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DIMARS 30 DE MAI 2017

 

Sant Ferdinand

 

 

 

Ditado :

 

  • Niéulo de coualo, devino de mouale ; brouvard de coumbau, devino de mistrau.

Nuage de collines, annonce du mou (des terres moles car il va pleuvoir ; brouillard sans les fonds annonce le mistral. (Montauroux)

 

  • Diéu vòu bèn ei pichoun mai li grand coumandon.

Dieu aime les enfants mais les grands commandent.

 

 

 

Tèmo :

 

  • Les femmes font les maisons sans truelle et les défont sans marteau.

Lei fremo fan lis oustau sènso tiblo e lei desfan sènso martèu.

EFFROI

            Ce que c’est qu’être un enfant ! J’avais peut-être quatre ans quand mes parents faillirent me faire mourir de peur !

            Un beau dimanche de janvier il s’étaient dit : « Si nous allions au Musée Longchamp ? Là il y a des bêtes empaillées : elles distrairaient la petite ! ». Vite ils me mirent mon vêtement de fête, et nous voilà partis !

            Je portais à cette époque, je m’en souviens, un manteau de velours rouge. Il faisait froid, un froid de chien dans les rues orientées au nord de Marseille. Mais les gens des viles marchent sans arrêt et je ne sentais guère la froidure.

Nous visitâmes d’abord le Jardin Zoologique où je retrouvai mes amis de l’été : les  flamants, les écureuils, le lion et les guenons. Nous montâmes ensuite sur le Plateau d’où j’observai — non sans crainte — le dégorgement des eaux de la Durance qui tombaient, à leur arrivée, du Canal.

Puis nous allâmes doucement vers le Palais de Longchamp dont les énormes statues et ses taureaux sont tellement fignolés que je les croyaient en carton. Une fois descendus les escaliers aux marches si larges qu’il me fallait étendre mes petites jambes, nous arrivâmes à l’entrée du Musée d’Histoire Naturelle.

A l’entrée il y avait encore le tas d’ossements de la baleine qui autrefois s’échoua du côté de la Ciotat, mais ces os blancs me semblèrent de grosses pierres et je ne les regardai guère.

Nous entrâmes ensuite sous le Porche et que vois-je ici ? — Mon Dieu que vis-je derrière un cordon de velours rouge ? — une bête énorme, noire, effroyable, noire comme de la suie, et brillante à faire frémir ! Sur son museau, une corne, deux cornes même, elles également noires, qui menaçaient de m’embrocher, avec deux oreilles toutes abimées — pauvre de moi ! — et cette bête tant féroce avait des pattes gigantesques, grandes et noires, et des yeux flamboyants !

D’effroi je restai muette, et à reculons je cherchai à entrainer ma mère pour nous enfuir.

Je me retournai ! — Et que vois-je à nouveau, là, dans l’autre coin du péristyle ? —  un autre monstre, horrible, épouvantable, noir lui aussi, luisant lui aussi, avec une gueule et des dents démesurées et de gros yeux éblouissants :

Et devant ce monstre, comme devant l’autre, il n’y avait également qu’un seul cordon de velours rouge pour l’empêcher de sauter. Quelle épouvante !...

Et mes parents, mes parents qui bravement les regardaient, qui ne voyaient pas, eux, le gros danger de rester là au milieu de ces énormes bêtes noires et cornues qui, c’est certain, toutes deux étaient sur le point de bondir !

Sans dire un mot, car l’effroi m’avait coupé le souffle, l’essayai de pousser mes parents en arrière ; mais comme il entrait beaucoup de monde dans le Musée, ma mère, croyant que je ne pouvais pas marcher facilement, me jetais à l’avant sens se rendre compte que je j’étais presque défaillante.

Cette fois ce fut le comble ! — Dès l’entrée, nous tombâmes sur une troisième grosse bête entourée elle aussi d’un cordon de velours rouge, dont je ne vis que les quatre pattes grises, des pattes spectaculaires, qui, c’est certain  allaient m’écraser en, un clin d’œil !

Il y en avait assez pour mourir ! — Ne sachant plus où j’en étais, délivrée enfin de mon mutisme du à l’effroi, je me mis à hurler, à hurler éperdument, hurler en tremblant.

C’était la montée d’un pressentiment fou qui me faisait devenir aussi rouge que le velours de mon manteau, aussi rouge que les cordons moqueurs qui entouraient les trois monstres féroces.

A mon cri, les gens se retournèrent ; et alors seulement mes parents comprirent la terreur épouvantable qui m’écrasait et me faisait perdre la raison. Ils voulurent me raisonner ; ils me dirent que ces bêtes étaient mortes, bien mortes et empaillées, que je ne craignait absolument rien ; que tout le monde allait vers eux, que si on leur mettait une si belle chaine rouge, Dieu merci elles ne sautaient jamais.

Cela ne servait à rien : Je n’entendais plus rien.

Je pleurait, je criait, je tremblais tant et tant que les parents, par peur d’un esclandre, durent vite rentrer à la maison.

Il nous fallu passer devant les deux monstres du Porche. Si je ne suis pas morte alors, je ne mourrai plus d’une frayeur. Je fermai les yeux et sans que me pieds ne touchent terre nous courûmes.

Une fois à la maison, ils me mirent au lit, me firent boire du tilleul. En vain ! Je pleurais et je tremblais sans arrêt, les bras autour de ma mère qui pleurait autant que moi.

Je n’arrêtai pas de la nuit, j’eus de la fièvre, et le lendemain le médecin me trouva avec un beau coup de sang au cerveau. Je faillis y passer.

Quand je fut ensuite guérie, cela n’alla pas tout seul, mes parents me firent enfin comprendre que ces bêtes mortes ne pouvaient faire aucun mal à personne, et qu’elles avaient pour nom le rhinocéros, l’hippopotame et l’éléphant.

Quelques temps après, ils m’emmenèrent à nouveau au Musée. Je ne vous dirai pas que je n’ai pas eu un coup de sueur en passant devant les trois bêtes noirâtres, mais je passai.

Et aujourd’hui encore, quand je vois un hippopotame, un rhinocéros ou un éléphant, je sens à chaque fois dans mes entrailles courir l’horrible effroi qui m’envahit quand j’étais seulement une gamine de quatre an.

 

Marcelle DRUTEL

L’étourdi 

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