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Helvetica Light est une police d'écriture claire, facile à lire. Les lettres sont étroites et hautes et s'adaptent à tous les types
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DIMARS 28 DE FEBRIÉ 2017

 

Dimars de Carnava – Dimars glout

LE CARESSEUR DE BORNES

 

            Cela quelques mois que je le surveillais. Il avait l’air parfaitement sain d’esprit, mais on comportement pouvait paraitre étrange. Quand il se trouvait dans une petite rue des hauteurs de Arles, il jetait des regards autour de lui, vérifiant que personne, aux fenêtres, ne le regardait ; et soudain il se penchait pour caresser les chasse-roues que l’on trouve à Arles au coin des rues. Se sont les bornes où s’appuyaient, autrefois, les roues des charrettes ou des chariots quand ils tournaient dans un coin.

            Dans ces moments là, l’inconnu avait le visage illuminé. Il caressait la borne avec une joie véritablement physique. Il la regardait avec amour puis s’éloignait en sifflant.

            Cela posait presque un problème de police. Mais j’avais d’autres pensées en tête, et s’il plaisait à cet homme de caresser les bornes avec sensualité, je ne voyais pas la raison de l’en dissuader.

            Cependant cela semblait comme fait exprès. Où que j’aille en ville, à la Roquette, à la Porte de Laure où à la Genouillade, je tombais presque toujours sur lui au moment où il flattait de la paume de la main l’arrondi d’une borne.

            Je vous assure que ma présence était bien le fait du hasard. Cependant cela finissait par être suspect et, le jour où il m’a adressé la parole pour la première fois, il ne s’est pas montré trop aimable.

  • D’un ton hargneux il me dit : Monsieur ça vous dérange que je caresse les pierres ?

  • Certes non, lui dis-je, moi aussi il m’arrive de caresser des pierres.

  • Mais comment se fait-il que vous êtes toujours là quand je fais ma distribution de caresses ?

  • Je vous assure que je ne le fais pas exprès.

Je devais avoir l’air honnête. D’ailleurs je le suis. L’inconnu voulut bien admettre que je ne le prenais pas en filature

  • Alors me dit-il, il vous arrive à vous aussi de caresser des pierres ?

  •       En effet, cela m’arrive, lui dis-je.

  •       Ah ! Et vous avez des pierres préférées ?

  • Je lui ai expliqué qu’en matière de pierres je n’avais aucune préférence. Je caressais tout ce qui se présentait à portée de main. Que ce soit un chapiteau gothique en pierre de Beaucaire, une pierre du moulin de Fontvieille, une colonne de marbre ou la pierre d’attente rêche et tiède d’une voute romaine.

  • Seul le ciment n’attire pas mes mains. En revanche, il m’arrive de ramasser sur mon chemin un caillou du chenal avec beaucoup de gourmandise.

Il semblait que mes propos avaient apaisé l’inconnu.

  • Ah ! me dit-il, les choses du passé ! Il n’y a que ça de vrai.

  • Cependant, lui dis-je, le monde est en passe d’évoluer…

Il ne me laissa pas aller plus loin.

  • Alors me dit-il, ces bornes, vous êtes de ceux qui pensent qu’on devrait les enlever pour améliorer la circulation ?

  • Jamais de la vie, dis-je, moi je pense qu’on ne peut pas arrêter l’évolution de l’univers, mais nous avons le devoir de conserver les traces du passé. Ne serait-ce que pour mesurer le chemin déjà fait.

  • Vous parlez sérieusement ?

  •  Je vous l’affirme. Plus la vie se transforme, plus je crois que les témoins de notre histoire doivent être à l’abri des épreuves du temps.

J’ajoutais une formule :

  • Je crois que la jeunesse à toujours raison, mais je ne pense pas que ce soit une raison suffisante pour tuer ses aïeux.

Entre l’inconnu et moi s’est nouée aussitôt une amitié profonde. Il ne me connaissait pas. Il pausa sa main sur mes épaules et le dit :

  • Monsieur, vous êtes un homme selon mon cœur, il y a tellement de personnes à notre époque qui croient que le progrès doit s’accompagner de destructions !

  • Cela serait tellement monstrueux.

  • Il y a des monstres partout, m’affirma-t-il avec véhémence. Même au conseil municipal. Plus d’une fois il a été question d’enlever ces bornes.

  • Ils l’ont fait ?

  • Non, par encore, mais la question peut être mise sur la table à n’importe quel moment.

Il sortit de sa poche une feuille de papier pliée en quatre qu’il déplia.

  • J’ai fait en ce sens une pétition à monsieur le Maire, en déclarant intouchables toutes les bornes de la commune. Vous seriez d’accord pour la signer ?

  • Bien sûr lui dis-je, mai je dois vous faire savoir que je ne suis pas électeur ici.

L’inconnu faillit replier son document mais il se ravisa :

  • Vous n’avez qu’a signé illisible, dit-il.

Donc j’ai signé en plein vent la protestation destinée à sauver notre patrimoine de bornes.

  • Si cela vous dit, me dit l’inconnu, nous allons sceller notre rencontre par le verre de l’amitié. Je me présente : Marcel Auguste.

  • A mon tour je me nommai.  Il se trouvait qu’il avait entendu parler de moi, en bien. Il se disait heureux de me connaitre.

Sa tournée entraina la mienne. Et nous passâmes ainsi une demi-heure très amicale et chaleureuse.

  • J’espère vous revoir, me dit-il au moment de se séparer.

  • Mais moi aussi, lui dis-je poliment… Seulement je n’ai pas votre adresse.

Marcel Auguste mit sa main dans sa poche et en sorti un portefeuille.

  •  Je vais vous donner ma carte…

  •   Il me l’a donnée et j’ai pu lire :

Marcel Auguste : Carrossier.

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