DIMARS 29 DE NOUVÈMBRE 2016
Sant Saturnin
LOU DANGIÉ D'ÈSTRE GROUMAND
L'ouncle Mius, que tóutei li dihien "l'Ouncle ", èro un ome tras qu'urous. Vièi garçoun, trevavo uno colo d'àutrei vièi garçoun que la bouano taulo, lou bouan vin e ... lou rèsto li fasien pas pòu. En mai dóu dimenche que tóutei avien sei plaço quasimen retengudo ei poupulàri de l'estade Mayol, qu'aurien pèr rèn au mounde manca uno partido de rùgby, si retroubavon, tout de-long de l'annado, pèr de journado "óubligatòri".
D'abord, lou banquet de sauvagino à Brue. Vous dirai pas coumo si rendien adaut que, d'aquéu tèms, lei càrri, que tenien coumo poudien, avien de mau pèr faire de lónguei distanço; ce que sàbi es que l'Ouncle rintravo à la negro nue e que si couchavo sènso meme prendre uno sieto de soupo, mai bèn countènt de sa journado.
L'avié tambèn la courso de biciéucleto dóu Faroun. Aqui, mountavon jusqu'à la Crous e, dre arriba, l'un sourtié lou saussissot e lou cambajoun, l'autre touto meno de car-salado, un autre lou pan, leis uou e lou froumage. L'Ouncle, éu, èro carga dóu vin e deis óulivo e, pèr acò, sabié chausi ! De-segur regardavon passa Bottechia, lei fraire Pelissier leis àutrei courrèire, e meme picavon dei man, mai èro pas 'cò que coumtavo, èro lou dejuna !
L'avié tambèn lou dissato au souar au Casino. Pèr rèn au mounde aurien manca lei cantaire que venien pèr si lança e que, proun souvènt, tournavon en coulisso souto lei siblet e lei cridadisso dóu publi sènso agué acaba sa cansoun. Un jour, un d'aquélei temeràri pousquè n'en canta douas e meme coumença la tresenco. Un triounfle !
- Anara luen, aquéu, faguè l'Ouncle.
Anè talamen luen que plus degun n'en a jamai auvi parla.
Lou soulet moumen que lei mèmbre de la bando si desseparavon èro pèr Nouvè: Coumo si dis: " Nouvè emé lei siéu ! ". L'après-dina dóu 24 de de- sèmbre, tradiciounalamen, l'Ouncle s'en venié à la bastido de soun fraire Antòni qu'avié un moussèu de bèn pas luen dou vilage. Si pòu pas dire que sa bello-sur l'aculissié lei bras dubert, mai acò d'aqui tambèn èro de tradicien ! Anaïs avié pas talamen d'estimo pèr aquéu gros feiniantas d'emplega de la Coumuno que, tout l'an, venié vèire soun fraire just pèr si faire lou marcat à bouan comte, qu'avié jamai douna un sòu ei pichoun, e que gauvissié tóutei sei dardeno emé de panturlo dóu Capèu Rouge.
Mai, pamens, Nouvè es lou tèms dei perdoun e Anaïs fougnavo qu'un moumenet.
L'Ouncle sabié que l'avié proun d'obro à l'oustau pèr alesti lou gros soupa, si levavo de davans e partié emé soun nebout e sa neboudo, cerca de moufo à la coualo pèr faire la crècho, en li recoumandant de canta dins la sèuvo que, sènso acò, lei cassaire lei poudrien prendre pèr de gnòti. De retour sourtien lei santoun, leis oustau de cartoun e mountavon lou belèn.
Puei l'Ouncle, que poudié pas resista ei fumet venènt de la cousino, anavo faire un tour pèr vèire se tout anavo bèn e n'aproufichavo pèr trempa lou det dins lei sausso, sènso si faire vèire d'Anaïs.
E lou moumen tant atendu dóu cacho-fue arribavo. Encò d'Antòni tout si fahié segound la tradicien. Sus lou còup de sèt ouro, aprés agué douna doublo racien ei bèsti, Antòni e lou plus jouine deis enfant, lou drole, prenien la bello esclapo de grafiounié que tenié lou davans de pouarto despuei mai d'un mes, intravon dins lou cenadou, fasien tres còup lou tour de la taulo qu'èro deja dreissado emé lei tres touaio, en diant lei paraulo sacramentalo :
« Alègre ! alègre !
Diéu nous alègre !
Cacho-fue vèn, tout bèn vèn,
Diéu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,
Se sian pas mai, fuguen pas mens ! »
Puei pausavon l’esclapo sus lou fue, Antòni la benissié ‘mé un rai de vin cue e cadun à soun tour si prenié uno goulado d’aquéu vin dei diéu, e tout lou mounde s'embrassavo en fasènt la pas. L'Ouncle e Anaïs tambèn, de-segur, meme se sabien, tóutei dous, qu'aquelo pas avié rèn d’eternalo !
