DIMARS 15 de DESÈMBRE 2020
Santo Ninoun
LOU CACHO-FIÒ (F. Mistral)
… Fidèu is us ancian, pèr moun paire la majo fèsto èro la vèio de Nouvè. Aquéu jour, de bono ouro, li bouié desjougnien. Ma maire ié dounavo, en chascun, dins uno servieto, uno bello fougasso à l’òli, uno roundello de nougat, uno jounchado de figo seco, un froumajoun, un àpi, em’uno fiolo de vin kiue. E, quau d’eici e quau d’eila, tout acò gratavo camin, pèr ana pausa cacho-fiò, dins sis endré, à sis oustau. Au mas noun demouravo que li pàuri marrit qu’avien ges de famiho; e meme, de parènt, quauque vièi jouvenome, arribavon de fes, au toumba de la niue, en disènt : « Bòni fèsto ! venian pausa, cousin, cacho-fiò ‘mé vous-autre.»
Tóutis ensèn anavian querre, jouious, lou cacho-fiò ─ que falié que fuguèsse, sèmpre, un aubre fruchau. L’adusian dins lou mas, tóuti arrengueira, lou plus einat d’un bout, iéu lou cago-nis de l’autre ; tres cop ié fasian faire lou tour de la cousino ; pièi, arriba davans la lar o paiasso dóu fiò, soulennamen moun paire i’escampavo dessus un vèire de vin kiue, en disènt :
Alègre ! alègre ?
Mi bèus enfant, Diéu nous alègre !
Emé Calèndo tout bèn vèn…
Diéu nous fague la gràci de vèire l’an que vèn,
E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens !
E tóuti cridavian : Alègre ! Alègre ! Alègre ! e’m’acò se pausavo l’aubre sus li cafiò e, tant lèu resplendènto partié la regalido :
Cacho-fiò,
Bouto fiò,
disié moun paire en se signant, e tóuti nous metian à taulo.
Oh ! la taulado santo, veritablamen santo, emé, tout à l’entour, la famiho coumplèto, pacifico e urouso ! En liogo dóu calèu, pendoulant de la moco, que, dins lou courrènt de l’an, menut, nous fasié lume, aquéu jour, sus la taulo, tres candèlo... E lou mou, se viravo, pèr cop, de-vers quaucun, acò ‘ro uno marrido marco. De chasque bout, dins un sietoun, verdoulejavo un bruei de blad que, lou jour de santo Barbo, s’èro mes greia dins l’aigo. Sus la triplo touaio blanco pareissien, à-de-rèng, li plat sacramentau : li cacalauso, que chascun, em’un long clavèu nòu, tiravo dóu cruvèu : la merlusso fregido, lou muge emé d’óulivo, la cardo, li cardoun, l’àpi à la pebrado, segui d’uno sequèlo de privadié requisto, coume fougasso à l’òli, passariho, nougat, poumo de paradis ; e, au-dessus de tout, lou gros pan calendau ─ que noun s’entamenavo qu’après n’avé douna, religiousamen, un quart au proumié paure que passavo...
LA BÛCHE DE NOËL (F. Mistral)
… Fidèle aux anciens usages, pour mon père, la grande fête, c’était la veille de Noël. Ce jour-là, les laboureurs dételaient de bonne heure; ma mère leur donnait à chacun, dans une serviette, une belle galette à l’huile, une rouelle de nougat, une jointée de figues sèches, un fromage du troupeau, une salade de céleri et une bouteille de vin cuit. Et qui de-ci et qui de-là les serviteurs s’en allaient, pour « poser la bûche au feu » dans leur pays et dans leur maison.
Au Mas ne demeuraient que les quelques pauvres hères qui n’avaient pas de famille; et, parfois, des parents, quelque veau garçon, par exemple, arrivaient à la nuit, en disant :
– Bonnes fêtes ! Nous venons poser, cousins, labûhe au feu, avec vous autres.
Tous ensemble, nous allions joyeusement chercher la « bûche de Noël », qui – c’était de tradition – devait être un arbre fruitier. Nous l’apportions dans le Mas, tous à file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre; trois fois, nous lui faisions faire le tour de la cuisine; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre de vin cuit, en disant :
Allégresse ! Allégresse,
Mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse !
Avec Noël !, tout bien vient
Dieu nous fasse la grâce de voir l’année prochaine.
Et, sinon plus nombreux, puissions-nous n’y pas être moins.
Et, nous écriant tous : « Allégresse, allégresse, allégresse ! », on posait l’azbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme :
A la bûche
Boute feu !
disait mon père en se signant. Et, tons, nous nous mettions à table.
Oh ! la sainte tablée, sainte réellement, avec, tout à l’entour, la famille complète, pacifique et heureuse. À la place du caleil, suspendu à un roseau, qui, dans le courant de l’année, nous éclairait de son lumignon, ce jour-là, sur la table, trois chandelles brillaient; et si, parfois, la mèche tournait devers quelqu’un, c’était de mauvais augure. A chaque bout, dans une assiette, verdoyait du blé en herbe, qu’on avait mis germer dans l’eau le jour de la Sainte-Barbe. Sur la triple nappe blanche, tour à tour, apparaissaient les plats sacramentels : les escargots, qu’avec un long clou chacun tirait de la coquille; la morue frite et le muge aux olives, le cardon, le scolyme, le céleri à la poivrade, suivis d’un tas de friandises réservées pour ce jour-là, comme : fouaces à l’huile, raisins secs, nougat d’amandes, pommes de paradis; puis, au-dessus de tout, le grand pain calendal, que l’on n’entamait jamais qu’après en avoir donné, religieusement, un quart au premier pauvre qui passait…
Adaptation française de Frédéric Mistral