DIMARS 21 DE JUN 2016
SANT ROUDÒU (Rodolphe)
Ditado :
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Qu pinto vènde
Qui peint vend. (Il faut parer la marchandise pour la vendre).
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Qu pinto la flour ié douno pas l’óudour.
Celui qui peint la fleur ne lui donne pas l’odeur.
Tèmo :
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L'artiste peintre peint sur carton ou sur toile. Certains font la peinture à l’huile ou alors la gouache, le pastel, l'aquarelle. Il en est qui peignent des natures mortes. D'autres se font peintres de marines, de paysages, de scènes d'intérieur ; d'autres encore peignent des animaux ou s'essayent au portrait, tantôt grandeur nature, tantôt miniature. Quelquefois ils font des caricatures. Et de presser les tubes pour faire sortir les couleurs, de les mêler sur la palette, avant de les marier et de voir l'effet rendu, si elles s'accordent ou jurent etc. Bien sur, ne pas oublier de laver les pinceaux à l'essence de térébenthine et de rogner le superflu à la spatule.
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L’artisto pintre (pintaire), pinto sus cartoun o sus telo. D’ùnei (que li a) fan la pinturo à l’òli o alor la gouacho, lou pastèu, l’eigarello. N’en a (n’i’a, n’avès) que pinton de naturo mouarto, de païsage, de scèno d’oustau, d’autre encaro pinton o s’assajon au retra, quouro grandour naturo, quouro miniaturo. De còup (que li a) fan de caricaturo (de cargo). E (vague) de quicha lei tube pèr n’en faire sourti lei coulour, de lei mescla sus la paleto avans de lei marida e de vèire l’efèt rendu, se s’acordon, se s’endevènon vo juron etc. Segur (bèn entendu) fau pas óublida (óublidés pas) de lava lei pincèu emé d’essènci de terebentino e de rougan (leva) ce qui li a de tròup à l’espatulo.
LA MORT DÓU PINTRE
Lou vièi pintre s'en vai plan plan. A rendès-vous
Emé la terro
E saup que la terro l'espèro.
Óutobre es dous.
Dins lou païs de-z-Ais l'aubre
S'ensaunousis,
E dóu Mount Ventùri lou maubre
Vèn quasimen vióulet quouro s'achavanis
Lou cèu...
Pau Cézanne s'en vai emé sa cargo :
Lou soulèu
De l'autouno estend subre sa jargo
Soun or... S'en vai
Au rendès-vous dóu matin, lou cor gai,
Dóumaci, d'eilamount, descurbira la terro
Vestido d'un mantèu reiau. Quand vèn l'autouno
La terro es rèn qu'un grand courounamen :
Es rèi lou paure
Dins si roupiho que s'en vai, coumpan dóu vènt ;
Porto courouno
Lou maset destéula, la terro es rèino,
La terro canto un inne espetaclous
Que l'iue dóu pintre escouto :
Un jour encaro éu coumuniara
Emé la roco, emé lou cèu, emé la routo
Emé lou nivo peresous : uno fanfaro
Restountira dins soun cor de crestian ;
Saupra l'ounour d'èstre ome e de se recounèisse
Dedins l'aubre pourpau, lou roucas blu, l'estang...
Tout es tant bèu e tant tout parlo à l'ome
Un langage famous...
Davans que noun lou sang dins si veno s'endorme
Vai assaja, un cop de mai, de metre
Sus sa telo un pau d'aquelo gau,
D'aquelo fèsto de la terro, un cop de mai
Vai èstre aquéu blu, aquéu rouge,
Vai èstre aquelo sinfounié de blu, de rouge,
Que restountis subran coume uno ourgueno
Au trefouns d'éu...
Aro Pau Cézanne travaio,
A tout soun tèms, travaio plan,
Travaio plan, mai soun sang es en aio...
Coume lou mounde es bèu ! D'èstre crestian
Coume es bon, quand vèn l'autouno
E que pensas que dins la touno
Anas èstre bèn lèu la vendèmi de Diéu.
