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DIMARS 21 DE MARS 2017

 

Santo Clemènço

 

Ditado :

 

  • Pèr Sant Blai semeno coumo ti plase.

Pour la sainte Blaise sème comme il te plais.

 

  • Emai qu’au mes de mars lou blad tape lou moutard, es pas tròup tard.

Et bien qu’au mois de mars la blé recouvre la glèbe, ce n’est pas trop tard.

LE VIN DE LA FÊTE DU BLÉ À SAINT-CHRISTOL

         Ici il n’y avait pas de fête des moissonneurs. Mais il y avait la fête du blé, le dernier jour, plutôt la dernière nuit, après la dernière nuit. Et quelle nuit !... Quand nous avions moissonné, quand nous avions transporté les gerbes sur l’aire, quand nous avions fini de les fouler, il restait quelque chose à faire : c’était de passer le blé au tarare et le rentrer au grenier. Pour faire cela, nous convoquions tout le monde, tous ceux qui avaient travaillé avec nous. Nous faisions cela de nuit parce que il ne fallait pas de vent. Nous passions le blé deux fois, une fois pour faire le gros, une seconde pour faire fin. Le plus difficile était la première fois car il y avait toute la poussière.

            Il y avait celui qui envoyait le blé sur la trémie de la machine à vanner, il y avait celui qui le faisait passer et il y avait celui qui tournait la manivelle, celui qui enlevait la poussière, celui qui dégageait les criblures, celui qui dégageait le blé. Quand nous avions passé le gros, on s’arrêtait pour manger un morceau, puis nous recommencions le seconde passe. Il y avait moins de poussière, mais on en mangeait encore ! En plus de cela il fallait celui qui emplissait les doubles décalitres, celui qui tenait les sacs, celui qui les pesait, celui qui les chargeait sur la charrette…

            Quand tout cela était terminé, il restait à monter le grain dans le grenier. C’est là que la fête commençait : Un verre de vin pour chaque sac entré ! On s’y mettait tous et c’était vite terminé : les uns en portaient plus, les autres moins « mais un sac de blé, un verre de vin », à la fin il y en a qui marchaient à quatre pattes.

            Pendant ce temps la maitresse de maison avait préparé de coq pour le repas : ah ! ce coq. On se mettait à table dès le travail terminé, l’heure n’avait pas d’importance, à la fin de la nuit ou au milieu de la matinée. Dès le début il y en avaient qui étaient un peu gai ; il n’est pas besoin de vous dire que le vin continuait de couler. A la fin du repas vous auriez vu la fête !...

            Tenez, une histoire. Il y en avait un qu’on appelait la Bedaine, un certain Édouard Boune. Il avait accompli un exploit, on l’avait provoqué ;

« Nous te parions que tu ne boiras pas les douze verres de vin pendant que l’horloge sonne les douze coup de midi !... »

La Bedaine réfléchissait : « Comment faire pour boire vite ? Comment prendre un verre dans chaque main sans perdre de temps et sans rien renverser ». Il demande à faire un essai pour rien. Ils emplissent les verres. Au onzième coup de midi il avait vidé les douze verres !...

             Ces gros travailleurs étaient de gais lurons. Ni le travail, ni le soleil, ni le vin les ont fait mourir plus vite que les autres !

La fête des paysans d’ici était plutôt le pèlerinage de Notre-Dame de Laramon. Nous partions tôt pour monter en haut. Le curé disait la messe, donnait la bénédiction à nos champs, nous priions contre la grêle. La Chapelle est sur la commune de la Garde, mais pas loin de notre limite. Quand la procession arrivait sur la limite, elle s’arrêtait. Nous posions un moment la statue de Notre-Dame au sol puis nous repartions : il faudrait nous aider à retrouver pourquoi nous pouvions bien faire cela !

LES BLÉS DE L’ÉTÉ SANS LEURS FÊTES

      La fête des moissons a-t-elle jamais existé en Provence ?... Dans les autres provinces, on parle, chez eux, de la fête des moissonneurs, des rites touchant le dernier andain ou la dernière gerbe, de légendes sur « le lièvre » se jouant des paysans, du dernier repas des moissonneurs pour marquer la fin du travail…

      Les enquêtes faites là-dessus nous ont donné jusqu’à maintenant qu’une maigre « moisson ». Même ceux qui nous  rapportent des histoires du genre de celles que nous venons de vous conter, précisent qu’il ne s’agissait pas spécialement d’une fête des moissonneurs.

       Si la littérature régionale évoque plus d’une fois des fêtes de moissonneurs, on se demande si elles ont véritablement existées chez nous, où et quand ? On peut se demander s’il n’y a pas là un phénomène d’inventions volontaires, venant de gens qui se sentaient frustrés de voir leur Provence rester en marge des manifestations souvent spectaculaires que l’on voyait ailleurs.

       Alors que les Provençaux sont prolixes pour parler des autres fêtes corporatives ou saisonnières (les jardiniers, les charretiers, les forgerons), ils n’ont rien de comparable sur les moissons, aussi bien sur le plan profane que sur le plan sacré. Les agriculteurs font bénir les maisons, les champs, les récoltes en général, les troupeaux, les « montagnes », les chevaux ; mai pas spécialement les blés. Ils célèbrent leurs « charrettes revêtues de feuilles », pas les faux, ni les moissonneuses ! Ils font toute sorte de fêtes d’été, de la Saint-Jean et de la Saint-Eloi (24 et 25 juin), à la Saint-Michel (29 septembre), en passant par la Saint-Pierre, la Sainte-Madeleine et la Saint-Jacques, la Sainte-Anne, Notre-Dame d’août et celle de septembre, la Saint-Roch, la Saint-Barthélemy et la Saint-Mathieu : ces fêtes ne sont pas mentionnées comme des fêtes de moisson. Même apparemment la Saint-Jean.

Mis au provençal par Émile Fabre

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