DIMARS 20 DE JUN 2017
Sant Silvène
Ditado :
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Qu noun traviao l’estiéu, l’ivèr si suço lis ounglo.
Qui ne travaille pas l’été, l’hiver se suce les ongles (s’en mord les doigts).
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Tant va lou ferrat à l’aigo que la manèio li rèsto.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.
Tèmo :
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Tout ce qu’il dit n’est pas évangile.
Tout ce que dis es pas evangèli (es pas messo).
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Crédit est mort : Mal-Payé l’a tué.
Crèdi es mouart : Mau-Paga l’a tua.

Un jour, sur les remparts, un rat de ville ;
Fait connaissance avec un rat des champs,
Qui sur le mont Faron avait son domicile
Dans le trou de son arrière-grand-père.
Le rat de Toulon était un rat ingénieux,
Courtois, élégant, d’un naturel badin ;
Bien qu’il soit de basse extraction,
Il était savant dans son genre.
De propos en propos, de paroles en raisons,
Il convia, pour diner, le rat de Faron,
Il voulut lui faire des politesses.
Celui-ci n’était pas un plaisantin,
Bien qu’il ne soit pas lettré,
Et qu’il parlât provençal,
Il dit : d’abord allons un peu
Se rafraichir dans ma masure,
Puis nous irons manger vos fritures.
Le rat de Touloun fronça un peu le nez
Puis consentit. Ils prennent leur élan,
Passent la Charité, traversent une friche,
Sous un olivier ils se reposent un moment,
(Le rat de Toulon était fatigué),
Ils se redressent, puis ils se reposent à nouveau,
Grignotent quelques noyaux d’olives
Et font peur aux scarabées.
Enfin, sous le mont Faron, notre couple arrive ;
Il fallait voir la joie du rat des champs ;
Pour célébrer cette arrivée,
Tout ce qu’il avait, des amandes et de l’avoine,
Il sortit tout, jusqu’à un morceau de lard
Que depuis longtemps il conservait
Que pour l’occasion il réservait
Et qu’ensuite il remettait à part,
Il vivait d’épargne, mais lorsqu’il fallait le faire
Il était prodigue ; les noix, les raisins,
Il sortait tout, il ne laissait rien de côté ;
Il ne voulait pas passer pour misérable.
Enfin il fallait que rien ne cloche ;
Il mit la table et quand la table est mise,
Asseyez-vous , dit-il au rat bourgeois,
Goutez-moi ce morceau d’anchois,
Il n’est pas mauvais ! Voudriez-vous une figue ?
Vous n’êtes pas content, j’ai peur que vous ne soyez fatigué.
Il y a un peu de lard, il est rance mais il est bon !
Il ne vous plait pas ? Mangez une noisette.
Pas de façon, si vous vouliez faire un somme,
Vous pouvez dormir dans ma cabane,
LES DEUX RATS
Fable imitée d’Horace
Personne ne viendra vous déranger,
Moi je dors quand j’ai mangé.
Le rat de Toulon l’écoutait à peine.
Il prenait une noix, la goûtait,
Touchait un grain de raisin, le laissait,
Il ne mangeait que du bout des lèvres.
Il avait l’air de dire : ça ne vaut rien !
Enfin il se dresse, et, d’un air important,
Il dit : Mon ami, quand tu as empli ta panse,
Tu ne songes à rien, rien ne te fait plaisir,
Tu t’enterres tout vivant dans ton trou.
Tu n’as pas d’ami, pas de visite.
Tu ne sais pas si le monde vit.
Tu es tout seul comme un ermite.
Autant vaudrait que tu pries Dieu !
Et encore, je te dirais : patience,
Tu serais l’ermite de Toulon,
Tu n’aurais pas plus de connaissances ;
Mais au moins tu aurais un renom.
Ce renom ne l’a pas qui veut,
Il y en a tant qui sont des sots, et que personne ne le sait !
Nous n’avons que quatre jours à vivre,
Les animaux sont comme les gens.