De segui
LE DANGER D'ÊTRE GOURMAND
L'oncle Marius, que tout le monde appelait "l'Oncle ", était un homme très heureux. Vieux garçon, il fréquentait une bande d’autre vieux garçons auxquels la bonne table, le bon vin et… le reste ne faisait pas peur. En plus du dimanche où tous avaient leur place quasiment retenue aux populaires du stade Mayol, car ils n’auraient pour rien au monde manqué un match de rugby, ils se retrouvaient, tout le long de l’année, pour des journées "obligatoires "
D'abord, le banquet de gibier à Bru-Aurillac. Je ne vous dira pas comment ils se rendaient là-haut car, dans ce temps, les cars, qui tenaient comme ils pouvaient, avaient du mal pour faire de longues distances ; ce que je sais c’est que l’oncle rentrait à la nuit noire et qu’il se couchait sans même prendre une assiette de soupe, mais bien content de sa journée.
Il y avait aussi la course de vélo du mont Faron. La, ils montaient jusqu’à la croix et sitôt arrivé, l’un sortait le saucisson et le jambon, l’autre toutes sortes de charcuteries, un autre le pain, les œufs et le fromage ? L’oncle, lui, était chargé du vin et des olives et, pour cela, il savait choisir ! Bine sûr ils regardaient passer Bottechia, les frères Pélissier et les autres coureurs, et même ils applaudissaient, mais ce n’était pas cela qui comptait, c’était le déjeuner !
Il y avait aussi les samedi soir au casino. Pour rien au monde il n’aurait manqué les chanteurs qui venaient pour se lancer et qui, bien souvent retournaient en coulisse sous les sifflets et les hurlements du public sans avoir terminé leur chanson. Un jour un de ces téméraires pu en chanter deux le même commencer le troisième. Un triomphe !
- Il ira loin, celui-là, fit l'Oncle.
Il alla tellement loin que plus personne n’en a jamais entendu parlé.
Le seul moment où les membres de la bande se séparaient était à Noël : Comme on dit : " Noël avec les siens ! ". L'après-midi du 24 décembre, traditionnellement, l’Oncle venait à la bastide de son frère Antoine qui avait un petit lopin de terre pas loin du village. On ne peut pas dire que sa belle-sœur l’accueillait les bars ouverts, mais cela aussi faisait partie de la tradition ! Anaïs n’avait pas tellement d’estime pour ce gros fainéant d’employé de la commune qui, toute l’année venait chez son frère pour faire son marché à bon compte, qui n’avait jamais donné un sou aux petits, et qui gaspillait tout son argent avec les files du Chapeau Rouge.
Mais cependant, Noël est le temps des pardons et Anaïs ne faisiant la tête qu’un petit moment.
L'Oncle savait qu’il y avait beaucoup de travail à la maison pour préparer le gros souper, il déguerpissait et partait avec son neveu et sa nièce, chercher de la mousse à la colline pour faire la crèche, en leur recommandant de chanter dans la forêt car, sinon, les chasseurs pourraient les prendre pour des moineaux. De retour ils sortaient les santons, les maisons de carton et ils montaient la crèche.
Puis l’Oncle, qui ne pouvait pas résister aux fumets venant de la cuisine, allait faire un tour pour voir si tout allait bien et en profitait pour tremper le doigt dans les sauces sans se faire voir d’Anaïs.
Et le moment tant attendu de la bûche de Noël arrivait. Chez Antoine tout se faisait selon la tradition. Sur le coup de sept heures, après avoir donné double ration aux bêtes, Antoine et le plus jeune des enfants, le garçon, prenaient la grosse bûche de cerisier qui était sur le seuil de la maison depuis plus d’un mois, ils entraient dans la salle-à-manger, ils faisaient trois fois le tour de la table qui était déjà dressée avec les trois nappes, en disant les paroles sacramentelles :
« Allégresse ! allégresse !
Dieu nous réjouisse !
La bûche vient, tout bien vient,
Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient,
Si nous ne sommes pas plus , ne soyons pas moins ! »
Puis ils posaient la grosse bûche sur le feu, Antoine la bénissait avec une giclée de vin cuit et chacun à son tour buvait une goulet de ce vin des dieux, et tout le monde s’embrassait en faisant la paix. L’Oncle et Anaïs aussi, bien sûr, mêle s’ils savaient, tous les deux, que cette paix n’avait rien d’éternelle !
A suivre