DIMARS 20 DE NOUVÈMBRE 2018
Sant Mitre
Ditado :
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Acò es un bouan ome de mar : juro pas mau, saup bèn fuma.
C’est un bon marin : il jure pas mal, il sait bien fumer.
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A un mourre que n’en fara courre.
Elle a un minois qui en fera courir (plus d’un).
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À bouan massoun touto pèiro vèn d’à poun.
Un bon maçon sait où placer n’importe quelle pierre.
Tèmo :
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Ceux qui travaillent le plus ne mangent pas les meilleurs morceaux.
Aquélei que travaion lou mai manjon pas li meiour moussèu.

LE PETIT JOSEPH (suite)
Il était presque dix heures quand ils allèrent se coucher. Honorine ne dormit guère, elle pensait à Joseph ; pareil pour Clarisse qui songeait : « Augustin et moi prenons de l’âge, le mulet nous fera encore deux ans peut-être… Ce Joseph serait bien pour notre fille. »
Bref : sur les six heures, Joseph était prêt à partir, avec une besace bien remplie.
Il embrassa ses hôtes comme s’ils avaient été de sa famille. Honorine en l’embrassant luit dit à voix basse : « Quand est-ce que nous vous reverrons ? ». Tout guilleret, Joseph lui répondit : « Je reviendrai pour Pâques ! »
Il sauta sur sa bête, l’éperonna un bon coup et fila comme l’éclair.
Honorine rentra dans la ferme et se mit à pleurer en se disant : « Avant que nous soyons à Pâques, il en passera de l’eau sous les ponts.» Le lendemain elle alla au village
faire quelques courses. Elle entra chez l’apothicaire, lui acheta une potion, et, sans avoir l’air de rien, elle lui demanda : « Quand tombe Pâques l’an prochain ? » Celui-ci prit une espèce de livre, il la regarda un moment et lui dit en souriant : « L’an prochain, Pâques tombe de vingt-deux avril.
— Je vous remercie bien » Et toute songeuse elle s’en alla en disant : « Qui sait combien cela fait de jours, à vivre dans l’attente, à me désoler et à m’inquiéter ? En arrivant à la ferme elle n’en pouvait plus.
Et le temps passa, passa jusqu’au jour où ils virent un cavalier avec un bout de papier dans la main.
« C’est vous Honorine ? Je vous salue ! Joseph vous fait dire qu’il sera ici le vingt-et-un avril. »
Honorine le remercia et notre cavalier s’en alla, sans plus de façon.
Et le vint-et-un avril, sur les cinq heures du soir, Honorine, qui depuis le matin guettait du côté d’Aix, vit Joseph sur son cheval qui arrivait à fonds de train. En quelques bonds la bête fut près d’elle, notre cavalier en descendit rapidement et les deux amoureux tombèrent chacun dans les bras l’un de l’autre. Jamais embrassade ne fut plus douce.
Ils arrivèrent à la ferme. Augustin et Clarisse l’embrassèrent comme s’il avait été leur fils ; vous parlez d’un accueil ! Clarisse servit le vin cuit, ils trinquèrent et re-trinquèrent, à la joie de s’être retrouver et au bonheur des deux amoureux qui venaient de se promettre l’un à l’autre.

Joseph raconta son voyage au environs d’Aix. A la Bégude personne ne le reconnaissait, seul un bon vieux lui dit que ses parents étaient morts depuis un bon moment. La maison était ouverte aux quatre vents, plus de porte ni de fenêtre ; les terres envahies pas les mauvaises herbes, incultes. Il alla à Aix faire ses affaires, là il toucha une partie de son pécule, il vendit tous ses biens… « Et maintenant, leur dit-il, me voici devant vous, à quarante-trois ans, avec une poignée de sous, avec Cocot mon beau cheval de quatre ans, que j’ai eu avec ma solde en quittant le régiment.
— Vous avez quarante-trois ans ? Honorine en a trente-neuf : cela ne peut pas mieux aller. »
Le lendemain, beau jour de Pâques, ils firent une belle fête, aussi belle que cela pouvait se faire à cette époque et, au beau milieu de ce banquet, ils décidèrent de se marier le mardi de Pentecôte.
Et le douze juin, nos amoureux, en se donnant le bras, avec leur famille et quelques amis, se mirent en route vers la mairie et l’église. Cela fut une belle noce, tout le village les félicita car tout le monde les trouvaient bien assortis.
N’en disons pas plus car, soixante-dix ans après, on en parle encore dans les veillées de la région.

JOSÉPHINE BARRI À SON ÉPOQUE
L’avez-vous connu Joséphine Barri ? Je ne crois pas. Moi, quand elle est morte, j’étais encore un gamin. Mais, c’est certain, vous en aurez entendu parlé. Cette brave fille,avait une de ces têtes qui vous marquent pour la vie. Bien qu’il y ait pas mal de temps qu’elle ne soit plus de ce monde, on parle toujours d’elle. Certes ! ce n’était pas une beauté quand elle était jeune ! elle était très grande, maigre comme un clou, avec des jambes, la pauvre ! qui ressemblaient à deux pédoncules de poire.
De telle sorte que, quand on jouait au loto, vous savez que selon que les numéros sorte du petit sac, on lance toujours quelques plaisanteries :
Un = personne : deux = comme du miel ! cinq = les cinq doigts de la main ! neuf = le neuf jeta son maître au sol ! treize = celui qui ne peut pas porter qu’il charrie ! soixante-dix (sept tantes) et combien d’oncles ? On disait : onze = les jambes de Delphine Barri ! et tout le monde s’esclaffait.
Je ne vous en dit pas plus mai, maintenant, vous avez compris le onze du loto. Et quand je pense que, parfois, il n’en faut pas plus pour que votre nom passe à la postérité.
Delphine habitait à Robinet avec son père et elle était encore jeune quand sa mère qui était lavandière à Saint-Siméon, mourut d’un pneumonie ; en six jour elle fut emportée, la pauvre. En plus de s’occuper de la maison, elle allait faire des ménages. Elle s’occupait aussi du linge de quelques vieux garçons, linge qu’elle lavait et raccommodait. Une de ceux-ci, qui était encore jeune, était « Mèfi », le maçon, qui de plus était son voisin de porte à Robinet.

