de la Prouvènço.
Le mistral et la Durance gâtent la moitié de la Provence.
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Cadun viro l’aigo à soun moulin.
Chacun détourne l’eau à son moulin.
Tèmo :
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Allons chercher des champignons.
Anen cerca de pignen.
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Il y en a beaucoup.
N’i’a tout plen.
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Va chercher un panier à la voiture.
Va querre un panié à la veituro.

LA CHASSE AU POSTE
Sous les coups du terrible mistral
La cime des arbres va, vient, grince et s’agite
Et le chasseur attend dans son trou,
Mais c’est toujours le merle blanc qui passe.
« Tout Marseillais naît chasseur ».
Je ne sais pas qui, le premier, a dit cette vérité. Cependant, je ne crois pas trop m’hasarder en disant que ce pourrait bien être ce coquin de Méry.
Quel saint qu’il soit, si vous voulez bien prendre la chose au pied de la lettre, vous comprendrez pourquoi monsieur Cramesi - en sa qualité de Marseillais - avait l’obsession de la chasse. Mais ses occupations - il était pharmacien - ne lui permettaient guère de déserter sa boutique pour aller courir par monts et par vaux à la recherche de lièvres et de perdreaux introuvables, en conséquence il s’était rabattu sus la chasse au Poste.
Alexandre Dumas et notre blagueur de Méry, ont tant bien décrit cet individu typiquement Marseillais du chasseur au poste, que ce serait des redites de notre part, après de tels maîtres, d’essayer d’en refaire le portrait. Il me suffira de vous dire que Monsieur Cramesi était chasseur au poste.
Dans l’intention de pouvoir assouvir sa passion - vous savez quand à Marseille nous avons quelque chose dans la tête, nous ne l’avons pas aux pieds - notre pharmacien avait acheté, au dessus d’Endoume, sur les hauteurs, à Grate-Semelle, un morceau de friche, pierreux où un petit bouquet de pins arborait son panache verdoyant. Il avait fait clôturé son bien avec une muraille en pierres sèches et, au beau milieu, il avait installé, à moitié caché sous un olivier sauvage, son poste de tir, qui était la cabine d’une ancienne tartane.
S’élançant par-dessus le feuillage des pins, trois branches de figuier à la cime étendaient d’ici et là leurs bras ouverts pour recevoir les oiseaux.
Ah ! qu’il était superbe le poste de monsieur Cramesi ! Aussi il était considéré comme le meilleur des postes du quartier.
Malheureusement il avait un défaut et n’était pas comme ses voisins : de ses ouvertures on découvrait, c’est vrai, tout Marseille, Notre Dame de la Garde, la mer à ses pieds, mais d’oiseaux, pas plus que sur le nombril. Pas le moindre fifi, pas la plus petite mésange… Les jours de passage, quand les grives étaient nombreuses, il arrivait quelque fois, à monsieur Cramesi, de déquiller un pinson ou bien un chardonneret.
Un jour, monsieur Cramesi s’était vanté, à son cercle, d’avoir tuer une grive. Mais personne ne l’avait cru et depuis il passait pour un Tartarin.
Maintenant je vais vous faire le récit d’une histoire qui lui arriva, il y a quelques années. Novembre touchait à sa fin. Depuis quelques jours, le temps s’était soudain rafraîchi et il soufflait un mistral à décorner les bœufs.
Monsieur Cramesi, flairant un passage, ne quittait plus son poste. Donc, un matin qu’il surveillait ses cimes, il lui arriva un tour par croyable.
Il fait vous dire que Cramesi était un peu myope. Tout à coup, pendant qu’il avait l’œil à l’ouverture, qu’il épiait, un oiseau vint se percher sur la cime des arbres. L’oiseau, gros comme un pigeon, transi de froid, gonflant ses plumes, se détachait en gris sur la teinte du ciel qui commençait à bleuir.
– Coquin de sort, quelle aubaine ! ne put pas s’empêcher de dire en lui-même l’heureux monsieur Cramesi, je ne m’étais pas trompé… Un jour de passage… Un pigeon ramier… Sacré nom, la belle bête ! Quel riche coup de fusil !... Ah ! ce sont les amis du cercle qui vont être stupéfaits cette fois !
Et épauler, vises, appuyer sur la gâchette, ce fut pour monsieur Cramesi l’affaire d’un éclair.
Le pauvre oiseau tomba foudroyé par les plombs.
Monsieur Cramesi se précipite hors du poste pour aller le ramasser.
Oh ! coquin de sort ! l’oiseau était… Je vous le donnerais en mille que vous ne trouveriez jamais. C’était un morceau de journal emporté par la mistral et qui était venu s’entortiller sur la cime des arbres.
Le papier ne fut pas perdu car monsieur Cremesin qui, soudain fut pris d’une envie, s’en servit au pied d’une touffe de broussailles.
Batisto ARTOU
(Moudèste, Batistin TOUARS)