DIMARS 3 DE DESÈMBRE 2019
Sant Francés Savié
Ditado :
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Au mes de l’Avènt, de plueio vo de vènt
Au mois de l’Avent, de la pluie ou du vent.
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Fau de fre pèr que l’óulivié cargue.
Il faut du froid pour que l’olivier soit chargé de fruits.
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Noun si pòu pourta la crous e vira la campano.
On ne peut pas porter la croix et sonner la cloche.

LE TAMBOUR GUILAS
Guilas était tambour, mais un fameux tambour, tambour à battre tout seul le rappel de la danse des tripettes dans l’église de Barjols. Songez que dans l’orchestre on n'entendait que lui : quelle ardeur il mettait à battre de la caisse. Et ran, ran, ran-tan-plan.
Il passait du doux au forte avec une maitrise sans pareille et du tendre au sublime avec un art accompli. Aussi Guilas était recherché pour les fêtes patronales et les pèlerinages.
Tantôt il allait la Crau d’Hyères, tantôt à Solliés, tantôt à Pierrefeu, mais toujours avec des musiciens passes maîtres. Baude, qui jouait du piston, l’accompagnait souvent.
Un beau jour - quelle mouche l’avait piqué - il dit a sa femme:
– Je vais faire danser à Aups.
– A quelle fête ?
– Saint-Pancrace.
A force de souder des gouttières, car Guilas était aussi ferblantier, il avait mis deux cents francs de côté sans que sa femme le sache. II avait envie, le monstre, de les manger tout seul... à deux. Et le samedi, il prit le train, pas pour Aups, mais pour Marseille. Et trois jours de suite il fit la noce!... Quand il ne lui resta plus que cinquante francs, il pensa à rentrer.
En arrivant la première personne qu'il vit, fut sa femme.
– Tiens ! voilà les cinquante francs que j'ai gagnés !
Le tambour, il l’avait laissé à la consigne de la gare de Cuers.

FERDINAND BAUDE
Ferdinand Baude était premier adjoint du maire de Cuers et cuisinier à la retraite. Mais, bigre ! il n’était pas que ça ! II était aussi chasseur et s'il vous plait, pas chasseur de petits oiseaux, ni de fifis, mais chasseur de lièvres. S’il était adroit, ne le demandez pas : il n'avait jamais tiré.
Un jour il chassait à Bargemon, où il était marié, quand un petit chasseur de sa bande tua sous le nez un levraut qui se trouvait dans son gite. Pan ! la bête fut raide avant d'avoir pu faire un bond.
– Ça, c'est pas ça ! lui dit Ferdinand Baude. A Cuers, on ne fait pas comme ça. Nous ne chassons pas pour le gibier que nous pouvons rapporter. Nous chassons pour le coup de fusil. Nous chassons pour le coup de fusil. Jamais on ne tire un animal qui dort. Nous prenons une pierre, nous faisons fuir la bête et quand elle court d'un coup de fusil nous l’allongeons.
Une petite demi-heure après, les chiens levaient à nouveau un lièvre qui passait en courant devant mon Ferdinand. II presse la gâchette ... et pan!... manqua le lièvre de première.
– Mais à Cuers… dit l’autre.
– J’ai tiré pour faire du bruit, répondit Baude. Je vous l’ai laissé. Je voulais pas qu'un étranger vous en prive.
A Cuers, dites ... mais à Cuers nous sommes plus honnêtes que ça.

LE FRANÇAIS DE SIBOUA
Un soir d’hiver le vent de la montagne ronflait. Vous en auriez attrapé l’onglée même en serrant votre pipe dans vos doigts. Dans la Chambrée, au café de Toni Daups, ils étaient une douzaine qui, les fesses sur une chaise, tout en sirotant du vin chaud, se chauffaient le râble autour du poêle. La Comtesse, l’épouse de Toni, faisait la cuisine. Ils étaient tous à se régaler du bien-être qui les entourait, quand un monsieur entra, qui vint s’asseoir près d’eux. Mais cet étranger oublia de fermer la porte qui resta grande ouverte. Cela ne faisait pas l’affaire de nos gents. Ils se mirent à râler en douce.
– Quoi, maître, vous ne pourriez pas aller fermer ? On n’a pas idée de laisser ouvert avec la bise qui souffle ! Il n’a pas froid celui-là !
Le monsieur qui ne comprenait pas bien le provençal ne bougeait pas plus qu’un pilier.
Alors Siboua qui avait fait l’armée dans les hussards, à Marseille, de leva en disant :
– Perdon, mossié, bien que vous soyez étranger, vous auriez pu claver la porte, nous sommes tous frigorifiés et nous avons peur d’aganta mal.
Et là-dessus il alla à nouveau s’asseoir.

MONSIEUR SIMON, HUISSIER
Monsieur Simon, le grand-père de la belle-sœur de la cousine de l’oncle de Ravinet, était huissier. Bien que de son temps le vie fût dure pour le pauvre monde, même pour un huissier, il sut élever sa famille comme il se doit. Il ne ménageait ni sa peine ni ses jambes. Son office l’appelait souvent à Collobrières ou à Bormes… Eh, bien ! il y allait à pied pour économiser. Malgré cela il fut un fameux plaisantin et plus souvent qu’à son tour il attrapa les gens.
C’est ainsi qu’un matin il envoya une convocation à tous les bossus du canton, pour les rassembler à la même heure devant l’Hôtel-de-ville. Ces pauvres bougres n’avaient guère envie de rire quand ils se trouvèrent réunis.
Une autre fois il fit annoncer aux quatre coins du pays par Maton le crieur public, que tous ceux qui auraient de vieux almanachs de Pierre Larrivey qu’ils les lui apportent et qu’il leur paierait un bon prix. Chacun fouilla pour en dégotter et se dépêcha de les lui amener. Quand monsieur Simon en eut un gros tas devant lui, que tout le monde se réjouissait des écus promis, lui leur dit :
– Mais qu’est-ce que vous m’avez apporté ici ? Où bien vous êtes sourds ou bien tous stupides ! Je vous avais dit que j’achetais les vieux almanachs… et sur ceux que vous m’apportez il est écrit : Almanach nouveau… Que voulez-vous que j’en fasse ! Vous pouvez les envoyez aux ordures. Je n’en veux pas.