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DIMARS 26 DE JUN 2018

 

Sant Antèume (Antelme)

 

Ditado : Ensin va la vido (ainsi va la vie)

 

  • Fau nèisse pèr èstre bèu,

Se marida pèr èstre riche

E mouri pèr èstre brave.

Il faut naître pour être beau,

Se marier pour être riche

Et mourir pour être brave.

 

 

  • D’un enfantoun si dis toujour :

« Moun Diéu qu’es bèu ! »

Memo s’es laid coume pecat.

 

D’un petit enfant on dit toujours :​

Même s’il est laid comme le péché.

 

  • Quand quaucun si marido,

Subre-tout s’es de deforo,

Lei gènt dien :

« Fa un bouan còup »

Fa rèn se pren un camèu.

Quand quelqu’un se marie,

Surtout s’il n’est pas du village,

Les gens disent :​

Cela ne fait rien s’il prend un chameau.

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LA DERNIÈRE CHANCE

 

C’est étonnant que je ne vous aie pas encore fait assister à une partie de boules. si Moi-même je n’y joue pas très bien mais, sur le terrain de boules, les mots fleurissent d’eux-mêmes sur les lèvres des joueurs. Il suffit de tendre l’oreille.

Cette partie de boules s’est déroulée il y a juste quarante-huit ans, mais on peut déjà considérer que son souvenir ne s’éteindra pas d’ici la fin des siècles.

Cependant elle a failli ne pas se jouer. C’était un quinze août et les grands pins de l’allée des pins, au lieu de protéger de la chaleur, l’avaient emmagasinée. Il n’y avait plus d’eau à la fontaine et cette allée ombragée s’était transformée en une serre pour fleurs tropicales.

Certains voulaient reporter la partie, mais l’honneur était engagé. Le petit Maturette qui ne savait pas tenir sa langue avait envoyé le défi à ce brave Irénée, un des plus fins joueurs du département. Autant Maturette était bavard, autant Irénée était taciturne, et quand un provençal se met à être taciturne il ne fait rien à moitié ; il lui arrive de rester des semaines sans ouvrir la bouche.

Maturette avait envoyé le défi à la manière des paladins antiques, sans le ménager.

Irénée n’avait pas répondu aussitôt.

- Si tu ne veux pas me rencontrer, avait soupiré Maturette, je serai dans l’obligation de me déclarer vainqueur par forfait. Alors c’est oui ou non ?

Irénée ne s’était même pas donné la peine de répondre, il avait juste bougé la tête en signe d’acceptation.

Ce fameux 15 août, avant six heures, le village avait envahi l’allée des pins. Maturette arriva le premier. Visiblement l’homme était en forme, il avait l’air sûr de lui. Et comme à six heures moins deux Irénée ne s’était pas encore fait voir il dit :

- Vous allez voir qu’il va se dégonfler….

Irénée arriva exactement au moment où l’horloge du village sonnait le troisième coup de six heures.

La galerie se réjouissait d’avance du spectacle qui allait se dérouler devant elle. De toutes les façons ce serait un choc de titans et, en plus deux styles, deux écoles, deux tempéraments allaient s’affronter. Irénée était le méthodique, l’imperturbable, le scientifique. Maturette était le fougueux, le romantique, l’imprévisible. Jamais Irénée ne faisait voir une satisfaction ou un dépit, alors que Maturette était arrogant quand les choses allaient bien et désespéré quand cela ne tournait pas de son côté.

Or ce 15 août en question les choses allèrent vite à son désavantage. Ce n’était pas que Maturette jouait mal, au contraire, il n’avait jamais été autant inspiré, mais le Bon Dieu n’était pas avec lui. Il tirait droit, il tirait au fer mais, ou il manquait la boule d’un cheveu, ou à la suite d’un carambolage imprévu, le carreau qu’il venait de faire, à la place de lui donner le point, tournait en sa défaveur.

Dès la première mène il était trempé de sueur et il maudissait le ciel à haute et intelligible voix. Puis il tournait sa mauvaise humeur contre son adversaire impassible, calme et silencieux. En effet Irénée jouait serein et avant de lâcher une boule il mettait toutes les chances de son coté. Il étudiait la donne de longues minutes et frappait de sa boule les cailloux à l’endroit qu’il avait choisi.

- Oh ! Irénée, dit Maturette, que fais-tu ? Tu cherches du pétrole ?

Cela faisait rire la galerie, mais ne troublait en rienla sérénité d’Irénée et, l’un bramant, l’autre impassible comme un indien, la partie se poursuivit.

A sept heures et demie, Irénée menait par douze à rien. Non, véritablement, cela ne reflétait pas la physionomie de la partie. Plus d’une fois Maturette avait faillit renverser la situation, mais il avait seulement manqué et tout à coup son moral craqua : Irénée venait de tirer sur sa propre boule mais au lieu de perdre le point il en avait mis deux d’un coup.

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Deux points sur une boule ratée, il y a de quoi faire perdre son sang-froid aux plus équilibrés. Maturette se lança dans de véhémentes imprécations.

- Que tu gagnes contre le cours du jeu, dit-il à Irénée, cela m’est égal, ça me rassure même car la chance ne sourit qu’aux imbéciles, mais ce qui me met hors de moi c’est que tu es un grossier personnage…​

Irénée le regarda sans comprendre.

- Parfaitement, poursuivit Maturette, un grossier personnage… Quand on te fait un affront tu n’as même pas la délicatesse de te fâcher. Mais enfin, bon-sang, dit quelque chose !

Irénée ne disait rien, il mesurait la distance entre le rond et le bouchon, à longues enjambées méthodiques. Il essayait le pas à droite, le pas à gauche, le pas au milieu, puis, il partait à la recherche de la meilleure donnée, toujours dans un silence monumental.

À un moment donné on avait eu peur que Maturette perde le nord. Il piétinait sur place, il montrait les poings au pins et aux platanes, et il hurla :

- Monsieur Irénée, je vous parle, et quand je parle à quelqu’un il me semble que la politesse est qu’il me réponde…

Tous les regards se tournèrent vers Irénée. Il n’avait pas bronché. Il se passa la langue sur ses lèvres sèches. Nous avions compris qu’il allait enfin parler.

Les femmes semblaient nues sous leurs robes légères qui leur collaient à la peau.

Les hommes dégoulinaient de sueur et rêvaient de boire frais. Il n’y avait que dix mètres pour aller à la fontaine mais personne n’aurait abandonné la partie, même à prix d’or, avant qu’elle ne soit achevée.

Alors Irénée ouvrit la bouche et, dans cette serre tropicale où s’emmagasinait toute la touffeur de ce 15 août, il dit :

- À mon avis, il n’y a que la neige qui peut le sauver.

Et bien croyez-moi si vous voulez, c’est Maturette qui a gagné la partie.

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