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DIMARS 20 DE FEBRIÉ 2018

 

Santo Amado

Ditado :

 

  • Es bèn triste lou gasan que proucuro le pèsto

    Il est bien triste le gain que procure la peste.

     

  • Quand lou cièle (cèu) fa de naveto de pan, plòu lou lendeman.

    Quand le ciel fait des navettes de pain, il pleut le lendemain..

     

     

Tèmo :

 

  • Au mois de février, l’huile retourne à l’olivier.

    Au mes de febrié, l’òli retouarno à l’óulivié.

LOU MAS DI CHABRIÉ

--oo--oo--

       Èro bon de camina au soulèu, coume acò ! I’avié tant de tèms que l’esperavo aquéu moumen benesi. Vounge long mes, vounge long mes dins la tristo vilasso pièi, enfin, despièi aièr, lou païs, lou soulèu, lis erbo e li pèiro. Lis amavo aquéli draiòu roucassous dóu planestèu di Gras. Païs cauquié, atapa à perdo de visto de pèiro blanco, de muraio à pèiro seco e de clapié.

       Ero bon de camina au mitan di clot de ferigoulo e de lavando. Emé li cade e li bouis, tout acò sentié qu’embaumavo !

Aro, lou soulèu picavo ; leva quàuqui cigaloun, lou mounde di bèsti s’èro amudi. Plus rèn ; èro soulet, lou Pèire, tout soulet e s’espoumpissié d’aire, de soulèu, de calour. Uno chaminèio pounchejavo entre dous auciprès. Ero lou mas famous, di Chabrié. N’i’avien talamen parla au vilage, mai jamai avié fa tira tant liuen. Enfin, pèr lou proumié cop, l’anavo vèire de proche aquéu mas.

 

      Un gros mas, un mas gros coume tout un amèu, un mas que dès famiho i’aurien tengu à l’aise. Vuei, un vièi ome e sa sorre, tout soulet em’un chin e tres cat. Plus ges de galino, plus ges de cabro, èron trop vièi pèr n’en teni.

      Soulet, tóuti dous, dins aquel oustalas, aurias pouscu crèire que vivien ensèn. Que noun ! I’avien counta, au vilage, que s’èron leva la paraulo un jour que lou chin de l’Ernestou avié empassa uno galino de la Fineto. S’èron leva la paraulo, e pèr toujour. Acò fasié... ? Oh, fasié talamen tant de tèms... Lou jouine medecin se rapelavo plus, tout pichot deja, èro ansin. Vint an, de segur mai !...

      Tout à-n-un cop ausis darrié d’un cade, uno voues que lou sono :

     – Moussu, moussu, me poudrias pas ajuda ? I’a tres jour que li contro-vènt de moun fraire soun barra, i’es belèu arriba quicon. Siéu souleto, ai pas la forço d’escranca la porto. Se vous plais, moussu...

     Segur que l’anavo ajuda, lou Pèire ! Pamens chifravo... Vint an emai mai que se viravon l’esquino dins un oustau coupa en dous. Quàuqui brico, un pau de gip e vaqui, se vesien plus, s’ausissien plus, èron countènt... Vint an emai mai... e vuei, la Fineto que s’inquieto de soun fraire. Curious...

     Pèire ié douno lou bras e l’ajudo camina dins li caiau e li róumi. L’ajudo, mai, i’a de tèms qu’a plus fa autant d’esfors la Fineto. Arribado au mas, pòu plus faire avans. S’assèto sus lou buto-rodo, just en fàci de la crous de pèiro.

     Pèire passo soulet lou pourtau...

    Que fai bon aqui, que fai fre dins aquesto cour souloumbrouso e barrado coume uno clastro. La grosso figuiero, un pau de moufo : un autre mounde !

    Mounto lèu lis escalié moufu e s’embrounco dins un cors agroumeli. La Fineto... La mort remounto bèn à dous o tres jour...

    Pèire coumprèn plus. S’entorno e sort en courrènt vers lou bon soulèu de Diéu. A besoun de revèire la lus, de senti li pèiro caudo e la ferigoulo.

    Sus lou buto-rodo, plus degun.

    Au pèd de la crous de pèiro, un vièi ome barbassu e sourrisènt lou regardo. Pèire lou counèis pas, mai a besoun de parla en quaucun :

     – Vène de trouba la Fineto morto dins lis escalié.

     – Ah, elo tambèn ? ié vèn l’ome toujour sourrisènt.

     –  Elo tambèn ?...

     – Vo, siéu soun fraire, l’Ernestou ; restave aqui, de l’autre coustat dóu mas, mai siéu mort i’a tres jour...

     E lou vièi ome s’envai, à pichot pas, em’un risoulet.

