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DIMARS 12 DE MAI 2015

 

SANT ACHILE

 

Ditado :

 

Après agué manja uno soupo de pèis emé de pelerino, sian ana cassa lou « dau » emé nouastro chourmo. Puei avèn cava un trau ‘mé uno palo pounchudo pèr enterra lou « dau » qu’èro mouart dins un radassié de fueio. Quouro avèn fa ‘cò li avié forço parpaioun que nous parpalejavon à l’entour. Aquel enterramen nous a esmougu que-noun-sai. Desempuei aquéu moumen, lou rode es clafi de parpaioun que s’escrachon entre éli talement n’i’a. Sèmblo de pego-soulet.

 

Après avoir mangé une soupe de poisson avec des coquilles Saint-Jacques, nous sommes allés chassé le « dau » avec notre bande. Puis nous avons creusé un trou avec une pelle pointue pour enterrer le « dau » qui était mort dans un lit de feuilles. Quand nous avons fait cela il y avait de nombreux papillons qui clignotaient autour de nous. Cet enterrement nous a bouleversé. Depuis ce moment, l’endroit est plein de papillons qui s’écrasent entre eux tellement il y en a. On dirait des autocollants.

 

 

 

ISTÒRI

 

 

Ço que vous vau counta es d'istòri vertadiero. Acò se passè  realamen à Roco-Bruno sus Argèns.

À-n-aquelo pountanado, li avié panca la televisien e lei gènt pèr si diverti arribavo souvènt que si jugavon de tour leis un eis autre.

Anèn coumença pèr lou paire Bernardin qu'èro un bouan farcejaire. Mi remèmbri qu'aquel ome avié uno Citroën (uno « trèfle » pounchudo dóu cuou, èro verdo). Aquéu moussu Bernardin èro courtié en vin, mai èro tambèn un gros prouprietàri. Aquéu jour si troubavo à soun bastidoun just darnié la garo, e, si fasié bouli de cese pèr dina. Passo lou paire Canet qu'avié la tèsto pas tròup calme.

Bounjour moussu Bernardin que fès de bouan ? Nouastre farcejaire si diguè : fau que li juègui un tour à ma façoun.

— Bèn viés Canet fau couire lei cese pèr ana lei semena, coumo acò l'an que vèn sourtiran tout cue.

— Sias segur d'acò ?

— Te vè, anan lei semena subran !

E Bernardin duerbe la rego pèr semena lei cese.

— As que de reveni dins quàuquei jour veiras que saran sourti.

Canet s'enva. Quouro es parti mèstre Bernardin duerbe mai la rego, mai aquéu coup n'en semeno de bouan.

Si passo un desenau de jour, Canet passo davans lou bastidoun e s'aviso que lei cese èron sourti e que fasien adeja tres det de aut. N'en reste nè. N’i’a que dison que n'a semena douei kilo mai soun jamai sourti .

 

 

Aro anèn parla dóu paire Mariu Jacinto (Hyacinthe). N’i’a bessai aqui qu’an couneissu soun fiéu (Edmond Hyacinthe) : fasié l'escolo à Freju vo à San-Rafèu sàbi pas tròup. Avèn aqui un ome que pèr juga de marrit tour èro jamai lou darnié.

Avié à Petignoun un bastidoun em'un pau de terro. Pouàdi vous dire qu'èro un poulit bastidoun. Emé ma chourmo de cassaire li anavian faire la duberturo de la casso. E li avié à l'entour un bouan moucèu de terro mounte li fasié de fraso. Mai coumo coumençavo de si faire vièi, avié embaucha un Italian pèr lei saucla. Lei vaqui de matin tóutei dous sus lou carretoun atela d'un pichoun muou, pèr ana à Petignoun.

Arriba sus plaço, lou paire Jacinto fa vèire à l'Italian ounte si troubavon lei fraso que duvié saucla. Mai lou vesin avié mes un espaventau pèr leis auceloun que retipavo uno fremo clinado coumo se sauclavo.

— Vesès aquelo fremo clinado au mitan dei fraso, quouro sara miejour fau la creida, mai creidas fouart bord qu'es un pau sourdo.

Miejour arribo l’Italian si dreisso e crido,

— Hòu ! « madama le mesdi ; ma cristou es sourda », fa enca douei pas : « ou madama le mesdi », fa enca quàuquei pas e es aqui que s'aviso que la fremo èro un espaventau. De vèire que l'avien pres pèr un couioun, es ana au bastidoun vèire Jacinto, s'es fa paga e es reparti d'à pèd. Fau dire que de Petignoun à Roco-Bruno l'a cinq kilomètre .

