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DIMARS 16 DE DESÈMBRE 2014

 

SANTO  ALIÇO

 

 

Ditado :

  • Qu vòu èstre mensoungié que si fague devinaire de tèms.

    Qui veut être menteur qu’il se fasse météorologue.

     

    La météorologie se dit : meteouroulougìo, en abrégé : meteò.

    Le sourcier est lou devinaire d’aigo.

     

  • Ço que vèn dóu batistèri duro fin-qu’au cementèri.

    Ce qui vient du baptistère dure jusqu’au cimetière.

     

  • Acò es : ma maire m’a fa.

    S’emploie pour dire qu’une chose est évidente.

     

  • Tout es pas de pan signa.

    Tout n’est pas du pain béni.

     

    De l’eau bénite = d’aigo signado, bénir la foule = benesi la foulo.

     

  • Aucèu que piéuto vòu quaucarèn.

    Un oiseau qui pépie veut quelque chose.

     

  • Douas gambo eun bastoun fan tres gambo.

    Deux jambes et un bâton font trois jambes.

     

Tèmo :

  • Le vent de bise traverse la peau et la chemise.

    La cisampo trauco la pèu e la camié (la camiso)

 

 

UN CONTE DE MÈSTE ARNAUD

 

- Vè, quand sias cassaire fau s’atèndre à touto sorto d’avarié, despuei lou fusiéu qu’esclato, en vous emballant un bras, finco à dejuna emé de parpello d’agasso !

- Dias acò d’un èr soumbre, peirin, vous serié-ti arriba quaucarèn d’estràngi ?

Estràngi, es pas lou mot, bessai ; mai ço que nous arribè tubavo au calen ! Escoutas, bord qu’acò vous douno envijo. Un jour d’ivèr anerian cassa la becasso dins li boues de Tourve. À l’endré que s’erian douna rescontro leisserian lou viéure qu’avian adu e uno bono partido de nouéstei municien. Puei, empura pèr lou fue de Diéu de la joueinesso, s’enfouncerian dins la fourèst. Tout d’uno, lou ciele devenguè negre coumo la pego… de gouto d’aigo coumo d’escut de cinq franc si metèron à toumba e lou tambour dei limaço sounè la rampelado. Pèr uno chanço de Diéu, un cabanoun de carbounié s’atrouvavo aquito, pas luen de nàutrei, e l’intrerian sènso espera que l’oustesso nous li counvidèsse. Pèr lou quart d’ouro, l’avié degun qu’uno fiheto d’ùnei sèt à iuech an. Avié abra un fue de veiriero e si caufavo au cantoun de la chuminèio. E esparòufido de nouesto arribado, coumprenguè, pamens, qu’avié afaire en de bràvei gènt e nous faguè plaço davans lou fougau. Nàutrei, un fes reviéuda pèr la boueno calour e l’óudour dóu boues de couelo que flamejavo, acoumencerian de senti veni lou ruscle. E diguerian à la pichouno s’avié rèn à nous faire mania, e que va li pagarian.

- Nàni, nous diguè, l’a que de pan, sian paure…

- De pan ? Mai es quasimen proun. Viguen, l’a de galino, aperaquito, alor li duou avé d’uou ?

- Ah vouei, n’en a, v’en dounarai tant que voudrés, faguè.

- Sian sauva, mourren pas de fam, pichouno, mai as rèn autre ? Pas ‘n troues de ventresco, de poumo d’amour, pèr faire uno meleto ?

- Nàni, moussu, l’a plus rèn d’autre, poudès arregarda dins l’armàri e dins lou tiradou.

En diant acò, la fiheto s’escapè defouero, que plóuvié plus, pèr ana vèire se l’avié de pignen.

Entandóumens furnèri d’en pertout, dins leis armàri, sus leis estagiero, dins lei tiradou e que sàbi iéu !... À forço de tafura, destrauquèri, dins un papié blu, uno lesco de lard que disié manjo-mi ! « Osco ! creidèri, nous manco plus rèn. » E mi metèri à chapla lou troues de lard en mi n’en lipant lei det. Dins un vira d’uei la meleto siguè facho e manjado. Jamai de ma vido de cassaire aviéu manja quaucarèn pus voulentié…  Fau dire, anen, que la fam fa sourti lou ruscle dóu boues…

N’erian à charra dóu tèms que si relevavo, quouro la pichouno rintrè.

- Ah ! couquineto, li diguèri en galejant ; nous aviés pas di qu’aviés de prouvesien, leis aviés escoundudo, que ? Mai l’avèn atrouba lou troues de lard !

- Que troues de lard ?

- Eh bè, aquéu qu’èro dins l’armàri, bèn engaloupa dins un papié blu.

- Avès pres lou lard !!! nous diguè la pichouno. E si metè à ploura, pecaire, que sabian plus ço qu’arribavo.

- Mai ma bello, li faguerian, agues pas pòu, tu dounaren de sòu, pèr la peno, e n’en croumparas d’autre.

- Avès pres lou lard ! paure de iéu, ma maire mi tuera ! Mi chavirara lou couele ! M’estripara ! Soun troues de lard !!

