DIMARS 17 DE NOUVÈMBRE 2015
SANTO ISABÈU
Ditado :
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Qu si mesuro, si counèisse, ; e qui si counèisse, pau se preso.
Celui qui se jauge, se connais ; et celui qui se connais, s’estime peu.
Divers usages du vebre counèisse (connaitre)
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Aquel ome lou counèissi
Cet homme je le connais.
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Aquel ome l’ai couneissu à sa grosso voues.
Cet homme je l’ai reconnu à sa grosse voix.
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Se counèisse coumo lou nas au mitan de la figure.
Cela saute aux yeux..
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Si counèisse qu’as tròup begu.
Cela se voit que tu as trop bu.
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Si counèisse pas.
Cela ne se voit pas.
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Aro li jour si counèisson.
Maintenant les jours augmentent.
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Agué sa couneissènço.
Avoir toute sa tête.
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Si couneissié plus.
Il était hors de lui.
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L’a fa à la couneissènço de tóuti.
Il l’a fait au vu et au su de tout le monde.
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Counèisse une fremo.
Avoir des relations sexuelles avec une femme.
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Un chivau couneissènt.
Un cheval docile. (un cheval rétif = un chivau arrati)
SUS LOU PONT DÓU TAPORÒ
"Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit
Ils regardent la mer comme tu regardes un puits"
Lou cargò se n'es ana que balo coume uno coco de nose, pèr la passo de l'autro man dis estèu, dóu verd turquoise dóu lagoun au blu pregound de la mar grando. Taporò V, emé si saco e soun copra encamela que soun fum te maucouro, mescla à l'óudour de pissagno e de salabrun. Aquéli qu'abandounon soun isclo mai ié revendran quand ? A parti lou cargò e dins lou vèspre falet, lou nivo empielouna avau sus d'atol que se perdon en mar. Maupiti d'esperéu, sènso agach dóu deforo e lou marin que balanço la cimo di coucoutié. E lou crid di nistoun e lou brut sempiterne de la mar que s'estrasso sus lis estèu.
"Les femmes sont lascives au soleil redouté
Et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été "
L'èr es pegous, alen redoulènt de flour enmoustousido e de frucho trop maduro. Lis aubre dóu pan soun de platano pèr la carriero grando que tiro dre dins la póusso blanco au mitan dis oustau ounte peto lou verd di bananié. Li femo au lindau te regardon passa. Quant sian de poo-pah, de blanquinas, sus aquelo isclo ? I'a li dos alemando que soun vers Mareta e qu'aniue ai embournela coume uno bèstio, enjusqu'à la doulour. Mai de iéu, s'enchalien. Li tahiciano éli, fan l'amour coume se manjo o coume se bèu, pèr founciounamen ounte touto formo de sentimen es foro-bandido. Mai servon uno meno d'estetisme dins lou plasé. D'artisanat de l'amour. Pas lis alemando e pamens... Aniue, sabe que recoumençaren pèr engana lou vueje de la bèuta que te sauto au mourre : de qunto galassìo ounte li terro an pas de fin avèn un jour touca Maupiti ?
"La pluie est traversière, elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin"
Lou lagoun se mudo tant-lèu di coulour puro dóu pintre qu'avié cresegu trouba en Arle lou sponsoring de dous fraire oulandés qu'un èro mita ascla. "Les Ateliers du Midi" di fraire Van Gogh. Falié pamens teni sa pichoto coumtableta sus un casernet : "Dépenses hygiéniques et nocturnes". Eici, crese qu'èro pèr escapa lou làngui que venien, li femo, enjusqu'à l'oustau dóu pintre, au faré ounte avié escrincela en formo de Tiki de paraulo escuro : JOUIR. Dins qu'un mot que la plueio vèn nega, soutarasso, escafant li motu e la passo. Que :
"Et par manque de brise
Le temps s'immobilise"
Gauguin avié chausi. Brel ? Crese pas. L'asard l'avié buta eila, i Marquiso. Tant, aurié pouscu touca lis Isclo Souto-lou-Vènt, Maupiti quau saup ? Ço qu'avié pièi defauta, èro la forço. Aquelo que fai boulega la mountagno pesugo d'èr caud. Alor, i'èro demoura.
"Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard
Le cœur est voyageur, l'avenir est au hasard"
Es que faudra dounc trouba la forço pèr buta mai liuen lou viage ? Es qu'ai pas deja tout vist d'aquelo couleicioun d'image que fan soun cinema dins l'escur de ma closco ? Tout à l'entour dóu Voulcan, lou camin revèn toujour à sa partènço. Dougan dis aiours ounte s'aplanton aquéli que se creson de viéure "dans le vent sucré des îles nacrées". E li chouco dóu dissate de vèspre, la Hinano mesclado à l'Eau de Cologne pèr s'empega mai lèu. E l'esport de la desesperanço, l'amour que m'espèro se vole dins li barraco o vers lis alemando de Mareta. Eici, en-liò, es qu'à la perfin de la fin finalo aura un pau d'impourtanço ? Ai perdu en camin la ràbi que toustèms m'a buta à crèire i causo seguro. Lou mounde es bèn trop larg. La vido coume l'aigo dóu lagoun, de cop verdo e de cop bluio. Encuei, me n'en garce. Demoro pas mai qu'aquelo pirogo qu'escumo devers la passo. Aviéu panca coumprés que tout es mouvamen. Solve e coagula dis arquemisto. Enjusqu'à l'idèio fatisso dóu tèms encala sus lis estèu qu'aparon lou lagoun de la lamo.
"Les pirogues s'en vont,
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font."