 

 

Aquéu moussu Jacinto avié un bèu-fraire, de soun estat fatour, qu’avié coumo escais-noum Alume. E, avié coumo seitour, lou dabas dóu vilàgi e lei quartié dóu Blavet . Coumençavo pèr faire lou vilàgi, puei passavo au siéu pèr prendre la saco dei las e dei leco. Alor en fènt sa distribucien metié tout acò en plaço, e de retour ramassavo aquélei que s'èron fa quicha. Aquesto annado avié talamen plóugu que lou Blavet èro plen d'aigo . E, à nouastre paire Jacinte, li prenguè l'idèio de faire traversa à soun bèu-fraire lou Blavet plen d'aigo.

Anè s'escoundre en esperant la revengudo de soun bèu-fraire. Quand aquèu arribè Jancinto si metè à creida en si desplaçant coumo s’èron dous vo tres. Tambèn qu'à-n-un moumen douna, Alume passè de l'autre caire dóu Blavet trempa coumo uno poulo bagnado .

Es aqui que Jacinto si fa vèire. Oh ! Que fas Alume siés vengu prendre un ban ?

Alume li a jamai respoundu e es resta sièis mes de li parla.

 

 

 

HISTOIRES

 

 

Ce que je vais vous raconter ce sont des histoires véritables. Cela s’est réellement passé à Roquebrune.

A cette époque, il n’y avait pas encore la télévision et les gens pour se divertir, il arrivait souvent qu’ils se jouent des tours les uns les autres.

Nous allons commencer par le père Bernardin quoi était un bon farceur. Je me rappelle que cet homme avait une Citroën (une trèfle pointue de l’arrière, elle était verte). Ce monsieur Bernardin était courtier en vins, mais c’était aussi un gros propriétaire. Ce jour là il se trouvait à son bastidon juste derrière la gare, et, il faisait bouillir des pois chiches pour le déjeuner. Passe le père Canet qui avait la tête un peu fêlée.

— Bonjour monsieur Bernardin que faites-vous de bon ?

Notre farceur se dit : il faut que je lui joue un tour à ma façon. 

— Bien, tu vois Canet je fais cuire mes pois chiches pour les semer, ainsi l’an prochain ils sortiront tout cuits.

— Vous êtes sûr de cela ?

— Tiens, nous allons les semer de suite !

Et Bernardin fait sillon pour semer les pois chiches.

— Tu n’as qu’a revenir dans quelques jours tu verras qu’ils seront sortis. Canet s’en va. Quand il est parti monsieur Bernardin ouvre à nouveau le sillon, mais cette fois il en sème de bons.

Il se passe une dizaine de jours, Canet passe devant le bastidon et s’avise que les pois chiches étaient sortis et qu’ils faisaient déjà trois doigts de haut. Il en resta interdit. Il y en a qui disent qu’il en a semé deux kilos mais ils ne sont jamais sortis.  

 

 

Maintenant nous allons parler du père Marius Hyacinte. Il y en a peut-être qui ont connu son fils (Edmond Hyacinthe) : il faisait l’école à Fréjus ou à Saint-Raphaël,, je ne sais pas trop. Nous avons là un homme qui pour jouer de mauvais torus n’était pas le dernier.

Il avait à Petignon un bastidon avec un peu de terrain. Je peux vous dire que c’était un joli bastidon. Avec mon équipe de chasseurs nous y allions faire l’ouverture de la chasse.  Et il y avait à côté un bon morceau de terrain où il faisait des fraises. Mais comme il commençait à se faire vieux, il avait embauché un italien pour les sarcler. Les voici le matin tous deux sur le charreton attelé d’un petit mulet, pour aller à Petignon.

Arrivés sur place, le père Hyacinthe  fait voir à l’italien où se trouvaient les fraises qu’il devait sarcler. Mais le voisin avait mis un épouvantail pour les oiseaux qui ressemblait à une femme inclinée comme si elle sarclait.

—  Vous voyez cette femme penchée au milieu des fraises, quand il sera midi il fait l’appeler, mais criez fort car elle est un peu sourde ».

