DIMARS 17 D’ABRIÉU 2018
Sant Anicet
Ditado :
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Fango en abriéu, espigo d’estiéu.
Boue en avril, épis pour l’été.
Tèmo :
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Les ruisseaux sont la toiture des biens
Lei valat (riéu) soun la téulisso dei bèn.
ENCÒ DÓU BARBIÉ
Quand anas de Marsiho à Sisteroun, leissas à vosto man gaucho li dos estaciouneto de Labrihano e de Lus. Vous doutarias gaire, en vesènt Labrihano courous e rustica de nòu, e Lus, tant grisas e tant degleni, qu'à passa tèms, Labrihano èro un amèu, e Lus uno vilo. E quinto vilo, mis ami de Diéu ! uno ciéuta qu'avié de bàrri d'uno bono cano d'espés, em'uno grand tourre, bastido, disien, dóu tèms di Mouro ; uno vilo ounte istavo un evesque, que Carlemagne avié fa, ni mai ni mens, Prince de Lus ! Ah ! s'avias vist coume aquéli bràvi Lussian èron fièr de si bàrri d'uno cano e miejo, de sa tourre, de mounsegne soun evesque, e peréu de soun pichot-seminàri !
De-qu'èro, pecaire, au respèt de la Principauta de Lus, la pauro coumtat de Fourcauquié ? pati-pata, pas grand causo ! Tambèn, i marcat em'i fiero, recouneissias, entre tóuti, li ciéutadan de Lus.
Pourtavon sa tèsto coume un sant-sacramen, e regardavon em'un desden pietadous li gènt dis àutris endré, e entre tóuti, pecaire, li marrit Labrihanen. Jujas un pau ! à Labrihano, avien gis de bàrri entour de si quatre oustau, e, liogo d'uno tourre merletado s'aubouravo, sus soun coulet, qu'un maigre pijounié. Pamens, plagnessias pas lis abitant de l'amèu : la vido, lou sabès, es à bon comte dins aquéli pichot recantoun. Li Labrihanen avien uno galino pèr quàuqui sòu, d'ourtoulaio à bóudre ; e me creirés belèu pas se vous afourtisse que, pèr dous liard, pas mai, lou manescau li rasavo, e, ma fe ! emé proun gàubi.
A Lus, à l'encountràri, tout èro requist e carivènd. Pèr parla que de la barbo, li rasaire la fasien paga dous sòu, meme is escoulan imbarbu dóu semenàri. Tambèn, un jour, n'arribè uno que tubavo ! Vous atrouvarés qu'un dimècre, lou pus gros barbié de la vilo, – aquéu que, tres cop pèr semano, anavo à l'evescat –, veguè intra dins sa boutigo un de Labrihano. Em' acò ié fai :
– Bounjour, brave ome, (m'escusarés, se me troumpe). Assetas-vous, que bon vènt vous a coucha jusqu'à Lus ?
– Sian de noço, fai l'autre. Mai, ai mau acoumença la journado. De-matin, en partènt de Labrihano, me vouliéu faire rasa. Se vai devina que lou manescau èro ana 'n bastido pèr uno miolo qu'avié dóu mau de vèntre. Alor, a faugu tira sabato jusqu'eici emé moun péu de vue jour.
– I'a pas grand mau, respond moun barbié. Sabèn rasa, eici, au-mens autant bèn qu'à Labrihano.
– Proun lou sabe. Mai... voudriéu que me prenguessias pas mai que ço que me prenon eilavau-debas.
– E quant vous pren voste manescau ?
– M'a toujour rasa pèr dous liard.
– Pèr dous liard ! Ai jamai rasa pèr tant pau. Pamens, moun brave ome, sara pas di qu'un Lussian a fa 'no marrido maniero à-n-un Labrihanen. Ma fe de Diéu ! vous vau rasa pèr dous liard. Brandés plus.
E coume a di, fai. Ié bouto uno grand servieto au còu, ié passo la sabouneto souto lou mentoun, ié cougno coume se dèu lou cuié dedins la bouco. E vague de permena lou rasour sus si gauto ! Quand vous dise "si gauto", es uno façoun de parla. A verai dire, n'en raso qu'uno, aquelo de drecho, o bessai aquelo de senèco, m'ensouvèn pas trop. Pièi, em' un coustat bèn neteja e l'autre pelous que-noun-sai, ié garo la servieto dóu mentoun, e s'envai à-n-uno autro pratico.
Moun ome, espanta, ié crido :
– Mai, sacre couquin de bon sort ! m'avès rasa que d'un caire ?
– E bè ! es-ti pas ço que voulias ?
– Coume ! ço que vouliéu !
– M'avès-ti pas di de vous rasa pèr dous liard ?
– Si fèt.
– Alor, sant ome de Diéu ! fasès uno brigueto voste comte. Veguen : à dous sòu que se pago la barbo entiero, quant revèn chasco mita ? Un sòu, parai ? Adounc pourriéu vous demanda un sòu pèr lou travai que vène de faire. Mai sias de Labrihano, vous vole trata coume un ami, e vous prene que dous liard. Veritablemen, sarias foro de resoun s'anavias vous plagne. Quand lou diable ié sarié, vène de gagna dous liard !
– Dise pas de noun. Mai, pamens, l'autro gauto, n'en counvendrés, pòu pas resta coume acò d'aqui ?
