DIMARS 27 DE JUN 2017
Sant Fernand
L’ORGUEILLEUX DE CUCUGNAN
Il y en a qui ont de ces idées !
Figurez-vous, qu’il y de cela quelques années, un colonel de l’armée de l’air en retraite vint s’installer à Cucugnan.
Ce n’était pas le premier, ce ne sera pas le dernier militaire à, venir s’établir dans le village. Je vous dirai même que je les admire de se fixer dans un endroit où les avions vous empestent avec leurs rejets de kérosène et où les tambours vous cassent les oreilles jour et nuit.
Il me semble que si j’avais le choix d’un joli coin de Provence pour ma retraite, et que j’eût assez d’argent, j’aimerais mieux de calme des villages perchés du Luberon, des Alpilles où du Ventoux que le trafic importunant des alentours de la Base de Charité !
Mais chacun ses goûts, comme disait le bousier poussant sa bouse au papillon butinant une rose !
Et peut-être par orgueil ou pour se mettre en valeur, que lui prit-il à notre galonné ? Il se mit à rassembler, à collecter, à ramasser, sans arrêt, tout ce qui touchait Cucugnan : les articles de journaux, les photos, les revues, les émissions de radio et de télévision… que sais-je ! Et il se mit à entasser comme un enragé tout ce qui se présentait à lui.
A force de rassembler des papiers, un beau jour il n’eut plus qu’une idée :
« Je vais combler une grave lacune… j’ai l’intention d’écrire un ouvrage sur le village de Cucugnan » dit-il autour de lui, de sa belle voix mielleuse, perché sur ses talonnettes, fier comme un paon qui fait la roue dans la basse-cour.
Aussitôt dit, aussitôt fait, il commença à courir de tous les côtés pour voir les imprimeurs, avant même qu’une seule ligne soit écrite. Moi il me semble à mon avis, que si vous aviez à faire un livre, vous commenceriez par l’écrire et, quand la dernière ligne serait pliée, il serait toujours temps de contacter les éditeurs avec votre manuscrit pour parler de son impression.
Cela ne semble pas être la logique des militaires ; on a bien vu en 14, quand il fallait attaquer du côté de Verdun ou du Chemin des Dames, la logique des chefs n’était pas celle des pauvres soldats, les pauvres !
Le comble cependant, était que ce petit monsieur, ne savait pas ce qu’il y aurait dans son livre, mai il connaissait déjà le nombre de pages, d’illustrations, de photos qui figureraient dans son « ouvrage ».

Et comme notre fanfaron n’était pas certain de mener à bien son affaire tout seul, il passa à la seconde phase de son plan et n’eut alors plus qu’un souci : organiser un « collectif », mais un collectif vraiment spécial, tout à son service, c’est-à-dire composé de personnes, pour la plupart nouveaux dans le pays, mais tout dévoués pour l’aider dans sa quête de documents.
Mais surtout qu’ils n’en sachent pas trop pour ne pas lui faire de l’ombre ! Du coup, et ceci est proprement extraordinaire : il n’y eut pas un seul Cucugnanais de souche dans son équipe.
Cela il faut le faire ! Un livre « collectif » sur un village sans qu’il y eut un seul représentant des vieilles familles du pays ! C’est certain que cela ne s’était jamais vu !
Il faut dire aussi que l’histoire des châteaux est bien plus spectaculaires que celle des paysans, des étameurs ou des épiciers. Quand vous voulez retrouver l’âme d’un village provençal, vous en apprenez bien plus des contes qui se disaient aux veillées, des historiettes de l’Almanach Provençal ou des surnoms qui se donnaient à foison que dans la vie des beaux marquis ou des galantes comtesses dans les châteaux du moyen-âge.
Et l’on en apprend plus des chambrières, des valets et des garçons de ferme que des maîtres comme dit le proverbe :
Les chambrières n’ont qu’un défaut,
Elles disent les secrets de la maison.
