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DIMARS 17 DE JANVIÉ 2018

 

Sant Marcèu

 

 

Ditado :

 

  • Lou bouas verd e lou pan caud soun la rouino d’un oustau.

    Le bois vert et le pain chaud sont la ruine d’une maison.

     

  • Dins lei bouteioun mau lava lou vin es vite gasta.

    Dans les bouteilles mal lavées le vin est vite gâté.

     

  • Un moumen de crento es lèu passa.

    Un moment de honte est vite passé.

     

     

     

Tèmo :

 

  • Il vaut mieux payer le boulanger que le docteur.

    Vau miés (mai) paga lou boulengié (fournié) que lou dóutour (medecin, mège).

     

  • Les cordonniers sont les plus mal chaussés.

    Lei pegot (courdounié, groulié, sabatié) soun lei pu (pus, plus) mau caussa.

À l’AMENDE

 

Une fois, un évêque de pas bien loin d’ici, faisait sa tournée épiscopale dans le département.

Comme il ne pouvait pas se rendre dans tous les villages, il était descendu chez un curé dont la paroisse se trouvait au beau milieu de deux cantons. Ainsi tour le clergé des alentours se rassemblait pour recevoir l’évêque et parler avec lui de leurs petites affaires.

La paroisse de cet endroit était plutôt pauvre. Elle avait de petits revenus. Les gents ne devaient pas être trop dévots. Ils allaient à l’église quand ils ne pouvaient pas faire autrement.

Le curé, tant bien que mal, voulu cacher sa misère. Marion, sa servante, lui fut d’un bonne aide pour cela. Elle était fort dégourdie pout tirer profit de tout et pour préparer de bons plats sans trop de dépenses. Tant qu’il s’agit de la table, l’évêque ne s’en occupa guère.

Après le repas, la panse bien garnie, il était toujours d’esprit joyeux. 

Mais quand il fallu passer la nuit, ce fut autre chose. Le curé était logé trop pauvrement, très à l’étroit dans une petite chambre où il n’y avait qu’un lit.

L’évêque prit cette chambre et le curé demanda l’hospitalité d’un côté et Marion de l’autre dans le village.

Quand l’évêque se trouva tout seul dans la maison, en regardant de tous les côtés il se rendit compte qu’il manquait beaucoup de choses à ce curé.

Le lendemain, quand Marion revenue lui apporta le chocolat, Monseigneur l’évêque lui dit comme cela :

— Dites-moi un peu, Marion, comment faites-vous, avec monsieur le curé, pour vous coucher la nuit, je vois qu’il n’y a qu’un lit dans la maison ?

— Mais, Monseigneur, répondit la domestique, nous ne faisons qu’un lit avec monsieur le Curé, puisque nous n’en avons qu’un. Seulement nous mettons pour nous séparer une planche en travers, et celui qui passe pas dessus est à l’amende de quarante sous. Tenez, la semaine passée, monsieur de Curé en a été pour quatorze francs d’amende.

FRANCHISE

 

Pour venir à Toulon, le Curé de la Valette avait pris l’omnibus. Dans ce temps là on ne parlait pas encore des tramways. L’affaire se passa il y a un bon moment, car il y a bien longtemps que celui qui me la raconta mange les pissenlits pas la racine.

Ce curé était un homme qui faisait beaucoup de bien dans le pays, charitable pour les malheureux et donnant l’exemple que ce qu’il prêchait en chaire. Cela ne se voit guère mais il est biende le dire.

Dans l’omnibus il se trouva avec monsieur Coulet, jardinier de l’endroit. Comme ils se connaissaient tous les deux ils en vinrent vite à converser.

Coulet, lui, n’était pas quelqu’un à tourner autour du pot. Quand il avait quelque chose à dire, que ce soit n’importe quoi, il fallait qu’il le dise.

— Dites, monsieur le Curé, dit-il comme cela, je sais que vous êtes un saint homme. Chacun dans le pays vous porte avec raison en haute estime. Dites-moi un peu, il y a quelque chose qui me trotte dans la tête.

— Que serait-ce ? demanda le curé.

— Je voudrais un peu savoir si, dans votre vie, vous n’avez jamais dit de mensonges.

— Jamais répondit le curé.

— Jamais ? dit Coulet, coquin de sort ! cela ne me semble pas possible.

 

En route l’omnibus prit aussi Nicolette, juste devant sa ferme qui était au bord du chemin.

— Où vas-tu ainsi, Nicolette ? dit le curé à la jeune fille.

— Je vais à Toulon, chez ma tante Bégoulette.