     – Pèire ! Pèire ! Ah, siés aqui, bèu bon Diéu ! Despièi uno ouro que te cercan de pertout, poudiés pas respondre ?

 

      Noun, Pèire poudié pas respondre. Alounga d’esquino au pèd de la crous, poudié plus respondre...

 

  Peireto Berengier

            

LE MAS DES CHABRIERS

 

      C’était bon de marcher au soleil, comme cela ! Il y avait longtemps qu’il l’attendait de moment béni. Onze longs mois, onze longs mois dans la grande ville triste puis, enfin, depuis hier, le pays, le soleil, les herbes et les pierres. Il les aimait ces sentiers rocailleux du plateau des Gras. Pays calcaire, recouvert à perte de vue de pierres blanches, de murailles de pierres sèches et de tas de pierres.

            C’était bon de marcher au milieu des touffes de thym et de lavande. Avec les genévriers et les buis, tout cela embaumait !

            Maintenant le soleil cognait : à part quelques cigales, le monde des bêtes s’était tu. Plus rien : il était seul, le Pierre, tout seul et il s’imbibait d’air, de soleil, de chaleur. Une cheminée se dressait entre deux cyprès. C’était le fameux mas des Chabriers. On lui en avait tellement parlé au village, mais jamais il n’était allé aussi loin. Enfin, pour la première fois, il allait le voir de près ce mas.

 

            Un gros mas, un mas gros comme tout un hameau, un mas où dix familles auraient pu y tenir à l’aise. Aujourd’hui, un vieil homme et sa sœur, tout seuls avec un chien et trois chats. Plus de poules, plus de chèvres, ils étaient trop vieux pour en avoir.

            Seuls, tous les deux, dans cette grande maison, on aurait pu croire qu’ils vivaient ensemble. Que non ! On lui avait dit au village, qu’ils ne s’étaient plus parler depuis que le chien d’Ernest avait avalé une poule de Finette. Ils ne s’adressaient plus la parole et pour toujours. Cela faisait… ? Oh, cela faisait tellement de temps… Le jeune médecin ne se rappelait plus, tout petit déjà c’était ainsi. Vingt ans, et même plus !...

            Tout à coup il entend derrière un genévrier une voix qui l’appelle :

            —  Monsieur, monsieur, pourriez-vous m’aider ?  Il y a trois jours que les volets de mon frère sont fermés, il lui est peut-être arrivé quelque chose. Se suis seule, je n’ai pas la force de défoncer la porte. S’il vous plait, monsieur…

            C’est certain qu’il allait l’aider, le Pierre ! Cependant il réfléchissait… Vingt ans et même plus qu’ils se tournaient le dos dans une maison coupée en deux. Quelques briques, un peu de plâtre et voilà, ils ne se voyaient plus, ils ne s’entendaient plus, ils étaient contents… Vingt ans et même plus… et aujourd’hui, Finette qui s’inquiétait  pour son frère. Curieux…

            Pierre lui donne le bras et l’aide à marcher dans les cailloux et les ronces. Il l’aide, mais, cela fait longtemps qu’elle n’a plus fait autant d’efforts la Finette. Arrivée au mas, elle ne peut plus avancer. Elle s’assied sur la borne, juste en face de la croix de pierre.

            Pierre passe seul le portail…

            Qu’il fait bon ici, qu’il fait frais dans cette cour ombragée et fermée comme un cloître. Le gros figuier, un peu de mousse : un autre monde !

            Il monte vite l’escalier moussu et bute sur un corps recroquevillé. La Finette… La mort remonte bien à deux ou trois jours….

            Pierre ne comprend plus. Il fait demi-tour et sort en courant vers le bon soleil de Dieu. Il a besoin de revoir la lumière, de sentir les pierres chaudes et le thym.

            Sur la borne, plus personne.

            Au pied de la croix de pierre, un vieil homme barbu et souriant le regarde. Pierre ne le connait pas, mais il a besoin de parler à quelqu’un :

        —  Je viens de trouver la Finette morte dans l’escalier.

        —  Ah ! elle aussi ? lui dit l’homme toujours souriant.

        —  Elle aussi ?...

        —  Oui, je suis son frère, Ernest ; j’habitais ici, de l’autre côté du mas, mais je suis mort il y a trois jours…

Et le vieux s’en va, à petit pas, avec un léger sourire.

           

        — Pierre ! Pierre ! Ah, tu es là, mon Dieu ! Depuis une heure que nous te cherchons partout, tu ne pouvais pas répondre ?

                       

             Non, Pierre ne pouvait pas répondre. Allongé sur le dos au pied de la croix, il ne pouvait plus répondre…

Pierrette Bérengier

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