DIMARS 17 D’ÓUTOBRE 2017
Sant Baudouin
Quatre tèste de Felip Chauvier (Bargemoun 1833 – Bargemoun 1903)

PÂQUES AVANT LES RAMEAUX
Dis, tu t’es rendu compte
Que Filfette n’a pas bonne mine
On dit qu’elle a eu une contrariété
Qui l’a agacée.
Ce n’est pas cela, on dit qu’elle flirte
Un peu trop avant son tour.
Et le flirt apprend
Beaucoup sur les choses de l’amour.
Moi je vois que sa taille
Et son ventre ont pris du volume.
Moi il me semble qu’elle n’est plus si leste :
Elle a le corsage bien rempli.
On dit qu’elle badine
Avec Jean depuis un bon moment.
Qui sait si cette enragée
N’est pas grosse de plaisir.
Si c’est ainsi je ne la plais guère,
Elle sait d’où vient son mal.
Cela lui apprendra de faire
Pâques avant les Rameaux.

MA DERNIÈRE VOLONTÉ
Il parait qu’un jour je mourrai, je commence à le croire,
Je ne souhaite qu’une chose : c’est de pouvoir le voir,
Ce jour ténébreux où je ne serai plus malade,
Que je serai allongé raide sur la paillasse.
Avec une lampe allumée près de ma carcasse,
J’entendrai être encore maître dans ma maison.
Ce que je voudrai, d’ailleurs, sera très facile :
C’est qu’il plaise à chacun de me laisser tranquille.
Que personne n’ait l’air de venir m’ennuyer
En faisant semblant de pleurer, de crier,
Comme beaucoup ont l’habitude de faire,
Cela sera bon quand ils enterrerons leur père ou leur mère.
Ces singeries, bien que je sois mort,
Braves gens du Bon Dieu ! Me mettraient tant en colère,
Que je me lèverais vite et menaçant du geste
Celui qui m’aurait fait trop monté la moutarde au nez,
« Ne fais pas tant de bruit, lui dirai-je, foutez-moi la paix ?
Qu’en partant, au moins, je n’aies pas mal à la tête ».
UNE FILLE BIEN ÉLEVÉE
Ici à Gratemange, tout le monde connait Babette-la-Joufflue, cette grosse fille dont on dit qu’elle a peu de bon sens ; et qui, cependant, en a tant dans le corsage (jeu de mot car sèn en provençal est le bon sens, et sen le sein).
Babette-la-Joufflue, celle qui est tellement dodue qu’on la fendrait avec l’ongle, et qui a des bras et des mollets comme des tonneaux.
Et bien, l’autre jour, Babette, qui est à l’âge où toutes les filles romantiques rêvent plus souvent aux amoureux qu’à la tisane d’écume de mer, et qui depuis quelques temps tarabuste son père et sa mère pour se marier avec Jean Figue, leur dit une fois de plus :
-
Père je vous l’ai déjà dit plusieurs fois que nous voulons nous marier, Jean-Figue et moi, et ce serait le moment que nous avancions sur ce sujet !
-
Jean Figue !!… répondit le père de la Joufflue d’un air surpris, tu veux que je te le dise une fois pour toutes ? C’est un jeune qui ne rentre pas dans mes litanies.
-
Pourquoi ?
-
Pace que c’est un fainéant, un vaurien qui sait mieux manier la queue du billard que le manche de la charrue.
-
Mon père, on dit qu’il est mauvais de ne pas laisser couler l’eau où elle veut aller, ainsi je vous dis que je veux Jean et que je veux que vous me le donniez.
-
Quand l’eau va faire du mal il faut la dévier. Jean Figue n’est qu’un pouilleux, et qui mal se chausse de peu se grandit. Aussi, tu vois, écoutes bien ce que je te dis, jamais, JAMAIS, ta mère et moi nous ne ferons la bêtise de te donner Jean.
-
Et bien si vous ne la faites pas, nous deux nous la ferons !!


LES POULETTES
Le coq gratte le sol pour la poule
Et la poule picore le grain ;
C’est ainsi, pas de faribole,
Chacun le sait, petits et grands.
Aussi, regardez la poulette,
Une fois que le coq à chanté :
Comme elle essaie de l’imiter
Afin de se faire picorer.
La poule est là toute prête
Et le coq tellement hardi
Qu’y aller dessus mordre la crête
C’est encore plus vite fait que dit.
Je ne vous raconte pas de fariboles,
Chacun le sait, petits et grands :
Le coq gratte le sol pour la poule
Et la poule picore le grain.
Il en est de même pour les jeunes filles,
Quand dans la nuit vient le garçon
Chanter sous sa fenêtre
La plus gaie de ses chansons.
Si la belle est éprise,
Elle s’endort après d’un sommeil bien doux
En rêvant qu’elle est embrassée
Tendrement par son amoureux.
Le lendemain quand elle se réveille
Elle est embellie de sourire
Et toute remplie de désirs
De se sentir amoureuse.