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DIMARS 22 DE NOUVÈMBRE 2016

 

 

Santo Cecilo

 

 

 

Ditado :

 

  • Marrìdei nouvello lei mousco lei porton.

Les mauvaises nouvelles, les mouches les apportent..

 

  • Nus coumo un verme

Nu comme un ver

 

  • Or es or mai lou blad es tresor

L’or es de l’or mais le blé est un trésor.

 

  • Fau jamai demanda à-n-un oste s’a de bouan vin.

Il ne faut jamais demander à un aubergiste s’il a du bon vin.

 

  • Vau miés leissa lou nistoun mourvelous que li li derraba lou nas.

Il vaut mieux laisser le petit morveux plutôt que de lui arracher le nez.

 

Tèmo :

 

  • Les feux follets viennent de partout, du nord, du sud, de l’est, de l’ouest.

Lei fanau vènon de pertout, dóu miejour, de l’uba, dóu pounènt (tremount), dóu levant (trelus).

CAMBRIOLAGE À PERTUIS

 

            Le beau temps était revenu. A cette saison il ne s’en va jamais longtemps. Cela fera trop de peine au président du Syndicat d’Initiatives qui est un brave homme bien dévoué. Ils n’étaient pas encore tous assis qu’Honorat le « Chauve » avait pris la parole. De sa propre autorité, bien entendu. Parce que depuis d’Honorat est passé à la télévision, il se prend pour une vedette, et personne n’ose lui dire qu’il dit toujours les mêmes choses et qu’à la longue il finit par lasser.

            Clameur le Vieux (dont le petit fils est gendarme en Haute-Savoie) nous sauva la mise. Clameur le Vieux, lui au moins a toute sa tête mais, par bonheur, il est sourd des deux oreilles. Donc il ne s’était pas rendu compte qu’on l’avait précédé. Sinon il ne se serait jamais permis de couper la parole à un copain de régiment.

            Béni soit Clameur qui, comme s’il se parlait à lui-même, poursuivant en public un monologue intérieur commencé depuis toujours, lança de cette voix claironnante et confidentielle des sourds qui n’entendent pas ce qu’ils disent :

— Cela me rappelle le jour où il y a eu un cambriolage à Pertuis… Oui à Pertuis dans le Vaucluse, il y a pas mail de temps de cela.

Un soupir de soulagement enchanta la réunion. Honorat essaya de poursuivre mais se tut. Pierrette, l’éternelle fiancée du fantassin de marine, sans raison apparente, se mit à rire en serrant ses genoux.

A votre intention, je résume son récit.

A Pertuis dans le Comté, il y a une vingtaine d’années, il n’y avait ni commissariat, ni gendarmerie. Mais il y avait déjà un Crédit Agricole dont le système d’alarme avait donné de gros problèmes.

Ils avaient eu beau dire à ces messieurs de Paris qu’à Pertuis il n’y avait que des gens honnêtes et que ce serait une dépense inutile, mais ils s’obstinaient et en voulaient un.

Un spécialiste venu de la capitale proposa de brancher la sonnerie chez le garde-champêtre, mais on voyait bien qu’il n’était pas du pays. Tous les anciens de Pertuis vous le diront : Fernand le garde n’était jamais chez lui, sauf pour dormir. Et encore pas toutes les nuits : non seulement il était porté sur la bouteille, mais aussi s’occupait d’une quadragénaire bien dodue et de bonne compagnie.

Si on voulait le voir dans la journée, il suffisait de se rendre au café de la Fontaine où il avait ses habitudes et son siège social. Si par hasard il n’était pas ici on pouvait toujours dire où il se trouvait.

C’est ainsi que naquit l’idée de brancher directement la sonnerie au café de la Fontaine. Ces Messieurs de Paris firent d’abord quelques objections, mais il n’y avait pas moyen de faire autrement. Il vint de Cologne (Allemagne de l’Ouest) un spécialiste de la sonnerie d’alarme. Une sonnerie qui fonctionnait à merveille mais faisait un tel vacarme qu’elle aurait réveillé tout le village si par malheur elle s’était mise en marche au milieu de la nuit.