Ah ! Il allait l’oublier ! Notre nigaud demanda bien à un Cucugnanais de vieille souche qui se faisait gloire de bien connaitre Cucugnan, puisqu’il avait sorti deux livres sur le village : « un sur le football », l’autre écrit sur la guerre de 39-40 par son vieux maître d’école, aujourd’hui disparu, de faire partie du collectif, de rassembler la documentation et de s’occuper activement de la rédaction du livre.
Celui-ci fut très honoré d’être considéré comme « la clef de voûte de l’ouvrage », mais quand il fut question de partager la responsabilité de l’œuvre, le colonel ne fut plus d’accord. Monsieur se gardait la meilleure part. Après tout vous avez déjà vu un gradé traité d’égal à égal avec un subordonné, serait-il sorti de la cuisse de Jupiter, de la côte d’Adam ou de l’École Normale Supérieure.
Cela me rappelle l’heureux temps quand je faisais mon régiment à Salons, dans l’École de l’Air.
Tous les jours une dizaine « d’appelés » était requis pour entretenir le jardin du général, peindre sa « cage » ou servir de « taxi » à Madame la Générale quand elle allait chez sa coiffeuse se faire belle, ou chez un tondeur de chien pour pomponner son caniche. En politique, cela se fait aussi : cela s’appelle « des emplois fictifs ». Nous ne sommes plus au Moyen-âge, mais il y a toujours des esclaves et des domestiques pour servir les Petits Messieurs de l’armée ou de la politique.
Il faut dire aussi que notre orgueilleux ne s’embarrassait pas de scrupules quand il voulait arriver à son but. Cela ne lui faisait rien à son compte une exposition de photos que d’autres firent il y a quelques années ; une autre fois il vint trouver un des plus savants du pays pour chercher des renseignements et des documents afin d’organiser une exposition et écrire un article sur l’histoire des châteaux du village. Non seulement il ne prit pas la peine de mentionner l’origine de son travail, mais il eut le culot de dire à son informateur qui venait voir le résultat de son travail qu’il n’était pas invité à cette exposition.
Les voleurs de patrimoine, les conquérants du Midi, les usurpateurs de notre pays, je peux vous assurer que c’est une race qui se porte bien ! Cependant Frédéric Mistral nous avait prévenu il y a bien longtemps :
Un peuple qui laisse tomber
La langue et les us de ses pères
Ne mérite que de mourir
Sous les pied des usurpateurs.
Jean-Pierre Monier
LA FIN DÓU ROUBIN DEI BOUAS VARÉS
E Gaspard de Besso, aquéu glàri
Di baus d'Ouliéulo.
F. Mistral
Calendau, cant IX
Bràveis ami, agués pas pòu... vau pas vous counta l'istòri d'aquéu bregand de Gaspard Bouis, di Gaspard de Besso !... Nàni. Vau tout simplamen evouca pèr vautre un episòdi gaire counouissu de sa vido, aquéu de soun arrestacien.
Noumbrous soun lei varés qu'ignouron que Gaspard fuguè arresta dins la viloto dei freso e dei vióuleto, vouàli parla, m'avès coumpreso, de La Valeto-dóu-Var.
Gaspard èro cardacho em'un certan Augias, valeten, que demouravo au n° 83 de la carriero Naciounalo, aro carriero dóu Càrri-Verdun. Aquest an de gràci de 1780, nouaste Roubin dei Bouas varés avié perdu quàsi tóutei sei coumpan e s'escoundié dins uno baumo sus lou pendis de Coudoun tout bèu-just en dessouto dóu rodou que li
dien la Vièio Valeto. Tèms en tèms, soun ami li mountavo quàuquei prouvesien... lou necite pèr pas mouri de fam. Mai, Augias èro pas tout blanc, oh que noun !!! Lei gendarmo lou souspetavon d'èstre lou liò-tenènt de Gaspard ...