La vie passe, le temps court,
Heureux qui profite du temps.
Viens avec moi dans la ville,
Retire-toi dans mon quartier,
Tu auras un ami, tu en auras mille,
Au moins tu seras en compagnie.
Sortons ensuite tous à la file
Et des caves montons au grenier.
Nous serions les maitres de la ville,
Si ce n’étaient les chats du quartier.
Quand il n’y a plus personne nous sommes les maitres,
Les hommes le disent comme moi,
Ce que nous prenons est à nous
Comme ce qu’ils prennent est à eux.
Rien n’échappe à notre critique ;
Nous sommes contents quand nous faisons du mal,
Et nous nous mêlons de politique
Puisque nous déchirons les journaux,
Nous sommes savants quand nous voulons l’être,
Et les livres nous manquent pas.
Nous les rongeons, nous faisons mieux que les maitres
Qui ne les ont que pour les regarder.
Quand tu sauras faire une copie,
Tu seras un avocat savant,

Si tu es tout à fait bon à rien,
On le mettra à l’académie.
Le rat du Faron était émerveillé
D’entendre de si belles choses.
Le rat des villes avait à peine fini de parler
Que l’autre était là qui l’admirait.
Il se dépêcha de lever le couvert,
Dans un coin il cacha le dessert ;
Il sortent du trou, ils se mettent en campagne,
Ils courent, ils courent, ils battent les champs (la rosée),
Ils arrivent sous les remparts ;
Il commençait à se faire tard,
La vile était déjà fermée.
Il n’eurent pas besoin d’escalader.
Que font-ils ? Ils passent par un petit trou,
Sous la porte dérobée,
Et sont dans la ville en quatre sauts.
Ils entrent dans une belle maison,
Et sur un grand buffet tout couvert de nourriture,
Nos deux rats assis,
Commençaient à faire ripaille.
Il y avait des macaronis qu’on avait mis de côté,
Avec un gigot de belle taille,
Du pain blanc, de la farine, des œufs,
Un morceau de filet de bœuf
Et quelques restes de volaille.
De peur qu’ils soient gâtés,
L’hôte n’apportait rien sans l’avoir goûté.
Ils commençaient à faire bombance,
Ils disaient un mot pour rire et se remplissaient la panse,
Quand tout d’un coup, ils entendent à l’étage
Un bruit qui leur fait trembler l’âme ;
C’était la dame de la maison
Qui dans la nuit s’était trouvée mal.
Les domestiques en sursaut,
Qui entendent sonner la clochette,
Sautent du lit, font craquer l’allumette,
Et de haut en bas ne font qu’un saut.
Ils entrent tous dans la cuisine,
Et il faut croire qu’ils étaient pressés.
Les rats consternés ont peur pour leur dos,
Et ne savent plus de quel côté passer,
Ni où donner de la tête ;
Ils sautent sur l’escalier, ils y rencontrent les chats
Qui étaient là pour faire la fête ;
Ils voient un trou et ne se font pas prier,
Il était petit, et tout juste ils y entrèrent ;
Avec le nez écorché,
Il se retrouvent dans la rue,
Maitre rat dit à Monsieur son ami :
Par bonheur nous ne nous sommes pas endormis.
D’une peur de cette sorte, je suis abasourdi.
Jamais plus tu ne me verras hors de chez moi.
Je me souviendrai de ceci,
Il y en aura pour le reste de ma vie,
Avant que tu me revois ici.
Tu viendrais me chercher avec le dais
Que jamais je ne me déciderai.
Je m’en vais, je te fais la révérence,
Porte-toi bien et fais bombance,
Je te laisse tout tes fricots.
J’aime mieux sous une vigne,
Un mauvais noyau d’abricot,
Que tous tes ragoûts mêlés d’épouvante.
Victor-Quintius THOURON
1830
Note : Victor-Quintius THOURON (Besse - 1794 / Toulon - 1872)
Avocat à Toulon.
Collaborateur à l’Armana Prouvençau où ce texte fut publié en 1867