Donc, de sa propre autorité, le patron du café de la Fontaine, le brave Louis, qui avait servi dans les Corps Francs, mais qui était revenu de la guerre le cœur un peu faible se mit en tête de l’atténuer. Il disposa une plaque de carton sous le marteau destinée à assourdir les vibrations. On fit quelques essais en public. Ils furent concluant. La sonnerie d’alarme faisait un petit bruit de cigale en colère.

Donc elle fonctionnait, mais ne servait à rien. Je ne me souviens plus qui a eu l’idée de donner une fonction sociale à cette inutile sonnerie. A mon avis ce doit être François, le caissier, qui avait la goutte, mais aussi le gosier exigeant.

— Supposons que nous ayons soif, ou que vous ayez un client de marque, ou simplement un ami qui soit venu vous voir : on appuie sur le bouton de la sonnette et ce brave Louis se fera, j’en suis certain, un plaisir de nous servir à boire à domicile.

Le directeur qui était un homme de grande sensibilité et très ouvert aux idées généreuses accepta aussitôt la suggestion.

Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Une ou deux fois par jour (jusqu’à six fois par les grosses chaleurs) la sonnerie d’alarme retentissait dans le café de la Fontaine et les clients disaient :

— Les gratte-papiers ont soif.. Ils ont sonné cinq fois, cela fera cinq anis… Quatre coups seulement… Là, je te paries que c’est François qui a sa crise de goutte…

Aussitôt Louis abandonnait ses clients pour aller de l’autre côté de la rue. J’ai oublié de vous dire que le café de la Fontaine était juste en face du Crédit Agricole.

Trente secondes après il se présentait, le plateau à la main, en disant :

— Ces Messieurs sont servis.

Et le temps a passé.

Cela faisait trois ans que le système fonctionnait à la satisfaction de tous, quand en plein mois d’août, on vit descendre du car d’Avignon un monsieur, avec son cartable, qui avait un air de contrôleur des contributions en déplacement.

La réalité était bien pire que l’apparence. Ce monsieur au cartable et qui portait la cravate en plein midi, en pleine chaleur, était un inspecteur général du Crédit Agricole.

Il se présenta au directeur, mais deux jours de suite il ne dit pas un mot, et ne parla à personne. Il restait la tête dans ses livres de comptes. Il refusait même de manger. Il vérifiait.

Le troisième jour il s’épongea. Et nous vîmes apparaitre sur son visage quelque choses qui ressemblait à un petit sourire.

Il invita le directeur à s’assoir.

— Cher ami, lui dit-il, je tiens à vous féliciter, je n’ai jamais vu une succursale si bien menée.

Le directeur devint rouge comme une tomate et ses quatre employés furent bien soulagés.

L’inspecteur avait regardé sa montre pour voir s’il n’allait pas manquer le car. Non, il avait une bonne demi-heure devant lui. Que faire, il avait épluché tous les livres. Alors il dit :

— A propos : et la sonnerie d’alarme ?

— Elle marche à la perfection, dit monsieur le directeur.

— Vous en êtes certains ?

— Nous vérifions son fonctionnement, dit le directeur, au moins une fois par jour.

— J’aimerais le vérifier moi-même dit sévèrement l’inspecteur général.

Les employés regardaient le plafond, le directeur fit face.

— Il suffit d’appuyer sur ce bouton.

L’inspecteur général, venu de Paris, appuie sur le fatal bouton. Une fois. Une seule.

Trente secondes plus tard Louis arrive. Il y avait un peu de dépit sur son visage, mais un seul anis sur son plateau :

— Que se passe-t-il, il y a des malades ?

Il serait temps de nous sortir de cette « plaisanterie » sinon nous risquons de tomber sans l’opérette marseillaise. Alors que c’est juste un produit d’exportation (pas encore tout à fait démodé) à l’usage des « parisiens » en général. Mais la Provence est un « produit » qui voyage mal. C’est un petit vin local qui doit être bu sur place. Sinon il s’évente.

 

Texte français d’Yvan Audouard, adapté au provençal par Émile Fabre

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