– Sigués tranquile, moun bèl ami. Deman, pèr un liard, lou manescau de Labrihano vous la rasclara.
Leoun de Berluc-Perussis
Conte prouvençau (1920)
CHEZ LE BARBIER
Quand vous allez de Marseille à Sisteron, vous laissez sur la gauche les deux petites stations de La Brillanne et de Lurs. Vous ne vous douteriez pas, en voyant La Brillanne charmante avec ses terres bien entretenues, et Lurs, si gris e qui tombe en ruines, qu’autrefois, La Brillanne était un hameau et Lurs une ville. Et quelle ville mes amis ! Une cité qui avait des remparts de deux mètres d’épaisseur, avec une grande tour, bâtie, disait-on au temps des Sarrazins ; une ville où habitaient un évêque que Charlemagne avait fait, ni, plus ni moins, Prince de Lurs ! Ah si vous aviez vu comment ces braves Lursiens étaient fiers de leurs remparts de trois mètres d’épaisseur, de leur tour, de monseigneur l’évêque, et également de son petit-séminaire.
Qu’était en comparaison de la Principauté de Lurs, le pauvre comté de Forcalquier ? Rien du tout, pas grand chose ! Aussi, aux marchés et aux foires on reconnaissait entre tous les habitants de Lurs.
Ils portaient leur tête comme un saint-sacrement, et regardaient avec un dédain de pitié les gens des autres endroits, et entre tous, les pauvres Brillannais. Jugez un peu ! à La Brillanne, il n’y avait pas de remparts autour de ses quatre maisons et, à la place d’une tour crénelée s’élevait, sur sa petite colline qu’un maigre pigeonnier. Cependant n’allez pas plaindre les habitants du hameau : la vie vous le savez, est bon marché dans ces petit coins. Les Brillannais avait une poule pour quelques sous, des légumes en pagaille ; et vous ne me croirez peut-être pas si je vous affirme que, pour deux liards pas plus, le maréchal-ferrant les rasaient, et, ma foi avec beaucoup de dextérité.
À Lurs, au contraire, tout était raffiné et cher. Pour ne parler que de la barbe, les barbiers la faisait payer deux sous, même aux écoliers imberbes du séminaire. Aussi, un
jour, il en arriva une bonne ! Il se trouve qu’un mercredi, le plus grand barbier de la ville — celui qui trois fois par semaine, allait à l’évêché —, vit rentre dans sa boutique un de La Brillanne. Là-dessus il lui dit :
- Bonjour, brave homme (vous m’excusez si je me trompe). Asseyez-vous, quel bon vent vous a poussé jusqu’à Lurs ?
- Nous sommes noces, dit l’autre. Mais j’ai mal commencé la journée. Ce matin en partant de La Brillanne, je voulais me faire raser. Il se trouve que le maréchal-ferrant était allé dans uno ferme pour une mule qui avait des maux de ventre. Alors il m’a fallu me rendre jusqu’ici avec ma barbe de huit jours.
- Il n’y a pas grand mal, répond mon barbier. Nous savons raser, ici, aussi bien qu’à La Brillanne.
- Je le sais bien. Mais… je voudrais que vous me preniez pas plus que ce que l’on me prend là-bas.
- Et combien vous prend votre maréchal-ferrant ?
- Il m’a toujours rasé pour deux liards.
- Pour deux liards ! Je n’ai jamais rasé pour si peu. Cependant mon brave homme, il ne sera pas dit qu’un Lursien ait mal reçu un Brillannais. Parole d’homme je vais vous raser pour deux liards. Ne bougez plus.
Et comme il a dit, il fait. Il lui met une grande serviette au cou, il lui passe la savonnette sur le menton, il lui met comme il se doit une cuillère dans la bouche. Et vas-y de promener la rasoir sur ses joues ! Quand je vous dis « ces joues », c’est une façon de parler. À dire vrai, il n’en rase qu’une, celle de droite, ou peut-être celle de gauche, il ne m’en souvient pas trop. Puis, avec un côté bien nettoyé et l’autre on ne peut plus poilu, il lui enlève la serviette du menton et s’en va vers un autre client.
Mon homme, stupéfait, lui crie :
- Mais sacré coquin de sort ! vous ne m’avez rasé que d’un côté ?
- Eh bien ! n’est-ce pas ce que vous vouliez ?
- Comment ! ce que je voulais !
- Ne m’avez-vous pas dit de vous raser pour deux liards ?
- Si fait.
- Alors, saint homme de Dieu ! faites un peu votre compte. Voyons : à deux sous la barbe entière, à combien revient chaque moitié ? Un sou, pas vrai ? Donc je pourrais vous demander un sou pour le travail que je viens de faire. Mais vous êtes de La Brillanne, je veux vous traiter comme un mai, et je ne vous prend que deux liard. Véritablement, vous auriez tort si vous alliez vous plaindre. Quand le diable y serait, je viens de gagner deux liard !
- Je ne dis pas non. Mais, néanmoins, l’autre joue, vous en conviendrez, ne peut pas rester comme cela -
- Soyez tranquille, mon bel ami. Demain pour un liard, le maréchal-ferrant de La Brillanne vous la rasera.
Léon de Berluc-Perussis
Conte provençaux (1820)