Se 68 m'avié couiouna ? Engana dins aquelo quisto sempiterno pèr "basti ma vido coume uno obro d'art" ? S'aquel art secuta èro pas qu'uno escuso à ma pòu de veni grand ? A m'arrapa encaro à mi pantai de jouine cadèu ? Acò te douno bèn d'esplico, te laisso lou dre à quàuqui laidesso, l'idèio que siés un artisto. O bessai, es uno leco pèr engana lis autre. Veni un ome, sara mai dur. Mai es que poudiéu countunia à me lou crèire que :
"Veux-tu que je te dise, gémir n'est pas de mise..."
Jan-Pèire Belmon
Maupiti, 8 de febrié 1988
SUR LE PONT DU TAPORO
"Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit
Ils regardent la mer comme tu regardes un puits"
Le cargo est parti comme une coquille de noix qui danse, par la passe, de l’autre côté des récifs, du vert turquoise du lagon au bleu profond de la grande mer. Taporo V, avec ses grands sacs et son coprah entassé dont l’odeur t’écœure, mêlée à l’odeur d’urine et des embruns. Ceux qui abandonnent leur iles quand y reviendront-ils ? Il est parti le cargo et dans le soir couleur fauve, les nuages juchés là-bas sur des atolls qui se perdent en mer. Maupiti de lui-même, sans un regard du dehors et le vent marin qui balance la cime des cocotiers. Et le cri des enfants et le bruit sempiternel de la mer qui se déchire sur les récifs.
"Les femmes sont lascives au soleil redouté
Et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été "
L'air est poisseux, souffle entêtant des fleurs engluées et des fruits trop mûrs. Les arbres à pain sont des platanes dans la grand rue qui tire droit dans la poussière blanche au milieu des maisons où flamboie le vert des bananiers.. Les femmes sur le seuil te regardent passer. Combien sommes-nous de poo-pah, de blancs, sur cette île ? Il y a les deux allemandes qui sont vers Mareta et que cette nuit j’ai défoncées comme une bête jusqu’à la douleur. Mais de moi, elles s’en fichaient. Les tahitiennes elles, font l’amour comme on mange ou comme on boit, par fonctionnement où toute forme de sentiment est exclue. Mais elles gardent une sorte d’esthétisme dans le plaisir. D’artisanat de l’amour. Pas les allemandes et pourtant… Cette nuit, je sais que nous recommencerons pour tromper le vide de la beauté qui te saute au visage : depuis quelle galaxie où les terres n’ont pas de fin avons-nous un jour atterri à Maupiti ?
"La pluie est traversière, elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin"
Le lagon se charge aussitôt des couleurs pures du peintre qui avait cru trouver à Arles le sponsoring de deux frères hollandais dont l’un était à moitié fêlé. "Les Ateliers du Midi" des frère Van Gogh. Il fallait cependant tenir sa petite comptabilité sur un carnet : "Dépenses hygiéniques et nocturnes". Ici, je crois que c’était pour échapper à l’ennui que les femmes venaient jusqu’à l’atelier du peintre, au faré où il avait sculpté en forme de Totem des paroles obscures : JOUIR. Dans un seul mot que la pluie vient noyer, dissimulée, effaçant les motu et la passe. Car :
"Et par manque de brise
Le temps s'immobilise"
Gauguin avait choisi. Brel ? Je ne crois pas. Le hasard l’avait poussé ici, aux Marquises. Aussi bien il aurait pu toucher les Iles-Sous-le-Vent, Maupiti qui sait ? Ce qui avait manqué ensuite, c’était la force. Celle qui fait bouger les montagnes pesantes d’air chaud. Alors il y était resté.
"Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard
Le cœur est voyageur, l'avenir est au hasard"
Est-ce qu’il faudra donc trouver la force pour pousser plus loin le voyage ? Est-ce que je n’ai pas déjà tout vu de cette collection d’images qui font leur cinéma dans l’obscurité de ma caboche ? Tout autour du Volcan, le chemin revient toujours à son départ. Rivage des ailleurs où s’arrêtent ceux qui croient vivre dans "dans le vent sucré des îles nacrées". Et les cuites du samedi soir , la Hinano mêlée à l'Eau de Cologne pour d’enivrer plus vite. Et le sport du désespoir, l’amour qui m’attend dans les baraques où chez les allemandes de Mareta. Ici, nulle part, est-ce que le bout du bout aura un peu d’importance ? J’ai perdu en chemin la rage qui de tous temps m’a poussé à croire aux choses certaines. Le monde est bien trop grand. La vie est comme l’eau du lagon, parfois verte, parfois bleue. Aujourd’hui je m’en moque. Il ne demeure pas moins cette pirogue qui écume vers la passe. Je n’avais pas encore compris que tout est mouvement. Solve e coagula des alchimistes. Jusqu’à l’idée factice du temps échoué sur les récifs qui protègent le lagon de la lame.
"Les pirogues s'en vont,
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font."
SI 68 m'avait trompé ? Trompé dans cette quête permanente pour « bâtir ma vie comme une œuvre d’art » ? Si cet art torturé n’était qu’une excuse à ma peur de devenir grand ? A m’accrocher encore à mes rêves de jeune chiot ? Cela te donne bien des explications, te laisse le droit à quelque laideur, l’idée que tu es un artiste. Ou peut-être, c’est un piège pour tromper les autres. Devenir un homme, sera encore plus difficile. Mais pouvais-je continuer à croire que :
"Veux-tu que je te dise, gémir n'est pas de mise..."
Jean-Pierre Belmon
Maupiti, 8 février 1988