DIMARS 29 DE JANVIÉ 2019
Sant Gildas
TISTET D'EIRAGO
Tistet d'Eirago, uno tèsto pas fenido, es un afouga di biòu : n'en dor pas e quand n'en dor pas, n'en sounjo.
Uno fes, en legissènt lou journau, ié veguè pourta qu'aquéu jour se dounavo uno courso de coucardo is areno dóu Cagnard, à Cavaioun (pèr Sant Jaque, qu'es la grando fèsto de l'endré). Dóu cop, en leissant toumba sis afaire, (que, de-fes, i'arrivavo de travaia !) fai ni uno ni dos, ni quant vòu ni quant costo, sauto sus soun velò e se ié gandis à la lèsto emé l'idèio de ié briha.
Pèr li carriero de la vilo, vèi lis aficho de la courso e ié legis, noun, coume disié un famous troumpetaire que « lou proumié biòu qu'anavo sourti sarié uno vaco », mai que « la segoundo vaco sarié emboulado ».
– Acò vai ! crido Tistet, fara pèr iéu !
Fau dire li causo coume soun : siéu pourta de bono voulounta, mai, emai fugue d'Eirago, mounte degun a li pèd de ploumb, coume « as » se pòu atrouva miés que iéu dins l'encountrado... Pèr lou moumen, fau i'ana pichot e d'à-cha-pau escalarai dins lou mestié !
Davans que de rintra dins lis areno, anè béure quàuqui pastis neblous à coupa au coutèu « pèr se douna de gas », coume disié, e quand veguè que n'i'avié proun e que, se countuniavo d'aquéu trin, liogo de se douna de vanc, finalamen la causo ié levarié li cambo, rintrè dedins lou plan e, aqui, esperè, barbelant d'impaciènci, l'ouro de soun triounfle (dóu mens se l'esperavo !)
Un cop de troumpeto ! Zóu ! es lou moumen ! Tistet sauto dins lou round em'uno ardour grandarasso ! Uno pichoto vaco dóu fiò de Diéu sort de dedins lou cas, en tubant de la narro, e, de-segur, aurié fa fiò di quatre ferre, se la coustumo èro de ferra li biòu...
Malur de malur ! Ero pas emboulado ! Mai un Eiraguen (e Tistet mai que lis autre) es pas ome à cala davans lou dangié. Fau manteni lou renoum de soun endré, couquin de sort !
Zóu ! ataquè la vaqueto, qu'èro pas di móusido e courreguè coume uno qu'avié rèn de la panardo dóu troupèu.
Mai, fau crèire que Tistet (ounour au courage malurous !) avié mau pres si mesuro – avié belèu un pau trop fourça sus lou pastis – es toujour qu'en dous tèms tres mouvamen fuguè manda de mourre-bourdoun pèr la pichoto vaco e qu'emé soun nas aquéu paure Tistet darbouneguè lou sòu! Acò sarié esta pas rèn, o pas grand causo, se, lou pus malastrous de l'afaire, aquelo cifèr de vacasso i'avié pas estrassa si braio, que la camiso n'en floutejè coume un drapèu e qu'un blancas tant i'aurié vist uno manifestacioun mounarchisto. Pèr bonur, i'aguè ges de sang, qu'un coumunisto i'aurié pouscu vèire lou drapèu rouge !
Coume la causo èro mai espetaclouso que gravo, tóuti li gènt s'esclafiguèron à se faire peta l'embourigo !
Alor, Tistet se dreissè furious e, vira dóu caire de la Direicioun, cridè :
– Messourguié ! messourguié ! Acò 's pas de jo ! Avias di qu'èro emboulado.
Li gènt s'estrassavon que mai !
– Messourguié ! Messourguié !
Li gènt se n'en picavon sus lou pitre e la ventresco, chascun pèr soun comte e, de-fes, lis un pèr lis autre...
E Tistet, toujour revira devers la Direicioun, ourlavo, endigna.
– Avès ges d'escuso ! bando d'estafié ! A Cavaioun, pamens, èro facile de i'empega un meloun à chasco bano !
Mai aquest cop de Trafalgar se perdeguè pas autant lèu ; e coume, un jour, un ami disié à Tistet, qu'avié proun festeja, qu'èro en age de se marida meme qu'èro adeja proun madur, lou coumique respoundeguè :
– Quand fuguère barrula pèr lou biòu, dins lis areno dóu Cagnard, à Cavaioun, ai agu li dos bano dins lou quiéu. Siéu pas preissa de lis avé sus la tèsto !