- Mai viguen, ma fiho, finalamen, èro dounc benesi aquéu troues de lard ? Anene, agues pas pòu, vai, digo-nous ço qu’èro, sian de bràvei gènt e s’avèn fa de mau, lou recoublaren.

E la pauro pichouno, touto estoumagado, en plourant à noun plus, emé la veno d’aiet au nas nous diguè :

- Èro lou lard que ma maire si n’en frutavo lei moureno !!!

 

La Sinso

 

 

La Sinso : C’est le surnom de Sébastien Senès (né à Solliès-Pont en 1827 ; mort à Toulon en 1907).

Administrateur de la marine, il est connu pour ses « Scènes de la vie provençale).

(L’écriture de l’auteur a été respectée et diffère un peu de celle utilisée de nos jours)

 

 

 

UN CONTE DE MAÎTRE ARNAUD

 

- Voyez, quand vous êtes chasseur il faut s’attendre à toute sortes d’incidents ; depuis le fusil qui éclate, en vous emportant un bras, jusqu’à se passer de déjeuner !

- Vous dites cela d’un air sombre, parrain,vous serait-il arrivé quelque chose de bizarre ?

- Bizarre, ce n’est peut-être pas le mot, mais ce qui nous arriva était un peut fort ! Ecoutez, puisque cela vous fait envie. Un jour d’hiver nous chassions la bécasse dans les bois de Tourves. À l’endroit où nous nous étions donné rendez-vous nous laissâmes les vivres que nous avions amenés et une bonne partie de nos munitions. Puis, emporté pas le feu de la jeunesse, nous nous enfonçâmes dans la forêt. Tout d’un coup le ciel devint noir comme la poix… des gouttes d’eau comme des écus de cinq francs se mirent à tomber et le tonnerre sonna le rappel. Par coup de chance, un cabanon de charbonnier se trouvait là, pas loin de nous, et nous y entrâmes sans attendre que l’hôtesse nous y conviât. Pour le moment, il n’y avait personne qu’une fillette d’à peu près sept ou huit ans. Elle avait allumé un grand feu et se chauffait au coin de la cheminée. Et effrayée par notre arrivée, elle comprit, cependant, qu’elle avait affaire à de braves personnes et nous fit une place devant le foyer. Nous, une fois revigorés par la bonne chaleur et l’odeur du bois de collines qui flambait, nous commençâmes à sentir une grande faim. Et nous demandâmes à la petite si elle n’avait rien à nous faire manger, et que nous le paierions.

- Non, nous dit-elle, il n’y a que du pain, nous sommes pauvres…

- Du pain ? Mais c’est quasiment assez. Voyons, il y a des poules, ici, alors il doit y avoir des œufs ?

- Ah oui, il y en a, je vous en donnerai tant que vous voudrez, fit-elle.

- Nous sommes sauvés, nous ne mourrons pas de faim, petite, mais tu n’as rien d’autre ? Pas un morceau de petit salé, des tomates, pour faire une omelette?

- Non, monsieur, il n’y a rien d’autre, vous pouvez regarder dans l’armoire et dans le tiroir.

En disant ceci, la fillette s’échappa dehors, car il ne pleuvait plus, pour aller voir s’il y avait des champignons.

Pendant ce temps, je fouillai partout, dans les armoires, sur les étagères, dans les tiroirs et que sais-je !... A force de fouiller, je dénichai, dans un papier bleu, une tranche de lard fort appétissante ! « Bravo ! criai-je, il ne nous manque plus rien. » Et je me mis à hacher le morceau de lard en m’en léchant les doigts. En un clin d’œil l’omelette fut faite et mangée. Jamais de ma vie de chasseur je n’avais  mangé quelque chose d’aussi bon cœur… il faut dire, allez ; que la faim fait sortir le loup du bois…

Nous en étions à parler du temps qui se levait, quand la petite rentra.

- Ah ! petite coquine, lui dis-je ne plaisantant ; tu nous avais dit que tu n’avais pas de provisions, tu les avais bien cachées, quoi ? Mais nous l’avons trouvé le morceau de lard !

- Quel morceau de lard ?

- Eh bien, celui qui était dans l’armoire, bien enveloppé dans un papier bleu.

- Vous avez pris le lard !!! nous dit la petite. Et elle se mit à pleurer, la pauvre, et nous ne savions plus ce qui lui arrivait.

- Mais ma belle, lui dîmes-nous, n’ais pas peur, nous te donnerons des sous, pour la peine, et tu en achèteras d’autre.

- Vous avez pris le lard ! pauvre de moi, ma mère me tuera ! Elle me tordra le cou! Elle m’étripera ! Son morceau de lard !!

- Mais voyons, ma fille, finalement, il était donc béni ce morceau de lard ? Allons, n’ais pas peur, dis-nous ce que c’était, nous sommes des braves gens et si nous avons fait du mal, nous le réparerons.  

 Et la pauvre petite, toute affligée, en pleurant de plus belle, la goutte au nez nous dit :

- C’était le lard avec lequel ma mère se frottait les hémorroïdes !!!

 

 

 

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