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DIMARS 19 DE JUN 2018

 

Sant Roumuald

 

Ditado :

 

  • Sant Jan alumo e sant Pèire empuro.

      Saint Jean allume et saint Pierre attise (à la saint Jean il commence à faire chaud et il fait encore plus chaud à la saint Pierre).

 

  • Jamai sant de païs a fa miracle.

       Jamais saint de pays a fait miracle (Nul n’est prophète en son pays).

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UN RÉCIT D’AUTREFOIS

 

Cela s’est passé dans un village des Maures dont je ne vous dirai pas le nom. C’est quelqu’un du pays qui ma l’a dit, mais il vaut mieux ne pas faire de publicité. Bien entendu il y a quelques temps de cela, c’était avant la guerre de 14.

 

Un beau matin, une vieille, madame Boufigue, toute effrayée, ne pouvant presque plus respirer, à moitié coiffée, bondit à la mairie en criant : « Où est Monsieur le Maire, où est Monsieur le Maire ? Je veux lui parler, c’est une affaire importante ! »

Le maire qui signait des papiers dans son bureau, sortit dans le couloir en demandant :

— Mais que se passe-t-il , Madame Boufigue ? Que vous arrive-t-il ?

— Ah ! Si vous saviez, Monsieur le Maire, c’est épouvantable ; rien que d’en parler, cela me met en transe, mes jambes ne me portent plus ; tiens,  regardez comme j’ai le cœur qui bat, je crois que je vais me trouver mal…

— Mais, expliquez-moi un peu !

— Monsieur le Maire, il y a des revenants dans le cimetière.

— Comment des revenants ?

— Oui, je les ai vu, cette nuit encore. Ils sont vêtus de linceuls blancs, ils crient comme des perdus, ils sautent comme des diables, ils font du bruit avec des chaînes et des grelots. C’est certain qu’il va arriver de gros malheurs…

Monsieur le Maire n’eut pas le temps d’en placer une que rentraient dans la mairie Madame Fatigon, la coiffe de travers et les yeux hagards ; puis Madame Laugier, qui ressemble à un tonneau, pleurnichant et se mouchant, puis Monsieur Poulit qui

courait presque, bien qu’il soit un peu boiteux. Tous en même temps manquaient de s’étouffer tant ils criaient :

« Monsieur le Maire c’est une honte : il y a des revenants dans le cimetière ; nous passons la nuit à trembler dans le lit ; nous avons le cœur qui ne tient plus ; ce n’est plus possible cette vie… Nous ne sommes que des pauvres vieux mai il faut faire quelque chose ; vous ne pouvez pas nous laisser ainsi… »

Finalement Monsieur le Maire fit taire tout le monde et demanda à Monsieur Tussillon — qui arrivait tout doucement et qui gardait son flegme — d’expliquer les choses.

En effet, depuis quelques jours, dans la nuit, on voyait sur le mur du cimetière, quelque chose de blanc qui bougeait, on entendait des bruit de chaînes et de grelots et une voix qui se plaignait ; elle faisait « Ouh ! ouh ! », elle pleurait, sifflait… Il n’y avait peut-être qu’un revenant mais il faisait du boucan pour quatre.

Le Maire fut bien ennuyé : prévenir les gendarmes risquait de faire rire si les gens avaient rêvé, puis il faudrait peut-être leur payer le diner et la caisse de la Mairie n’avait pas beaucoup d’argent. S’il prenait le fusil pour aller à l’affut près du cimetière c’était pareil ; et , comme les élections approchaient, ses adversaires risquaient de le faire passer pour un fada.

Il avait promis aux vieux de prendre des mesures, mais il réfléchissait dans son bureau sans trouver de bonne solution. Heureusement, son neveu Gabriel, qui faisait son service dans la marine à Toulon, arriva en permission.

Le Maire lui explique en deux mots la situation et Gabriel lui dit :

« Ne vous faites pas de soucis, mon oncle, j’en fais mon affaire . »

Il faut vous dire que Gabriel était un grand gaillard, aux épaules larges, avec des bras robustes et des mollets qui ressemblaient à des barils.

Et la nuit suivante, il se cacha près du cimetière, sans se faire voir. Quand le « revenant »commença à crier et à se plaindre, à agiter les chaines et les grelots, il bondit sur le mûr, l’attrapa par le col, le fit tomber et l’amena à la Mairie, où Monsieur le Maire et les Conseillers attendaient.

Là ils lui enlevèrent le linceul qu’il avait sur la tête et que virent-ils ? Barthélémy le fossoyeur — crieur — cantonnier de la Commune.

« Comment, dit Monsieur le Maire, toi, un employé de la Mairie, un fonctionnaire, un homme quasi officiel, faire des choses pareilles. Tu n’as pas honte ?

— Que voulez-vous, Monsieur le Maire, répondit en bredouillant Barthélémy : je suis en effet employé de la Mairie ; je fait le crieur quand il y a des annonces, je fais le cantonnier et le fossoyeur : mais vous ne me donnez pas grand chose et j’ai quatre enfants et ma femme est malade… Encore, quand il y a un enterrement, je touche une petite prime et, en général, la famille me donne quelque chose. Mais j’ai calculé que, depuis six mois, personne n’est mort dans le pays. Alors je me suis dit : dans ce quartier, près du cimetière, n’habitent que des vieux et des veilles qui se plaignent sans arrêt, qui des yeux, qui de la jambe, qui des reins. Alors, j’ai pensé, en faisant le revenant sur le mur du cimetière, qu’il en a bien un qui aura un coup de sang, une apoplexie ! »

Paul ROUX

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