Midi arrive, l’italien se redresse et crie :

— Ho ! «  « madame il est midi, mais elle est sourde», il fait encore deux pas : « oh ! madame il est midi », il fait encore quelques pas et c’est là qu’il se rend compte que la femme était un épouvantail. De voir qu’on l’avait pris pour un couillon, il est allé au bastidon voir Hyacinthe, il s’est fait payer et est reparti à pied. Il faut dire que de Petignon à Roquebrune il y a cinq kilomètres.  

 

 

Ce monsieur Hyacinthe avait un beau-frère, facteur de son état, qui avait pour surnom Alume. Et il avait pour secteur, le bas du village et les quartiers du Blavet. Il commençait par faire le village, puis passait chez lui pour prendre le sac des collets et des pièges. Alors en faisant sa distribution il mettait tout cela en place, et de retour il ramassait ceux qui s’étaient fait attraper. Cette année là il avait tant plu que le Blavet était plein d’eau. Et, à notre père Hyacinthe il lui prit l’idée de faire traverser à son beau-frère le Blavet plein d’eau.

Il alla se cacher en attendant le retour de son beau-frère. Quand celui arriva, Hyacinthe se mit à crier en se déplaçant comme s’ils étaient deux ou trois. Tant et si bien qu’à un moment donné  Alume passa de l’autre côté du Blavet trempé comme une poule mouillée.

C’est là que Hyacinthe se fait voir. Oh ! Que fais-tu Alume ? tu es venu prendre un bain ?

Alume ne lui a jamais répondu et est resté six mois sans lui parler.

 

 

À ma Maire

 

La devinàvi aqui, darrié li mato

Sensiblo au mendre brut agacha ma vengudo;

Pèr ti vèire assetada à ta plaço pantaiado,

Deviéu trevira aquel oudourant estèu .

 

Tei péu blanc, disien leis an au lourd passiéu .

Amàvi toun regard clar, tei man blanco levado

Quouro m'apercebiés : joueinesso retroubado !

Car l’amour maternau es toujour impulsiéu .

 

D'uno sarraduro de det, fouaço cauvo coumpresso

Lou couar semblavo jalous dei paraulo apresso.

Voulié pèr iéu soulet, aquéu sutiéu recounfort.

 

L'ouro de ma partènço, pecaire èro previsto.

Me levant à regrèt, la poutounàvi bèn fouart ,

E lei flour enca un coup, l'escoundien à ma visto !

 

 

Gisèlo Perlo  revira pèr Milo Fabre

 

À ma Mère

 

Je la devinais là, derrière les massifs,

Sensible au moindre bruit, guettant ma venue;

Pour te voir assise à ta place favorite,

Je devais contourner cet écueil odorant.

 

Tes cheveux blancs disaient les ans au lourd passif.

J’aimais ton regard clair, les mains blanches levées

Quand tu m’apercevais : jeunesse retrouvée !

Car l’amour maternel est toujours impulsif.

 

D’un serrement de doigts, beaucoup de choses comprises

Le cœur semble jaloux des paroles apprises.

Elle voulait pour moi seul ce subtil réconfort.

 

L’heure de mon départ, la pauvre, était prévue.

Me levant à regrets, je l’embrassais bien fort ,

Et les fleurs encore une fois, la cachait à ma vue !

 

 

 

 

QUADRIHO AU VILAGE

 

Que li chato soun tóuti un pau tambourin, acò se saup. Aguère i'a gaire un eisèmple d'aquelo foulié. Li Charlet an dos fiho. N'i'a uno qu'a fa d'estùdi, noun pas que l'autro es toujour restado à l'oustau. Ano, l'einado qu'es i faculta, sarié pas  tant galanto que sa sorre Celino, mai es pas laido nimai. Li dos chato  se soun fiançado quasimen  en meme tèms. Ano em' un  estudiant coume elo e Celino  em' un de Castèu-Nòu-dóu-Papo  qu'a couneigu au mariage d'uno  de sis amigo, un bèu drole de quàuquis an plus vièi qu'elo e que, coume tout bon Castèunouven, fai de vin.

I vacanço, Ano es vengudo emé soun Andriéu.  Quand dise que li chato soun folo, n'atrove tout d'uno la provo dins la chausido qu'Ano avié facho d'aquéu garçoun. Proun pouli garçoun, vole bèn, mai d'aquéli mirau de putan que fan raramen de bon marit. Em' acò, gaire travaiaire, avié manca sis eisamen e Ano, qu'avié passa li siéu, disié voulountié qu’Andriéu, lou paure, avié pas agu de chanço.