Lou 23 d'óutobre de 1780, Gaspard, qu'avié plus de que manja dins sei reservo, troubè rèn de miés à faire que de davala au vilàgi encò de soun ami cinq sòu. Lei marrìdei lengo vous diran qu'avié, aquéu jour d'eila, un rendès-vous galant !!! Ma fisto, es toujour que si troubavo bèn au n° 83 de la carriero Naciounalo quouro lei gendarmo piquèron à la pouarto sus l'estiganço d'arresta lou denouma Augias.
Après lei tres soumacien d'usàgi, lei gabian en uniforme èron à mand d'enfounça la pouarto d'intrado quouro aquélei que mountavon la gardo dins uno androuno, darrié l'oustau, si recebèron dins lei bras un ome qu’assajavo de prendre la poudro d’escampeto !!! … Creseguèron d’agué aganta Augias qu’avien jamai vist e sounèron lei coumpan dóu davans de l’oustau. En realita, èro Gaspard que tenien ansin. Aqueste, se vesènt choupla, avié sauta d’uno fenèstro dóu proumier estànci sus la téulisso d'uno remiso situado à l'arrié de l'oustau e, d'aqui, dins... lei bras dei representant de la lèi !!!
Aquéli bedigas de gendarmo li passèron lèu lèu lei manoto e vague de quita à la lèsto la carriero Naciounalo pèr s'entourna à Touloun liéura lou presounié à la justìci. Mai, coume an de-longo la pepido, pousquèron pas passa davans lou tubet dóu bout dóu vilàgi sènso ;intra béure quaucarèn. Bèn entendu, Gaspard, estaca coumo èro pèr sei manoto, lei seguiguè à l'interiour.
Pèr mal-astre, l'avié aqui un brave carretié que chimavo un degout de vin rouge. Recounouissènt nouaste Roubin dei Bouas, tant mau campa, troubè rèn de miéus à dire qu'acò : "Moun paure Gaspard, ti siés fa pessuga? "
Em'aco, lei gabian n'en sachèron proun pèr si rendre comte que venien de coumpli uno bello coufo ! Pamens, coumo lou Gaspard èro, éu tambèn, recerca pèr la justìci, si diguèron qu'avien pas vertadieramen fa bòu blanc. S'entournèron alor au 83 de la carriero Naciounalo, mai, l'aucèu s'èro envoula! Pas tant couioun qu'acò, Augias leis avié pas espera ... Cerco que cercaras, lou troubèron pas ...
Pèr quant au paure Gaspard de Besso, couneissès la seguido. De Touloun, lou menèron à z-Ais ounte fuguè juja e roumpu en plaço publico lou 25 d'óutobre de 1781, à l'àgi de 26 an, davans un fourniguié de mounde qu'avié lou pissin eis uei ...
Bernadeto ZUNINO
La felibresso dei freso e dei vióuleto
LA FIN DU ROBIN DES BOIS VAROIS
Et Gaspard de Besse, ce spectre
Des gorges d'Ollioules.
F. Mistral
Calendal, chant IX
Braves amis, n’ayez pas peur… je ne vais pas vous conter l’histoire de ce brigand de Gaspard Bouis, dit Gaspard de Besse !... Non. Je vais tout simplement évoquer pour vous un épisode peu connu de sa vie, celui de son arrestation.
Nombreux sont les varois qui ignorent que Gaspard fut arrêté dans la petite ville des fraises et des violettes, je veux parler, vous m’avez compris, de la Valette-du-Var.
Gaspard était ami avec un certain Augias, de la Valette, qui habitait au n°83 de la rue Nationale, maintenant rue Char-Verdun. Cet an de grâce 1780, notre Robin des Bois varois avait perdu presque tous ses copains et il se cachait dans une grotte sur les pentes du Coudon juste en dessous du lieu que l’on appelle la Vieille Valette. De temps en temps ; son ami lui montait quelques provisions, juste ce qu’il faut pour ne pas mourir de faim … Mais Augias n’était pas tout blanc, oh que non !!! Les gendarmes le suspectait d’être le lieutenant de Gaspard…
Le 23 octobre 1780, Gaspard, qui n’avait plus de quoi manger dans ses réserves, ne trouva rien de mieux que de descendre au village chez son ami. Les mauvaises langues vous diront qu’il avait, ce jour là, un rendez-vous galant !!! Ma foi, toujours est-il qu’il se trouvait bien au n°83 de la rue Nationale quand les gendarmes frappèrent à la porte dans l’intention d’arrêter le dénommé Augias.
