DIMARS 26 de JANVIÉ 2021
Santo Paulo
LA VACINO
Frestèu voulié pas faire vacina soun drole.
– I’ai pas fe, disié, i’ai pas fe !
– E perqué i’as pas fe ? respoundié sa femo.
– I’ai pas fe ! Sabes pas ce qu’es arriba, l’autro semano ? I’a Tistoun que faguè vacina soun einat : empacho pas que mouriguè tres jour après.
– Coume, tres jour après ?
– O. Vouguè davera ’n nis ; toumbè de l’aubre e se tuè rede. Ah ! tenès, pièi, fasès vacina vòstis enfant !
Lou Cascarelet
Armana Prouvençau 1861
LE VACCIN
Benêt ne voulait pas faire vacciner son fils.
– Je n’ai pas confiance, disait-il, je n’ai pas confiance !
– Et pourquoi n’as-tu pas confiance ? répondait sa femme.
– Je n’ai pas confiance ! Tu ne sais pas ce qui est arrivé, l’autre semaine ? Il y a Baptistin qui fit vacciner son ainé : cela n’empêche pas qu’il mourut trois jours après.
– Comment, trois jours après ?
– Oui. Il voulut détacher un nid ; il tomba de l’arbre et se tua sur le coup. Ah ! tenez, après, faites vacciner vos enfants !
UN BÈU MIRACLE !
D’en cadiero, un dimenche, un curat de Sant-Martin-de-Crau ansin parlavo à si parrouquian : « L’evangèli de vuei, mi fraire, nous apren que Noste Segne emé quatre milo pan nourriguè peraqui sèt ome… »
La lengo i’avié vira.
Jan, lou sacrestan, aquéu finocho, qu’èro sèmpre aurihous pèr espelugueja li paraulo dóu presicadou, noun leissè toumba ’questo.
– Ai-ai-ai ! faguè souto capo, o boudiéu ! quento uno !
De retour à la sacrestié, lou curat, voulènt un pau galeja :
– Eh bèn ! Jan, tu qu’as tant de croio, l’auriés fa, tu, digo, lou miracle que vènes d’entèndre ?
– m’esquicha, replico Jan en petant dóu rire. Oh ! n’avès baia ’no bello ! avès di…
– Qu’ai di ?
– Avès di que Noste Segne emé quatre milo panoun nourriguè peraqui sèt ome.
– Verai ? L’ai fa pèr destenèmbre. Ah ! bèn ! l’an que vèn adoubarai la fauto.
Adounc, l’an venènt, lou curat, estènt mai en cadiero, em’ assegu-ranço disié : « Noste Segne, dins lou desert, emé sèt pan d’òrdi e quàuqui pichoun pèis nourriguè peraqui quatre milo persouno. » E pièi à Jan :
-
Eh bèn ! Jan, qu’auras mai à dire aquesto fes ? Lou fariés, lou miracle, tu, digo, que, gros tourtouire ?
-
Eisadamen, – replico Jan, l’aguènt touto lèsto, – en candèlo, moussu lou curat ! sarié bacheto ! emé li soubro de l’an passa !
Lou Galejoun
Journau L’Aiòli
7 de janvié 1895
UN BEAU MIRACLE !
En chaire, un dimanche, un curé de Saint-Martin-de-Crau parlait ainsi à ses paroissiens : « L’évangile d’aujourd’hui, mes frères, nous apprend que Notre Seigneur avec quatre mille pains nourrit à peu près sept hommes… »
Sa langue avait fourché.
Jean, le sacristain, ce finaud, qui avait toujours l’oreille tendue pour éplucher les paroles du prêcheur, ne laissa pas passer celle-ci.
– Aïe-aïe-aïe ! dit-il sous cape, oh mon Dieu ! en voici une bonne !
De retour à la sacristie, le curé, voulant plaisanter un peu :
– Eh bien ! Jean, toi qui es si présomptueux, tu l’aurais fait, toi, dis, le miracle que tu viens d’entendre ?
– Sans me forcer, réplique Jean en éclatant de rire. Oh ! vous nous en avez dit une belle ! vous avez dit…
– Qu’est-ce que j’ai dit ?
– Vous avez dit que Notre Seigneur avec quatre mille petits pains nourrit à peu près sept hommes.
– C’est vrai? Je l’ai fait par mégarde. Ah! Bien! L’an prochain je réparerai ma faute.
– Donc, l’année suivante, le curé, étant à nouveau en chaire, avec assurance disait : « Notre Seigneur, dans le désert, avec sept pain d’orge et quelques petits poissons nourrit à peu près quatre mille personnes. » Et puis à Jean :
– Eh bien, ! Jean, qu’auras tu à redire cette fois ? Tu le ferais, le miracle, toi, dis, gros benêt ?
– Facilement, – réplique Jean, promptement, – facilement, monsieur le curé ! ce serait un jeu d’enfant ! avec les restes de l’an passé !