De  faire la  couneissènço d'Andriéu,  Celino es estado touto apetegado.  N'a óublida soun Castèunouven qu'es un garçoun sena mai pau-parlo e que d'aiours la vèn vèire que lou dimenche.  De soun coustat,  Andriéu a trouva à soun goust aquelo tèsto folo de Celino qu'a tout fa pèr ié plaire. E pardinche, soun esta talamen countènt de s'atrouva, qu'an dispareigu tout un tantost.  Quand i'an demanda  mounte èron ana,  Celino diguè qu'avié  vougu moustra  lou vilage à-n-Andriéu. Em' acò n'es pas mai esta. Es pièi pas Celino que vai prendre Andriéu à sa sorre. Au mens, pèr encaro, Ano lou pènso pas. Pèr que sis iue se duerbon, faudra mai qu'acò, mai se durbiran. D'aiours,  Celina e Andriéu s'escoundien gaire. Prenien la veituro d'Andriéu e s'escapavon d'ouro. Ano poudié que ploura. Fin finalo, Celino e Andriéu desclarèron que s'amavon e qu'avien entencioun de se marida. Pas mai. De que poudié faire la pauro Ano ?  A fa pamens comprèndre à-n-Andriéu que valié miés que dispareiguèsse se voulié pas se faire grafigna. Andriéu s'es enana, mai Celino ié telefouno tóuti li jour e Ano se dis que tout es perdu. Es alor que ié vèn uno idèio. Es anado à Castèu-Nòu counta l'afaire au fiança de Celino e, ma fe, l'a trouva forço simpati. Perdequé, i'a di, anounciarian pas noste maridage ?  Cresès pas que la leiçoun sarié di bono ?  Lou brave garçoun qu'es Rougié i'a pas di de noum. Quau es estado proun estabousido quouro Ano a  parla davans si  gènt de soun proujèt d'espousa Rougié ?  Celino, parai.  Fuguè coume s'avié perdu la paraulo.  Mai s'es represso.  Perdequé s'espousarien  pas s'acò  i'agrado, sufis  qu'elo ague soun Andriéu.

Malurousamen pèr elo, l’ome qu'a chausi es plus au bout dòu fiéu quand ié telefouno e dins lou courrié d'Ano i'a agu uno letro d'Andriéu que ié demando umblamen perdoun e la prego de tout óublida. Ano a fa legi la letro e  Celino qu'a coumpres qu'Andriéu avié fa bosso d'elo. Es que lou bougre èro ana proun liuen emé Celino e Celino acò ié perdounavo pas. Un jour, l'anè trouva sènso rèn dire. Quand revenguè, èro coumpletamen destimbourlado. Se coumprenié que lou drole l'avié manda rascla de cano. Gardavo gaire d'espèr de recounquista Ano e se vesié gaire intra dins sa famiho. Celino, à soun tour, plourè, demandè perdoun à Ano e l'escounjurè de ié rendre soun Rougié. Ano avié vist soun raive espeça e, coume es uno chato senado, se vesié gaire espousant lou Castèunouven. Se faguè l'avoucato de sa sorre e, fin finalo, lou brave garçoun se leissè counvincre emai fuguèsse un pau mouquet de l'afaire. Celino, en quau la leiçoun a servi, sara, de-segur, uno bono espouso. Pèr ço qu'es d'Ano, pensas belèu qu'a perdouna e que, coume Celino, es revengudo à si proumiéris amour. Vous troumparias. Despoutinado, a ploura e sis iue rouge an fa vergougno à Celino. E pièi es partido mounte sa nouminacioun l'a mandado. Liuen de soun païs, segound uno lèi oudiouso que fai viéure li gènt à de centeno de kiloumètre de  mounte an sa vido. Pèr Ano es esta un bèn, d'abord que i'a rescountra un garçoun d'eici que l'espousara i vacanço de Nouvè. Ansin s'acabara ço que se pourrié apela un quadriho au vilage.

 

Reinié Jouveau  - 26 de Juliet 1974.

