DIMARS 28 DE MARS 2017
Sant Gountran
Ditado :
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Fa coumo Bernat l’escambarla que cercavo soun ai e que li èro dessus.
Il fait comme Bernard « les jambes arquées » qui cherchait son âne et qui était monté dessus.
À califourchon se dit de-cavaucoun.
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Lei candèlo saran à bouan marcat, sei uei fan de ciro.
Les chandelles seront à bon marché, ses yeux font de la cire.
Tèmo :
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Boire le vin à l’allemande : le matin pur, à midi sans eau, à souper comme il vient du tonneau.
Béure lou vin à la tudesco (à l’alemando) : lou matin pur, à miejour sènso aigo, pèr soupa coumo vèn de la bouto (dóu tounèu).


De grand matin, tout est en excitation au cabanon de madame Marlin, la marchande de quatre-saisons. Ce cabanon se trouve aux Amoureux, du côté de la chapelle Aguillon. Il est de plain-pied et tourne de dos au mont Faron avec un jardin devant où il faut faire sécher les draps l’un après l’autre pour ne pas boucher le chemin.
Il y a un pêcher, un figuier et un cerisier qui pousseront peut-être l’an prochain ; il y a aussi un platane qui n’a guère de feuilles et qui donnerait de l’ombre sus la terrasse autant qu’un manche de balai, si Martin, qui fait des voiles, n’avait pas fait une tente avec des morceaux de vieux linge.
Marlin, Françoise sa femme et Anastasie sa fille, sont venus au cabanon ce matin à trois heures avec le frais, chargés comme des ânes.
Aujourd’hui on fait l’aïoli.
Il y aura un étranger, un quartier-maître vétéran, monsieur Lipeto qui aime Anastasie. Peut-être que le mariage sera convenu, aussi la maison va être en fête.
Madame Marlin n’en peut plus ; elle n’a plus un poil de sec. Anastasie fait tourner le pilon et Marlin qui cherche toujours quelque chose, tourne… tourne comme un lion en cage.
L’heure avance et rien n’est fait.
*
Marlin : Françoise !... tu as battu de poulpe ?
Françoise : Quand veux-tu que je l’ai battu ? … tu ne vois pas que j’écaille le poisson ? … on ne peut pas tout faire en même temps :
Marlin : Vous les femmes, vous n’êtes jamais prêtes. Tout à l’heure le compère arrive et il n’y aura rien de fait.
Françoise : Ils se sont bien débrouillés !... Comme s’ils ne pouvaient pas venir un peu plus tôt pour nous donner un coup de main ! Ils arriveront pour se mettre à table… ah ! si ce n’était pas que …Anastasie !
Anastasie : Que veux-tu mère ?
Françoise : Parle français, mauvais sujet !...

tu sais bien ce que je t’ai dit !
Anastasie (en haussant les épaules) Que te veux maman?
Françoise : L’aïoli … il monte ?
Anastasie : I peut pas ; et puis le pilon i me fait venir d’ampoules.
Françoise : Ne t’arrêtes pas, tourne, lourdaude, autrement il tomberait !
Marlin : Françoise !
Françoise : Oui ! encore une fois !
Marlin : Où est la sarriette ?
Françoise : Dans le petit sachet pendu derrière la porte, que veux-tu en faire ? Il n’y a pas de civet….
Marlin : J’en mettrai un peu, une petite pincée dans les sardines. Avec le bouillon nous ferons un peu de bourride.
Françoise : Anastasie !
Anastasie : Oui, maman.
Françoise : Tu as lavé les escargots ?
Anastasio : I me donne mal au cœur, moi, de laver les limaces. Ce qui en sort ressemble à de la morve !
Françoise : Je vais te le faire passer le mal au cœur, va ! Qu’ils soient bientôt lavés et bien propres !
Anatsasie : Je te dis que je ne peux pas ! Ça me soulève le cœur, je rendrais mes tripes dans le plat :
Françoise : Tu veux parler français !!... tu sais bien que je ne veux pas que tu parles patois. Ce n’est pas pour rien que je t’ai envoyée cinq ans à l’Évêché !
Françoise : Après ça t’échappe quand il y a du monde !
Marlin : Françoise, où as-tu mis le battoir ?
Françoise : Anastasie l’avait tout à l’heure… Donne le battoir à ton père, et parle français !
(1) A l'ancien Evéché, maintenant siège du Vieux Toulon et de la Targo, Cours Lafayette, il y avait un collège de filles