Après les trois sommations d’usage, les gendarmes en uniforme étaient sur la point d’enfoncer la porte d’entrée quand ceux qui montaient la garde dans une ruelle, derrière la maison, virent arriver sur eux un homme qui essayait de prendre la poudre d’escampette !!!... Il crurent avoir attrapé Augias qu’ils n’avaient jamais vus et appelèrent leurs collègues qui étaient devant la maison. En réalité, c’était Gaspard qu’ils tenaient ainsi. Celui-ci, se voyant pris au piège, avait sauté d’une fenêtre du premier étage sur la toiture d’une remise située à l’arrière de la maison et, de là , dans les bras des représentants de la loi !!!
Ces nigauds de gendarmes lui passèrent aussitôt les menottes et ils quittèrent rapidement la rue Nationale pour revenir à Toulon livrer le prisonnier à la justice. Mais comme il ont sans arrêt soif, ils ne purent pas passer devant le bistrot du bout du village sans entrer boire quelque chose. Bien entendu, Gaspard, attaché comme il l’était par ses menottes, les suivit à l’intérieur.
Par malheur, il y avait là un brave charretier qui sirotait une goutte de vin rouge. Reconnaissant notre Robin des Bois, si mal campé, il ne trouva rien de mieux à dire que cela : « Mon pauvre Gaspard, tu t’es fait pincer ? »
Sur ce, les gendarmes en surent assez pour se rendre compte qu’il venaient de faire une belle bêtise ! Cependant, comme Gaspard était, lui aussi, recherché par la justice, ils se dirent qu’ils n’avaient pas fait vraiment fiasco. Ils revinrent alors au n°83 de la rue Nationale, mais, l’oiseau s’était envolé ! Pas si bête que cela, Augias ne les avait pas attendu… Ils eurent beau le chercher, ils ne le trouvèrent pas…
Quant au pauvre Gaspard de Besse, vous connaissez la suite. De Toulon ils l’emmenèrent à Aix où il fut jugé et roué en place publique le 25 octobre 1781, à l’âge de 26 ans, devant une grande foule qui avait les larmes aux yeux.
Bernadette ZUNINO
La félibresse des fraises et des violettes
MORTUÒRUM
Li famiho
Crèdi,
Remesso,
La Lauso,
Lou Bastoun,
e tambèn li famiho
Mens-Dicho,
Pito-Dardeno,
Marco-Mau,
A L'Uei,
e
Es Tout Paga
an la doulour de vous faire assaupre la despartido mai que crudèlo de
Moussu Crèdi,
lou que restavo sus lou restouble.
La counducho à Santo Repausolo se fara lou jour di Sant Innoucènt, dins lou
cementèri de Pago-Degun.
La voulounta dóu defunta: ni flour, ni coumplancho, souleto li biheto e li
pèço de tóuti li nacioun saran li bèn-vengudo.
L'esquiròu
AVIS DE DÉCÈS
Les familles
Crédit,
Remise,
La Dalle,
Le Bâton,
et aussi les familles
Rabais,
Grippe-sou,
Patibulaire,
À L'Œil, et
C’est Tout Payé
ont la douleur de vous faire part
du décès très cruel de
Monsieur Crédit,
Celui qui habitait sur un grabat.
Le convoi pour le cimetière fera le jour des Saints Innocents, dans le
Cimetière de Paie-Personne
La volonté du défunt : ni fleur, ni condoléances, seuls les billets et les
pièces de tous les pays seront les bienvenus.
L'écureuil