 

 

 

 

QUADRILLE AU VILLAGE

 

Que les filles soient toutes un peu fêlées, cela se sait. J’ai eu il y a peu un exemple de cette folie. Les Charlet ont deux filles. Il y en a une qui a fait des études, non pas que l’autre soit toujours restée à la maison. Anne l’ainée qui est à la faculté, n’est pas aussi jolie que sa sœur Céline, mais elle n’est pas laide non plus. Les deux filles se sont fiancées quasiment en même temps. Anne avec un étudiant comme elle et Céline avec un gars de Chateauneuf-du-Pape qu’elle a connu au mariage d’une de ses amies, un beau garçon de quelques années plus vieux qu’elle et qui, comme tout bon castelneuvois fait du vin.

Aux vacances Anne est venue avec son André. Quand je dis que les filles sont folles, j’en trouve tout de suite la preuve dans le choix qu’Anne avait fait de ce garçon. Assez joli garçon, je veux bien, mais un de ces bellâtres qui font rarement de bons maris.  Avec cela guère travailleur, il avait raté ses examens et Anne qui avait réussit les siens, disait volontiers qu’André, le pauvre, n’avait pas eu de chance

De  faire la connaissance d’André, Céline a été toute excitée. Elle en a oublié son castelneuvois qui est un garçon sensé mai taciturne et qui d’ailleurs ne vient la voir que le dimanche. De son côté, André a trouvé à son goût cette tête folle de Céline qui a tout fait pour lui plaire. Et pardi, ils ont été tellement heureux de se trouver qu’ils ont disparu tout une après-midi. Quand on leur a demandé où ils étaient allés, Céline dit qu’elle avait voulu montrer le village à André. Et rien de plus. Et puis ce n’est pas Céline qui va prendre André à sa sœur. Du moins, pour l’instant, Anne ne le pense pas. Finalement, Céline et André déclarèrent qu’ils s’aimaient et qu’ils avaient l’intention de se marier. Pas plus. Que pouvait faire la pauvre Anne ? Elle a fait comprendre à André qu’il valait mieux qu’il disparaisse s’il ne voulait pas se faire égratigner. André s’en est allé, mais Céline lui téléphone tous les jours et Anne se dit que tout est perdu. C’est alors qu’une idée lui vient. Elle est allée à Châteauneuf raconter l’affaire au fiancé de Céline et, ma foi, elle l’a trouvé très sympathique. Pourquoi, lui a-t-elle dit n’annoncerions-nous pas notre mariage, Vous ne croyez pas que la leçon serait bonne ? Le gentil garçon qu’est Roger ne lui a pas dit non. Qui a été plus que surprise quand Anne a parlé devant des parents de son projet d’épouser Roger ? Céline, pas vrai.   Ce fut comme si elle avait perdu la parole. Mais elle s’est reprise. Pourquoi ne s’épouseraient-il pas si cela leur chante, il suffit qu’elle ait son André.

Malheureusement pour elle le garçon qu’elle a choisi n’est plus au bout du fil quand elle lui téléphone et dans le courrier d’Anne il a eu une lettre d’André qui lui demande humblement pardon et la prie de tout oublier. Anne a fait lire la lettre et Céline qui a compris qu’André avait fait la fête avec elle. C’est que le bougre était allé trop loin avec Céline et Céline cela elle le lui pardonnait pas. Un jour elle alla le trouver sans rien dire. Quand elle revint elle était toute bouleversée. On comprenait que le garçon l’avait envoyé sur les roses. Il ne gardait guère d’espoir de reconquérir Anne et ne se voyait guère entrer dans la famille. Céline, à son tour pleura, demanda pardon à Anne et la supplia de lui rendre son Roger. Anne avait vu son rêve s’envoler et, comme une jeune fille sensée, elle ne se voyait guère épousant le castelneuvois. Elle se fit l’avocat de sa sœur et, finalement, elle se laissa convaincre bien qu’il fut un peu le dindon de la farce. Céline à qui la leçon a servi sera, c’est certain, une bonne épouse. Pour ce qui est d’Anne, vous pensez peut-être qu’elle a pardonné et que, comme Céline, elle est revenue à ses premières amours. Vous vous tromperiez. Elle a ouvert les yeux, elle a pleuré et ses yeux rouges ont fait honte à Céline. Et puis elle est partie où sa nomination l’a envoyée. Loin de son pays, selon une loi odieuse qui fait vivre les gens à des centaines de kilomètres d’où ils ont leur vie. Pour Anne cela a été un bien, puisqu’elle a rencontré un garçon d’ici qui l’épousera aux vacances de Noël. Ainsi s’achève ce que l’on pourrait appeler un quadrille au village.

 

René Jouveau  - 26 Juillet 1974.

 

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