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DIMARS 14 DE JUN 2016

 

SANT ELISIÉU (Élisée)

 

 

LEI DOURMIHOUS

 

Le Dr Fallen a interprété, ici, un vieux Conte dont il n’est pas l'inventeur. C'est un type de récit explicatif imaginé après coup pour justifier des particularités dont on ne sait plus l'origine (ici des surnoms et une anomalie administrative). Le procédé de la légende étiologique se rencontre dans toutes les civilisations.

On pourra comparer ce récit en style de pastorale à la légende des frères Philène dans Salluste (Jugurtha LXXIX) et apprécier la différence qui sépare la raideur antique de la bonhomie provençale.

On retrouvera en partie la géographie des lieux sur la carte Michelin. La limite entre les Bouches-du-Rhône et le Var est celle qui sépare également Auriol et Saint-Zacharie.

 

Lei gènt de Sant-Jacarié soun subre-nouma lei , dóu tèms qu'aquélei d'Auruou soun reputa dei  matinié

Acò li van de luen.

Si dis que leis Aurulen e lei Sant-Jaqueiren èron pas d'acord : avian pas pouscu s'entèndre pèr marca lei limito de sei coumuno.

— Acò's nouestre !

— Noun, qu'es nouestre !

E aurié pouscu coumo acò dura long-tèms encaro.

Un brave vièi, un patriarcho, li faguè puei aquesto sajo proupousicien :

— Ato ! diguè, sian de vesin que déurian nous gratiha pèr nous faire rire e sian de-longo en guerro coumo chin e gat ! E perqué ? pèr quàuquei listo de terro que nous n'en faudra puei pas tant, à la fin finalo, pèr nous metre à la sousto dóu marrit tèms, quand saran mouert !... Lei limito de nouesto coumuno !... Se voulias, lei mesurarian uno boueno fes pèr tóutei deman de matin !... Tenès, pèr eisèmple : deman, ei proumiérei clarour de l'aubo, partèn leis un emai leis autre, cadun de noueste vilajoun, e d'un bouen pas, — que fara 'n pau fresquiero, — mai sènso courre pamens, caminaren à I'endavans leis un deis autre e mounte nous rescountraren, flòu !plantarennóuestei terme.

Acò va.

E I'endeman de matin, quand l'aubo clarejavo tout-bèu-just de-vers la Santo-Baumo, leis Aurulen passavon lou pouent de la Bano.

E zóu ! que siguèron lèu à la gafo de Vèdo !

Oh ! courrienpas,nàni ! mai, tè ! marchavon d'un bouen pas, pèr si leva de la fresquiero :e camino que caminaras !

Ai ! lei vaqui lèu ei Laget !

— Anen, Zóu ! que lei vesin dèvon pas èstre luen : Es que mountan, nous-autre, e van, élei, à la davalado !

Pamens leis Aurulen an depassa lou Pas de l'avé, soun meme en visto dòu moulin de Redoun, e lei gènt de Sant-Jacarié parèissonpancaro sus la routo.

— Dins acò, fasien lei caminaire, avèn pas parti avans l'ouro ! L'aubo pounchejavo e l'avié plus d'estello quand nous sian mes en routo ! Eh ! bèn, auren nouesto part !

E passon coumo acò Pata ! E passon Mount-Verd ! E passon... passon lou pouent de I'Uvèuno,... e tron de pas-disque lei veici bèn dins Sant-Jacarié.

— Oh ! tron de l’èr ! tóutei leis èstro soun barrado !

— Oh ! petardd'ungoi !mai...douermonencaro, nouéstei vesin !

— Oh ! foume ! an pas vist que lou soulèu si lèvo, lei dourmihous !

E vague de pica eis oustau : em'enca'n pau vous lei demoulissien.

— Hoi ! qu pico adeiçavau ? renouriè lou proumié que metè la tèsto au fenestroun.

— Ai ! capouchin de sort, es leis Aurulen que soun deja pareici ? Eh ! bèn, sian fres ! replico un autre que si despoutino.

E dins pau de tèms, tóutei lei gènt èron dins la carriero.

— Eh! bèn, que sian pèr faire ? cridon leis Aurulen ; es dounc eici que plantan lei mount-joio ?

— Oh ! pieta ! fan lei pàurei Sant-Jaqueiren, leis uei gounfle de souem e de lagremo ; pieta ! poudès pas metre vouéstei terme pamens dins nouésteis oustau !

E lou vièi qu'avié parla la vèio alor parlè mai :

— Certo ! li faguè, un pache es un pache, e si pòu pas dire que lei gènt d'Auruou l'agon pas tengu ! Mai fau pamens pas, meis ami, que siguen de massacre e de gousto-soulet ! Sipòu, parai ? que nouéstei vesin,leis ague troumpa l'oumbro de la mountagno e serié juste bessai de li leissa 'n bout de terraire de noueste coustat.

L’aguè bèn quàuqueis Aurulen que repepièron, mai aujèron pamens pas tròup crida contro soun vièi que, dins tout acò, l'avié douna, la vèio, un proun poulit counsèu.

Mens vite, segur, que ço qu'èron vengu, retournèron dounc vers soun vilàgi ; repassèron l’Uvèuno,... repassèron Mount-Verd... Lei Sant-Jaqueiren, plan d'avenènço, li fasien l'acoumpagnado e coumtavon bèn de li la faire lou plus luen que si pourrié.