Lou pincèu vai e subran s'amoulouno
Dins lou cèu sin un nivo negrinèu.
Lou pincèu vai. Dóu nivo pau s'enchau
Lou vièi pintre e vaqui
Qu'un degout d'aigo court sus la telo, crentouso,
Perlo mai que degout... Alor lèu lèu,
Pau Cézanne a barra sa bouito e tout gibla
S'en vai souto la raisso que lou fouito
E que, dirias, se trufo d'éu.
S'en vai, en empourtant sa cargo,
Sa crous, dirias...
Coume un rire de chato folo
Aro, la plueio
Subre soun vièi caban sauto e regolo...
Deman, pecaire,
Pau Cézanne sara cadabre...
Mai lou flame vignié aura fa sa vendèmi
E lou vin aboundous renja dins lou celié,
Pèr aquéli qu'an set,
Rajara coume rajo
Dóu Castèu-Nòu pourpau la reialo liquour
E dins de cor liuenchen qu'esperavon, gelèbre,
Éu vuejara sa gau.
Reinié JOUVEAU (1906 – 1997)
LA MORT DU PEINTRE
Le vieux peintre s’en va tout doucement. Il a rendez-vous
Avec la terre
Et il sait que la terre l’attend.
Octobre est doux.
Dans le pays d’Aix l’arbre
Devient couleur de sang,
Et le marbre de la Sainte-Victoire
Devient presque violet quand
Le ciel se met à l’orage…
Paul Cézanne s’en va avec sa charge :
Le soleil
De l’automne étend sur son manteau
Son or… Il s’en va
Au rendez-vous du matin, le cœur gai,
Parce que, de là-haut, il découvrira la terre
Vêtue d’un manteau royal. Quand vient l’automne
La terre n’est rien qu’un grand couronnement :
Il est le roi des pauvres
Qui s’en va dans des hardes, ami du vent ;
Le petit mas qui a perdu ses tuiles,
Porte couronne, la terre est reine,
La terre chante un hymne prodigieux
Que l’œil du peintre écoute :
Un jour encore il communiera
Avec la roche, avec le ciel, avec la route
Avec le nuage paresseux : une fanfare
Retentira dans son cœur d’humain ;
Il saura l’honneur d’être homme et de se reconnaitre
Dans l’arbre couleur de pourpre, le rocher bleu, l’étang…
Tout est si beau et tout semble parler à l’homme
Un langage fameux…
Avant que dans ses veines le sang ne s’endorme
Il va essayer, une fois de plus, de mettre
Sur sa toile un peu de cette joie,
De cette fête de la terre, une fois de plus
Elle va être ce bleu, ce rouge,
Elle va être cette symphonie de bleu, de rouge,
Qui retentit soudain comme un orgue
Au plus profond de lui…
Maintenant Paul Cézanne travaille,
Il a tout son temps, il travaille doucement,
Il travaille doucement, mais son sang est en ébullition…
Comme le monde est beau ! D’être un homme
Comme cela est bon, quand vient l’automne
Vous allez être bientôt la vendange de Dieu.
Le pinceau va et vient et soudain
Dans le ciel purs’amoncelle un gros nuage noir.
Le pinceau va. Le vieux peintre
Se moque du nuage et voilà
Qu’une goutte d’eau court sur sa toile, timide,
Perle plus que goutte... Alors très vite,
Paul Cézanne a fermé sa boite et tout courbé
Il s’en va sous l’averse qui le fouette
Et qui, on dirait, se moque de lui.
Il s’en va, en emportant sa charge,
Sa croix, dirait-on…
Comme un rire de jeune fille folle
Maintenant, la pluie
Sur son vieux manteau saute et dégouline…
Demain, le pauvre,
Paul Cézanne sera cadavre…
Mais le fameux vigneron aura fait sa vendange
Et le vin abondant rangé dans le cellier,
Pour ceux qui ont soif
Coulera comme coule
Du Châteauneuf pourpre la royale liqueur
Et dans des cœurs lointains qui attendent, glacés,
Lui versera sa joie.
René JOUVEAU (1906 – 1997)