Anastasie : Le battoir est dans la cuve de la lessive.
Neuf heures viennent à peine de sonner à l’horloge du port que dans le chemin qui monte depuis la chapelle Aguillon, on entend aboyer un chien, crier une ribambelle d’enfants, hurler une femme qui dit : « Eugène… ôte ton doigt de ton nez… Casimir ! ne marche pas où il y a des pierres !... Antoinette : relève ta robe ! » et deux voix d’hommes qui chantent : « On n’est pas fainéant quand on est au cabanon ! »
Marlin, qui est à l’écoute, court vers la porte du jardin, il l’ouvre… un chien se jette entre ses jambes, il tombe, le derrière dans une salade que madame Marlin avait vu pousser et qu’elle gardait pour ses canaris.
Françoise : (qui a vu les choses) – Que le diable les emporte ! ils ne pouvaient pas laisser le chien à la maison ?
Alors qu’elle parle, le chien lui saute dessus pour lui faire fête ; elle lui envoie un coup de pied tel que la pauvre bête s’en retourne plus vite qu’elle n’est venue, la queue entre les pattes, et hurlant comme un perdu.
Anastasie qui a reconnu la voix de Gastinel, son parrain, a planté le pilon dans l’aïoli et a couru dans le cabanon en criant :
— Maman, maman, ils sont là
Françoise : Où vas-tu ainsi ?
Anastasie : Tiens ! je vais mettre ma robe !
Françoise : Pour la tacher en mettant la table, mauvais sujet ! Tu auras le temps… C’est pas possible : elle ne songe qu’à se pomponner.
Toute penaude, Anastasie reprend son pilon. Marlin qui est allé à la rencontre des invités, arrive avec eux. Là il y a d’abord Gastinel, second maître timonier en retraite, qui s’est marié sur le tard avec une jeune femme qui lui fait un enfant tous les neufs mois, il ne sait pas comment, mais qui les ferait ? madame Gastinel est belle comme une chasse d’église avec toutes ses dorures : la collier, la broche, les bagues, les boucle d’oreille, rien ne manque ; elle traîne avec elle ses deux premiers, Eugène et Casimir, avec Antoinette leur sœur cadette qui leur sert de domestique et use ses veilles robes.
Derrière tout le monde, entre un jeune homme qui salue le figuier et le pêcher, tellement il est ému.
Gastinel : - Aperçu!... hisse le pavillon au grand mât… à babord et à tribord… feu partout… allez !!! Folette, ne marche pas dans les pois ! Eugène, ne touche pas aux pêches, elles ne sont pas mûres… Marlin, où est la commère ?
Marlin : Elle bat le poulpe.

Françoise : Entrez dans le salon, mais raclez-vous les pieds.
Madame Gastinel : Je vous aiderais bien mais j’ai peur de me salir.
Antoinette : Je vous aiderai, moi… Et Anastasie ?
Pendant ce temps Gastinel fait faire leur connaissance à Marlin et à monsieur Lipeto.
Marlin : Mais on se connait ! Nouss avons fait une partie de boules au Champ de Mars.
Lipeto : Je m’en souviens, même que vous m’avez battu.
Anastasie (à sa mère) : Écoute… il parle patois, et un beau patois encore.
Françoise : Je te dis de parler français !
Marlin (à Lipeto) : Vous vous en souvenez encore ?... Il faut prendre votre revanche, nous avons le temps, avant de déjeuner, nous jouerons à deux contre un.
Les hommes s’en vont prendre les boules, les enfants un morceau de pain, et ils s’en vont tous sur le chemin faire la partie. Les femmes préparent de déjeuner.
Une heure après, monsieur Lipeto arrive seul,. En, le voyant entrer dans le jardin, madame Gastinel pousse Françoise du coude, et lui dit :
— Vous voyer, commère, qu’il n’est pas venu pour jouer aux boules.
Françoise : Vous en avez assez de la partie, monsieur Lipeto ?
Lipeto : J’ai pensa qu’un homme ne serait pas de trop pour mettre la table.
Françoise : Vous avez raison. Anastasie mets la table avec monsieur Lipeto !
Anastasie : Oui, maman.
Sur la terrasse, Anastasie et Lipeto n’osent pas se regarder. Cependant, Lipeto fait un effort et dit :
— Il fait bien chaud, aujourd’hui !
Anastasie : Oh !... oui !
Lipeto : Mais.. l’hiver il fait plus frais.
Anastasie : Oh !... sûr.
Lipeto : Qu’aimez-vous le plus, l’été ou bien l’hiver ?
Anastasie : L’hiver, car mes mains ne suent pas.
Lipeto : Madame Gastinel ne vous a rien dit ?
Anastasie : Ma marraine elle a dit bonjour en entrant.
Lipeto : Mais… de moi ?
Anastasie : Il a parlé à Maman.
Lipeto : Et alors, ça vous ferait plaisir d’être madame Lipeto.
Anastasie : Si Papa et maman ils le veulent.
Lieto : Mais vous n’êtes pas de Toulon, vous ne parlez pas comme nous autre ?
Anastasie : Maman elle dit comme ça que

