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DIMARS 12 DE MARS 2019

 

Santo Justino

 

Ditado :

 

  • Un fais bèn lia es mié-pourta.

Un fagot (fardeau) bien lié est à demi porté.

 

  • Ma bello vesino a tout sus l’esquino.

Ma belle voisine a tout sue le dos (elle dépense tout son argent dans ses vêtements).

 

  • Lou bèn deis autre mi fa pas gau.

Le bien des autres ne me fait pas plaisir.

 

 

Tèmo​

 

  • Les gents viennent de partout.

Li gènt (lou mounde) venon d’en pertout.

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LES FAGOTS DE NOËL

 

         Caberel habitait côte à côte avec la vieille Bachin. Lui non plus n’était pas jeune, vous pensez, il y a plus de trente ans qu’il était retraité de l’Arsenal !

Cela fait qu’à toutes les veillées ils se repassaient les anciens temps. Caberel parlait du temps de Noël.

– Vous ne vous souvenez pas, disait-il, quand on sortait les fagots de bois de l’Arsenal ? Moi je m’en souviens comme si c’était hier. Dans le noir, car la nuit venait vite, les hommes transportaient cela sur le dos. Ils s’en allaient pliés en deux, attrapant à pleines poignées la corde goudronnée qui liait la charge. Dans le mouchoir pendu à l’épaule la petite bouteille et la gamelle faisaient ding-ding. Je me rappelle que les grands gaillards se lançaient des défis : c’était à qui sortirait le plus gros fardeau.  Il y en a qui paraissaient avoir des montagnes sur le cou. Il fallait se mettre à quatre pour les charger. S’ils avaient glissé ils auraient été écrasés sous le poids. Dehors, sur le trottoir, ils envoyaient au sol les fardeaux. C’était de gros morceaux de bois débités dans l’épaisse membrure des vieilles coques de bâtiments, encore enduits du goudron du calfatage, bourrés d’étoupe, avec de gros clous plantés en plein cœur.  Parfois il y en avait qui avaient caché au beau milieu des pièces de meubles préparées de longue date.

A la porte de l’Arsenal, les femmes et les enfants venaient pour aider les hommes avec des charretons, puis, allez ! les uns tiraient le brancard, les autres poussaient la roue. Alors pendant plus de deux heures, dans les rues du vieux quartier on entendait des pan-pan des morceaux de bois contre les murs. A pleines brassées ils transportaient les morceaux à la mansarde. La femme faisait de la lumière et le père criait sur la marmaille qui laissait échapper le bois tout au long des escaliers.

Puis, tous les dimanches matin, au milieu de la rue, les hommes, à coups de hachette, dépeçaient les gros morceaux. Mais ils avaient beau les faire petits, le bois ne brûlait pas mieux pour cela, il fumait et faisait un mauvais feu.

Maintenant ils donnent encore un peu de bois, mais ce n’est plus cela.

A un moment, il était question de remplacer les fagots pas une morue, il parait qu’ils ont changé d’idée.

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LE GROS SOUPER DE NOËL

 

            La vieille Bachin était un vieille toute rabougrie, flétrie comme une pomme reinette et que la mort avait oubliée pour l’éternité. Elle habite depuis tant de temps dans la même maison qui, avec le loyer qu’elle a payé au propriétaire elle aurait pu se l’acheter au moins dix fois.

            Toutes les fois que je vais la voir, elle aime remuer toutes les choses dont sa mémoire est pleine. Elle se plaint sans arrêt que les usages d’autrefois s’effacent d’année en année.

            Hier elle me parlait des Noël de son temps.

  • Tout se perd, maintenant, me dit-elle. Le monde est tout bouleversé. Maintenant Noël ne se fait plus, ce qu’ils font ne ressemble à rien. Dans ma jeunesse, oui, que cela était une fête !

            De bien loin toute la famille se rassemblait chez l’arrière grand-père et, durant les trois jours de fête, la table restait mise. Elle ressemblait à un autel, sous la clarté de la lampe.

            Le soir du gros souper, on faisait maigre. Ma pauvre mère, la pauvre, qu’elle soit au Paradis ! servait une bonne capilotade de morue, un chou-fleur gratiné dans le four de la marchande de cade et une grosse omelette d’épinard, pas plus. Il n’y avait que ces trois plats.

            Ce n’est pas pour cela que l’on parlait du « Gros Souper », c’est pour le dessert.

          Dites : la table se garnissait de combien de gourmandises ! Là il y avait des desserts de Noël de toutes sortes dans des assiettes fleuries. On voyait des figues sèches, des noix, du raisin de Malaga, des dattes, des pompes, des nougats, des pommes, des poires, des biscuits et une ou deux bouteilles de vin cuit dont le marchand Bugueboute nous faisait cadeau tous les ans .

            À un moment donné, l’aïeul et le dernier né de l’assemblée bénissait la bûche, le bel olivier qui flambait dans la cheminée, avec une rasade de vin cuit. Alors chacun buvait une gorgée au verre que l’on se passait tour à tour et l’on s’embrassait comme du pain blanc en disant comme cela :

            « Que Dieu nous fasse la grâce de voir l’an prochain ; si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins ».

            Puis, quand nous allions nous coucher, nous laissions la table dressée pour les petites âmes, les âmes des anciens, viennent picorer les miettes du repas.

            Maintenant tout cela ne se fait plus. Noël passe comme un dimanche. Nous-autres aussi, et les vieilles choses d’autrefois se perdent.

            Le monde n’en est pas plus heureux pour cela.

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