Ah ! d'aquéu Tistet !
Chabaud, lou pintre.
(Es coume acò que me dison à Gravesoun)
Armana Prouvençau 1951
BAPTISTE D’EYRAGUES
Baptiste d’Eyragues, un peu simplet, est un passionné de la bouvine : il n’en dort pas et quand il n’en dort pas il y pense.
Une fois en lisant le journal, il y vit que ce jour il y avait une course à la cocarde aux arènes du Cagnard, à Cavaillon (pour la Saint Jacques, qui est la grand fête de l’endroit). Du coup, en laissant tomber ses affaires, (car, parfois il lui arrivait de travailler ! ) il ne fait ni une ni deux, quoiqu’il lui en coute, il saute sur son vélo et se précipite avec l’idée d’y briller.
Dans les rues de la ville, il voit les affiches de la course et y lit, non que, comme disait le fameux crieur « le premier taureau qui allait sortir serait une vache » mais que la seconde vache serait emboulée ».
- C’est bon ! crie Baptiste, ce sera pour moi ! Il faut dire les choses comme elles ont : je suis plein de bonne volonté, mais, bien que je sois d’Eyragues, où personne n’a les pieds de plomb, comme « as » on ne peut trouver mieux que moi dans la contrée… Pour le moment il faut y aller doucement et peu à peu je monterai dans le métier !
Avant de rentrer dans les arènes, il alla boire quelques pastis bien tassés à couper au couteau « pour se donner du courage », comme il disait, et quand il vit qu’il y en avait assez et que, s’il continuait de ce train, finalement cela lui couperait les jambes, il rentra dans l’espace et, là, il attendit bouillant d’impatience, l’heure de son triomphe (du moins il l’espérait).
Un coup de trompette ! Allez ! C’est le moment ! Baptiste saute dans l’arène plein d’ardeur : Une petite vache du feu de Dieu sort de l’enclos les narines fumantes, e, c’est certain quelle aurait fait feu des quatre fers, si c’était l’habitude de ferrer les vaches.
Malheur de malheur ! Elle n’était pas emboulée ! Mais un Eyraguais (et Baptiste plus que les autres) n’était pas homme à reculer devant le danger. Il faut maintenir le renom de son endroit, coquin de sort !
Allez ! la vachette attaqua car elle était vaillante et se mit à courir et ce n’était pas la boiteuse du troupeau.
Mais il faut croire que Baptiste (honneur au courage malheureux !) avait mal pris ses mesures – il avait peut-être un peu trop forcé sur la pastis –, toujours est-il qu’en deux temps trois mouvements il fut envoyé le nez dans la poussière par la petite vache et qu’avec son nez notre pauvre Baptiste laboura le sol. Cela n’aurait été rien du tout, ou pas grand-chose, si, le plus désastreux de l’affaire, ce diable de vachette ne lui avait pas déchiré son pantalon, que la chemise se mit à flotter comme un drapeau qu’un « blanc » aurait peut-être pris pour une manifestation monarchiste. Par bonheur, il n’y eu pas de sang, car un communiste aurait pu y voir le drapeau rouge.
Comme la cause était plus spectaculaire que grave, tout le monde éclata de rire à s’en faire péter le nombril !
Alors, Baptiste se dressa furieux et, tourné vers l’endroit de la Direction, il cria :
- Menteurs ! menteurs ! Cela n’est pas de jeu ! Vous aviez dit qu’elle était emboulée.
Les gens riaient encore plus !
- Menteurs ! Menteurs !
Les gens se tapaient sur la poitrine et sur le ventre, chacun pour son compte et, parfois les uns pour les autres…
Et Baptiste, toujours tourné vers la Direction, hurlait, indigné :
- Vous n’avez aucune excuse ! bande de margoulins ! A Cavaillon, pourtant, c’était facile de lui mettre un melon à chacune corne !
Mais ce coup de Trafalgar ne s’oublia pas de si tôt ; et comme un jour, un ami disait à Baptiste qu’il avait trop fait la fête et qu’il était d’âge à se marier et même qu’il était déjà presque tard, le comique ajouta :
Quand je fut bousculé par le taureau, dans les arènes du Cagnard, à Cavaillon, j’ai eu les deux cornes dans le derrière. Je ne suis pas pressé de les avoir sur la tête.
Ah ! ce Baptiste !
Chabaud, le peintre.
(C’est ainsi qu’on m’appelle à Graveson)