les filles bien élévées i parlent que le français.
Lipeto fait la moue et ne sait plus que dire. Heureusement Gastinel, marlin, avec les enfants arrivent en criant :
— A table ! à table !
Tous se mettent à table, madame Gastinel fait mettre Lipeto près d’Anastasie.
Marlin : - Voyez ! qui se gène devient bossu, je ne vous dit que cela ! Monsieur Lipeto, ne faites pas attention aux femmes, mangez, buvez, et à votre santé !
Lipeto (à Anastasie) : Vous voulez de la morue, mademoiselle ?
Anastasie : J’aime mieux…
Sa mère, sous la table, lui envoie un coup de pied qui la fait devenir écarlate.
Anastasie : Des buccins.
Lipeto : Des buccins ?... Ah ! J’y suis, c’est des « biòu » que vous voulez dire. Nous-autres à Evenos, nous ne comprenons guère le français, nous sommes très arriérés. Vous prenez une pomme de terre ?
Anastasie : Oui, avec un artichaut.
Eugène : Maman ! … Casimir m’a pris une moule.
Françoise : Tiens : en voici une autre, il n’en manque pas sur terre.
Marlin : Monsieur Lipeto, mais, vous ne buvez pas ?
Lipeto : Je ne fais que cela : Néanmoins il est temps de boire à la santé de quelqu’un.
Gastinel : Ah ! Nous vous voyons venir. La journée ne se passera pas sans qu’il y ait un tian de cassé ().
Lipeto : Cela scellera le mariage.
Madame Gastinel ! Voici le grand mot !... Qu’en dis-tu, Anastasie ?
Anastasie : Je ne sais pas, moi, marraine.
Marlin : Nous parlerons de cela après de déjeuner. A la votre compère.
La première faim est passée ; le vin est bon, l’eau est chaude, aussi les hommes n’en boivent pas. Marlin et Gastinel se racontent leurs campagnes, madame Gastinel et Françoise parlent un peu des voisins ; Eugène et Casimir lèchent le mortier et

le pilon et Antoinette fait tout ce qu’elle peut pour entendre ce que se disent Lipeto et Anastasie qui parlent à voix basse.
Lipeto : Alors comme cela vous parlez toujours en français ?
Anastasie : Oui, maman y le veut.
Lipeto : Et une fois que vous serez mariée ?
Anastasie : Oh ! alors…
Françoise : madame Gastinel, vous n’avez pas mangé de carottes.
Madame Gastinel : Cela me ferait passer le lait.
Françoise : Vous ne sevrez pas le dernier ?
Madame Gastinel : À la fin de l’été.
Gastinel (qui se lève en agitant les bras) Il n’a pas fini de parler qu’il reçut un aller et retour dont il se souvient encore !
Marlin : Et tu passas en conseil de discipline ?
Gastinel : J’eus huit jours de fers.
Françoise : Mais ne parlez pas tant, là-bas, mangez !
Gastinel ! Manger ? Il faut pouvoir, je suis gavé. Mes compliments, cela n’est pas un aïoli de pauvre !...Qu’en dites-vous, monsieur Lipeto, la maison est bonne, nous reviendrons.
Lipeto : Je ne demande pas mieux, si mademoiselle le veut.
Marlin : Qu’en dis-tu Anastasie ?
Anastasie : Oh : Moi je le veux bien, si cela vous plait.
Pendant qu’Anastasie parle, Françoise lui fait les gros yeux. Anastasie de tourne vers elle et lui dit :
— Mère, monsieur Lipeto m’a dit qu’il vaut mieux parler patois que mal parler le français, et quand vous êtes de Besagne, il faut savoir y rester, parce ce que :
VOUS AVEZ BEAU FAIRE,
LE MORTIER SENT TOUJOURS L’AÏOLI
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Benezit – Le Calmar farci – 1885 –
Première année – n°2 – samedi 13 juin