Tous les matins, en se levant, comme toutes les femmes, son premier travail était de boire un bol de café bien chaud. Puis elle se préparait une cafetière de café fraichement moulu, et pendant qu’il passait, elle ne mettait à l’entretien de la maison. Encore une tasse de café avalé avec une gourmandise maison ; elle partait à son travail. Et quand vous la rencontriez dans la rue et que vous lui disiez :
— Alors, Joséphine ! Tu as bu ton café ?
Elle vous répondait avec ravissement, en levant la main droite :
— J’en ai bu trois fois !
Le dimanche matin, ce n’était pas pareil. Pas plus tôt bu le café réchauffé, elle allait à la messe de six heures. De retour, elle mettait en route son café frais, un peu d’ordre dans la maison et, sur le coup de huit heures, elle partait faire son tour de ville. Il faut que je vous dise que, à cette époque, beaucoup de petits artisans et paysans profitaient du dimanche matin pour aller livrer chez leurs clients pas mal de leurs marchandises, comme par exemple Paul Pisset, le beau-frère de Queirard « Le Nabot » qui, le dimanche matin, faisait son tour de ville, avec sa corbeille pleine de croquants et autres pâtisseries.
Dans ce temps là, Marie, la fille du « Nabot » vous apportait le pain tout chaud, de chez Audier, le fournier le la Pêcherie. Titane elle passait dans la rue en poussant sa charrette chargée de légumes et de fruits.
- Un sou la pièce les oranges ! criait-elle, trois pour un sou les meurtries.
N’oublions pasSardine qui, les dimanches après-midi, l’été, quand les femmes du quartier se réunissaient sur une placette, pour coudre, tricoter, bavarder… passait avec sa corbeille de pâtisseries :
- Un sou la pièce pour les brioches ! criait-elle, et toujours six pour cinq sous ; deux sous les choux à la crème » ! et deux sous également les mille-feuilles !

Joséphine, elle, apportait à ses clients les légumes que son père faisait venir au terrain de Caramiette. Dans sa corbeille on voyait de belles laitues, des frisées, des paquets d’herbes pour la soupe, poireaux, carottes, navets, céleris, persil. Dans ce temps là, à moins d’être riche, et encore ! tout le monde économisait, et il arrivait que les gens demandent « deux liards de ceci, deux liards de cela… »
Le dimanche, dans beaucoup de maisons, on mettait le « bouilli » qu’on appelle en français : « le pot-au-feu ». C’était le seul jour où on mangeait de la viande. Mais pour qu’elle dure et pour faire davantage, on mettait dans la marmite des pommes de terre, des navets, des poireaux, des carottes, un morceau de céleri.
À la belle saison, sa corbeille était pleine de haricots verts, de courgettes, d’aubergines, de tomates, que sais-je ? À la fin de juillet, au début août, il y avait de cesraisins muscats et aussi ceux de la madeleine, dont vous vous léchiez les babines. Et son miel ? Son père avait des ruches sur les versants ensoleillés, au plein milieu des romarins, des thyms, des lavandes. Et ses olives ? les vertes, les confites, les spéciales du Var… et quand on pense que mademoiselle Alix, la commerçante du bas de la rue des pauvres, qui état si gentille, se faisait un plaisir de les vendre.
Son père, maître Barri, était un fameux paysan, soit pour bécher, jardiner, tailler la vigne, faucher, tailler les oliviers, greffer quoi que ce soit. Tout cela n’attendait que lui, le travail ne lui a jamais fait peur.
Le dimanche après-midi, quand il faisait mauvais temps, il allait à « La Saque», belle société de paysans qui se renait où il y a maintenant, la coopérative des Cordeliers. Là en buvant du café arrosé parfois avec de la liqueur de myrte, on y buvait aussi du vin chaud, pendant que l’on jouait aux cartes : au bésigue, au « cinq cents », à la manille, au piquet.. on chantait aussi.
C’est certain que vous allez ma dire : « Mais d’où venait ne nom de »La Saque ? » C’est bien simple. Quelques paysans se rassemblèrent avec l’idée d’organiser une société qui aurait pour but de faire venir de la marchandise en commun, selon les besoins de chacun. Le samedi après-midi était réservé à la distribution, et tous ses braves paysans y allaient avec des grands sacs.

À l’époque du Carnaval, il s’y passait de belles surprises. Lieutaud, dite Ninon, avec Henri Berne, l’Aveugle, allaient y faire danser avec son tambourin, et aussi en d’autres occasions. Et voici comment, de Joséphine Barri, j’en suis venu à vous parler de La Saque, qui tint le coup, jusqu’en à peu près 1923-1925.
Depuis il en est passé de l’eau sous les ponts.