— Bien, et que vas-tu y faire ?

— Je vais lui porter un perdreau et deux paires de motteux (culs-blancs = petits oiseaux) que mon paire a tirés ce matin. Mais je suis bien ennuyée. Cela m’embête d’entrer dans Toulon ces bestioles parce qu’elles sont soumises au droit d’entrée (octroi).

— Écoute, dit le curé, toujours prêt à aider de ses bons conseils les paroissiens et le paroissiennes de la Valette pour les tirer d’affaire, c’est facile. Fais ce que je te dis, mets tes culs-blancs dans ta poitrine. Tu me donneras le perdreau et personne ne viendra le chercher où je le cacherai.

Aussitôt dit, aussitôt fait, Nicolette mit ses oiseaux sur sa poitrine, sous son caraco, et le curé le perdreau sous sa soutane.

Quand ils furent à la barrière, l’employé demanda si personne n’avait rien à déclarer.

Monsieur Coulet se dit en lui-même :

— Cette fois, monsieur le curé va faire un péché. C’est certain qu’il va dire un gros mensonge.

Un peut timide, Nicolette dit qu’elle n’avait rien à soumettre aux droits.

Le curé, lui, prit un air malicieux et, se penchant vers l’oreille de l’employé, il dit ceci :

— Moi, j’ai un oiseau sous la soutane, mais ce n’est pas pour vous, c’est pour mademoiselle.

L’employé se méprenant, éclata de rire :

— Sacré monsieur le curé ! dit-il. Quel farceur ! Allez ! vous allez les faire rire au Paradis

Qui fut le plus attrapé, ce fut Coulet.

— Bravo ! dit-il, bon bougre, le curé à fait comme Barthélémy, en riant il a dit la vérité.

 

Pour bien goûter le sel de cette galéjade il faut savoir que l’oiseau, chez nous, est ni plus ni moins que le sexe de l’homme.

AU THEÂTRE RAMPIN

 

 

Basseras avait l’âme d’un artiste, pour mieux préciser, l’âme d’un comédien.

Il en avait prit le goût autrefois quand il était machiniste au théâtre de Rampin, dont les vieux Toulonnais gardent encore le souvenir.

En ouvrant chaque soir le rideau ou en installant les décors, cela lui était venu tout seul. Il avait tellement pris l’habitude des belles phrases et des phrases pompeuses, tarabiscotées, qu’il ne pouvait pas, même quand il allait aux toilettes, demander du papier pour ce que vous savez, sans prendre le ton du Roi Hérode.

Il finit à la longue par s’enrôler dans une troupe ambulante qui jouait à la comédie dehors en plein vent, comme on en voyait avant la guerre.

Comme il était rondouillard, avec une bedaine de juge de paix au gros ventre et comme il avait une voix rauque, on lui faisait jouer tous les rôles de père noble et de grands personnages.

Un soir, il jouait une pièce où il faisait le roi. Il fallait voir comme il faisait le beau avec un drap rempli d’étoiles en papier argenté pour manteau, une couronne de carton doré, un sabre d’abordage pour épée.

Il se trouve que ce roi mariait sa fille. Alors pour manifester  l’enthousiasme que lui procurait ce mariage, il criait au milieu de deux autres personnages :

— Oui, manants, ma fille se marie avecque le fils d’un grand roi digne de mon sang. Je suis heureux. Oh ! combien. Je veux qu’avecque moi mon peuple doit heureux, je veux qu’il se réjouisse, qu’il boive, qu’il chante. Prenez cet or.

Et, en disant cette tirade, ils mettait les mains dans ses poches et allez ! il lançait en l’air des rondelles de fer-blanc qui figuraient des louis d’or.

Les deux personnages, alors, se jetaient par terre comme pour attraper le bonne fortune et sur ce le rideau tombait.

La pièce finissait sur cette scène. Mais le soir où se passa ce que je raconte, les derniers spectateurs, qui n’avaient pas encore pris le chemin de la maison, virent le Roi, c’est-à-dire Basseras, encore vêtu de son royal manteau et coiffé de sa couronne dorée qui, face contre terre, fouillait dans tous les coins du théâtre.

— Que cherches-tu ? Tu as perdu quelque chose ? lui demanda le directeur de la troupe.

— Je ne sais pas, répondit Basseras, j’avais encore trois sous pour prendre le tramway pour me ramener à la maison et je dois les avoir envoyés en l’air avec les louis d’or du Roi.

 

Antonin Chaude (Mèste Bartoumiéu)

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