DIMARS 16 de MARS 2021
Santo Benedito
PÈR GAGNA LA RECOUMPÈNSO
Sabès que l’a de gènt que menon grosso vido,
Fan cènt-dès-e-nòu còup finco que la Passido
Vengue li dire : « Anen ! n’a proun pèr eiçabas,
S’un còup siés amoundaut va recoumençaras. »
L’a moun ami Matiéu, qu’aquéu rèn l’embarrasso,
Sàbi pas ce que pòu l’agué dins sa carcasso,
Mai boutas, lou capoun, sènso crento ni pòu,
Crèsi que s’es, au mens, marida trege còup.
– Trege còup ? Mai sei fremo, alor, leis estoufavo !
– Ah ! nàni ! pesqui pas, soulamen lei lachavo
Au bout de quàuqui tèms, quouro n’en avié proun.
Lou pouligamo, un jour, siguè mes en presoun.
Acò l’agradè pas ; degun s’en mesfisavo,
Fa que de la presoun, un bèu jour s’escapavo.
La justiço biscavo e tout en lou cercant
En qu l’arrestarié proumetè milo franc.
Milo franc, vous dirai, soun toujour bouan à prendre,
N’a proun pèr vous tenta coumo devès coumprendre ;
Coumo lou counouissiéu, mi diéu, l’agantarai,
Acò, se va fau pas, veguen, que siègui un ai !
S’èro bèn desguisa mai lou recounouissèri,
En fènt semblant de rèn à dina l’envitèri.
Ma fremo, Margarido, en li fènt de façoun
Nous faguè ’n bouan dina, mangerian d’auceloun.
Au mitan dóu repas pretestèri d’afaire,
Li diéu : « Esperas-mi, veirés, restarai gaire ! »
Pèr cerca la pouliço alor pàrti countènt,
Pèr gagna milo franc, fau faire quaucarèn !
Mai quand revenguerian, la voulès pus poulido !
M’avié quiha, lou mouastre, emé ma Margarido,
Fa que d’un meme còup, l’enfant de capelan !
Mi fè perdre ma fremo emé lei milo franc.
P.-A. Ginouvès
Lei Toulounenco
1907
POUR GAGNER LA RÉCOMPENSE
Vous savez qu’il y a des gens qui mène la grande vie
Ils font les quatre-cents coups jusqu’à ce que la Mort
Vienne leur dire : « Allons, c’est fini pour ici-bas
Lorsque tu seras là-haut tu recommenceras. »
Il y a mon ami Mathieu, celui que rien n’embarrasse,
Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir dans sa carcasse,
Mais allez, le chenapan, sans honte ni peur,
Je crois qu’il s’est, au moins, marié treize fois.
– Treize fois ? Mais ses femmes, alors, il les étouffait !
– Ah ! non ! parbleu non, seulement il les quittait
Au bout de quelques temps, quand il en avait assez.
Le polygame, un jour, fut mis en prison.
Cela lui déplut ; personne ne se méfiait,
Si bien que de la prison, un beau jour il s’échappa.
La justice pestait et tout en le cherchant
Elle promit mille francs à qui l’arrêterait
Mille francs, je vous dirai, sont toujours bons à prendre,
Il y en a assez pour vous tenter, comme vous devez comprendre ;
Comme je le connaissais, me dis-je, je l’attraperai,
Cela, si je ne le fais pas, voyons, que je sois un âne !
Il s’était bien déguisé mais je le reconnus,
En faisant semblant de rien je l’invitai à déjeuner.
Ma femme Marguerite, en mettant les petits plats dans les grands
Nous fit un bon déjeuner, nous mangeâmes des petits oiseaux.
Au milieu du repas je prétextai des affaires,
Je leur dis : « Attendez-moi, vous verrez, je ne serai pas long ! »
Pour aller chercher la police, alors je partis content,
Pour gagner mille francs, il faut faire quelque chose :
Mais quand nous revînmes, vous voulez la plus belle !
Il m’avait planté, le monstre, avec ma Marguerite,
Cela fait que du même coup ; l’enfant de p… !
Me fit perdre ma femme avec les mille francs.