Mai leis Aurulen avian leis uei dubert despuei proun de tèms pèr que noun siguèsse mestié de li faire lume.

— Basto ! diguèron tóutei.

E plantèron sei terme à quatre pas dóu vilagi de Sant-Jacarié.

Lei gènt de I'endré avien perdu quàuquei bèlleis eiminado de terro, acò's verai, mai s'èron acampa 'n poulit subre-noum que li toumbara plus.

L'on pòu pas tout avé !

Raconte e Sourneto (1930)

 

 

LES ENDORMIS

 

Les gens de Saint-Zacharie sont surnommés les endormis, alors que ceux d’Auriol sont appelés les matinaux.

Cela leur vient de loin.

On dit que les Auriolais et les Zachariens n’étaient pas d’accord : ils n’avaient pas pu s’entendre pour marquer les limites de leur commune.

— Ça c’est à nous!

— Non, c’est à nous !

Et cela aurait pu durer ainsi encore longtemps.

Un brave vieux, un patriarche, lui fit cette sage proposition :

— Certes ! dit-il nous sommes des voisins et nous devrions nous chatouiller pour nous faire rire et nous sommes en guerre sans arrêt comme chiens et chats. ! Et pourquoi ? Pour quelques bandes de terre telles qu’il ne nous en faudra pas autant, finalement, pour nous mettre à l’abri du mauvais temps, quand nous serons morts !... Les limites de nos communes !... Si vous vouliez, nous les mesurerions une bonne fois pour toutesdemain matin !... Tenez, par exemple : demain, aux premières clartés de l’aube, partons les uns et les autres, chacun de notre village, et d’un bon pas, — car il fera un peu frais — mais sans courir cependant, nous marcherons au devant les un des autres et où nous nous rencontrerons, plouf ! Nous planterons ici nos bornes.

Ça va.

Et le lendemain matin, quand l’aube pointait juste vers la Sainte-Baume, les Auriolais passaient le pont de la Bane.

Et allez ! ils furent vite au gué de Vède !

Oh ! ils ne courraient pas, non ! mais, tiens, ils marchaient d’un bon pas, pour se réchauffer : et ils continuaient de marcher !

Et les voici vite aux Laguets !

Allez, les voisins ne doivent pas être loin : C’est que nous montons, nous autres, et eux vont en descendant !

Cependant les Auriolais ont dépassé de pas de l’Avé, ils sont même en vuedu moulin de Redon, et les gens de Sainte-Zacharie ne paraissent pas encore sur la route.

Cependant, disaient les marcheurs, nous ne sommes pas partis avant l’heure ! L’aube pointait et il n’y avait plus d’étoiles quand nous nous sommes mis en route ! Eh bien nous aurons un belle part !

Et ils passent ainsi Pata ! et ils passent Montvert : et ils passent… ils passent le pont de l’Huveaune, … et tonnerre de Dieu les voici dans Saint-Zacharie.

Oh ! Sacrebleu ! toutes les fenêtres sont fermées !

Oh ! Nom d’un chien !  mais...  ils dorment  encore, nos voisins !

— Oh ! Diantre! Ils n’ont pas vu que le soleil se lève, les dormeurs !

Et ils se mettent à frapper aux maisons : un peu plus et ils les démolissaient.

Oh ! qui frappe en bas ? grogna le premier qui mit la tête à la fenêtre.

— Aïe ! Coquin de sort, ce sont les Auriolais qui sont déjà ici ? Eh bien, nous sommes frais ! réplique un autre qui ouvre les yeux.

Et en peu de temps, tous les gens étaient dans la rue.

Eh bien, que faisons nous ? hurlent les Auriolais ; c’est donc ici que nous marquons les limites ?

Oh ! Pitié ! disent les pauvres Zachariens, les yeux gonflés de sommeil et de larmes ; pitié ! Cependant, vous ne pouvez pas mettre les bornes dans nos maisons !

Et le vieux qui avait parlé la veille parla à nouveau :

— Certes ! leur dit-il, un pacte est un pacte, on ne peut pas dire que les gens d’Auriol ne l’aient pas tenu ! Mais il ne faut pas cependant, mes amis, que nous soyons des sauvages et des égoïstes ! Il se peut que nos voisins aient été trompés par l’ombre de la montagne et il serait juste de leur laisser un bout de terrain de notre côté, pas vrai ?

Il y eut bien quelques Auriolais qui râlèrent, mais cependant ils n’osèrent pas trop crier contre leur vieux qui, dans tout cela, leur avait donné, la veille, un bien beau conseil.

Moins vite, c’est certain, qu’ils n’étaient venus, ils retournèrent donc vers leur village ; ils repassèrent l’Huveaune,… ils repassèrent Montvert… Les Zachariens très avenants les accompagnaient et comptaient bien le faire aussi loin qu’ils pourraient.

— Assez ! dirent-ils tous.

Et ils plantèrent leurs bornes à quatre pas du village de Saint-Zacharie.

Les gens de l’endroit avaient perdu une belle surface de terre, cela est vrai, mais ils avaient attrapé un joli surnom qui leur restera.

On ne peut pas tout avoir !

Récits et Sornettes (1930)

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