DIMARS 2 D’ABRIÈU 2019
Santo Sandrino
Ditado :
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Lou laboura e l’espargna emplisson lou granié de blad.
Le labour et l’épargne emplissent le grenier.
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Quouro lampejo plòu pas toujour.
Quand il fait des éclairs il ne pleut pas toujours.
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Abriéu es de trento ; quand plóugèsse trento-un farié pas mau au legume.
Avril a trente jour il pleuvrait trente-et-en jours que cela ne ferait pas de mal aux légumes.
DTèmo :
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Berger sans bâton, noble sans laquais ne valent pas une queue d’âne.
Pastre sènso bastoun, noble sènso lacai valon pas uno coua d’ai

LES ÉTRENNES
Pour mes étrennes, me dit ma voisine, madame Escoubette, une qui se plaint toujours à qui la vieillesse brisait bras et jambes, me donna un billet de cinq francs, encore tout déchiré.
Depuis plus de trente ans que je lui fais le ménage, c’est la première fois qu’elle se montrait généreuse comme cela. Ce n’est pas qu’elle ne puisse pas le faire, elle a du bien au soleil et pas mal de rentes ; elle touche en plus une pension que son pauvre mari lui a laissé comme gradé à l’Arsenal. Mais vous parlez d’une avare ! Pour deux liards elle se laisserait arracher le foi. Si elle pouvait elle se coudrait le haut et le bas. Allez ce n’est pas elle qui fera péché de gourmandise !
Je me demande encore comment elle a fait celle-là pour me donner ce billet, quand je lui souhaitait la bonne année ! J’en suis encore stupéfaite !
Mais ce n’est pas tout. Dans la soirée je rencontrai son neveu, monsieur Christophe, qui me demanda en plaisantant, ce que sa tante m’avait donné pour les étrennes.
– Elle vous a donné cinq francs ? me dit-il. Diantre ! comment elle a fait cet effort ? Est-il possible d’être tant pingre ? Elle ne les emportera pas avec elle, ses sous, quand elle mourra ! Tenez, comme vous avez bien pris soin d’elle, moi je vous donne vingt francs. Prenez cela et vous lui direz. Je sais que cela lui fera de la peine, mais je veux qu’elle le sache pour lui servir de leçon.
Le lendemain, quand je cela à madame Escoubette, vous parlez des cris ! Elle fit un vacarme. Elle ne voulait plus vivre, elle criait à l’aide ; il semblait que la maison allait s’effondrer. De colère elle tremblait comme une feuille.
Moi j’avais peur qu’une crise cardiaque l’achevât.
Elle s’arrachait sa coiffe avec ses cheveux. Ce qu’elle ne fit pas, cette chrétienne !!! Elle criait :
– Mais il va se ruiner, ce « ventre-long », en jetant tout son argent par la fenêtre ! Vous parlez de mains trouées ! Quel malheurs d’avoir pour neveu un dissipateur ! Ça fait frémir de vous une si mauvaise gestion. Il ne voit pas, cet aveugle, que s’il y va de ce pas il sera dans la misère. Allez, il mourra sur la paille, malheureux comme Job.
Donner vingt francs ! Mais à quoi pensait-il ? Quand je n’y serai plus, il aura vite vu la fin de mes quatre sous. Il les achèvera en quelques moments. C’est une abomination !
C’est quelque chose vingt francs ! Il n’y avait pas assez de mes cinq francs que j’ai donnés ?
Mais cela ne se passera pas ainsi. Il faut que j’aille le voir pour lui dire deux mots. Donnez-moi ma bonne coiffe avec mon manteau pour courir chez lui. Je vais lui dire ce qu’il faut pour qu’il retrouve sa raison. Nous allons nous arranger tous les deux !
– Mais lui dis-je, vous n’allez pas sortit à cette heure, Il fait froid. Il gèle. Vous pourriez attraper mal. Puis, il y a tant de voitures, de tramway, qu’à votre âge il pourrait vous arriver quelque chose de mauvais.
– De mauvais ? Dites-vous, me répondit-elle. Et que voulez-vous qu’il m’arrive de plus mauvais que de voir mon neveu donner comme cela une pièce de cinq francs ?

LE GÂTEAU DE NOËL
J’ai encore de la chance !
Figurez-vous qu’hier, le soir, j’ allais éteindre la lumière pour me coucher, quand j’entendis frapper à la porte.
Si j’avais su, je faisais la sourde oreille et je n’ouvrais pas.
C’était madame Candolle que venait me chercher pour aller manger le gâteau des Rois.
– Venez, me dit-elle, Auguste, l’amoureux de Joséphine, nous a apporté un gâteau des Rois et une bouteille de vin blanc.
Je ne voulais pas y aller.
– Non lui répondis-je, vous avez peut-être du monde.
– Mais non, il n’y a que nous, me dit-elle, avec le compère et la commère Carpinel, les Boufetti avec leurs deux petits, tante Brigitte, monsieur Siblet avec sa fille, la charbonnier Sidolle, les Tapene du quatrième, les Pignel du segond, et puis Gustave l’amoureux.
– Eh ! Vous n’êtes que ça ? Heureusement que vous n’avez personne !
Quand j’entrai, je vous tout ce monde attablé.
Pour cette occasion, ils avaient sorti la nappe et la douzaine d’assiettes à dessert dont on avait fait cadeau à Brigitte pour son mariage à venir.
Les chansons avaient commencé. Le coupeur Carpinel avait entamé un air d’opéra , il faisait trembler la maison. Quand il eut fini, ce fut le tour de tante Brigitte, qui chanta celle qui dit : « Madame Babette, ne soyez pas si pressée, j’ai quelque chose à vous dire ».
Puis chacun y alla de la sienne. Pendant ce temps, madame Candolle coupait le gâteau pour faire les parts.
– Voyez, dit-elle, il y a juste un morceau pour chacun. Et, vous savez, je vous recommande de ne pas tricher. Celui qui aura la fève devra le dire franchement. Tant pis pour lui.
Qui que ce soit, il paiera la galette à la frangipane dimanche prochain.
J’avais sommeil. Blottie, près de cheminée, je commençai à somnoler. Titine, la fille de monsieur Siblet, n’en finissait pas de hurler : « Voulez-vous bien ne plus dormir… ». Je croyais que c’était pout moi qu’elle disait cela. Il parait que c’était une chanson.
Je mangeai ma part de gâteau sans faim. Il avait mauvais goût, il avait le goût d’urine, je mâchait à contrecœur quand je senti craquer la fève sous la dent.
Je voulus la faire glisser en douce dans la main, mais Alexandre, le dernier né des Boufetti, me vit avec ses petits yeux et, de sa langue de vipère, il se mit à crier :
– Regardez ! il y a la vieille Tapissoire qui a la fève !
Je ne pus pas faire autrement que le lui dire que j’avais la fève.
– Alors, c’est vous, me dit madame Candolle, vous paierez dimanche prochain le galette à la frangipane.
Allez, ce n’est pas la peine de râler, c’est le sort qui l’a voulu ainsi.
Je m’en allai en grommelant.
Pour un mauvais morceau de gâteau qu’ils m’ont fait manger et deux doit de vin aigrelet qu’ils m’ont fait boire, je suis obligée d’acheter une galette à la frangipane, toute entière. Si j’avais su je faisais la sourde oreille et je me couchais.
