DIMARS 12 DE JUN 2018
Sant Gui
Prouvençalisme:
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Metre sei plus bèus ajust.
Mettre ses plus beaux atours.
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Amaga seis ounto.
Cacher sa pudeur.
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Brula banasto.
Changer de vie.
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Chausi sus la banasto
Trier sur le volet / choisir entre tous.
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Agué la barbo espeloufido.
Avoir la barbe en broussaille.
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Fau pas bateja avans que naisse.
Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
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Toumba de mourro-bourdoun.
Tomber tête la première.
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Douna de grame à tria.
Donner du fil à retordre.
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Faire de bano à quaucun.
Faire un affront à quelqu’un.
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Èstre bas de visto.
Être mal-voyant.
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Èstre bas de cuou.
Être petit.

UN BOITEUX
« Tu te souviens de Claude qu’on appelait le boiteux parce qu’il clopinait pas mal ? », « Je m’en souviens », « À part cette infirmité, c’était plutôt un bel homme et sympathique. Il était à peu près de notre âge et, quand nous étions jeunes, nous avons souvent bu l’apéritif ensemble. »
« Il était menuisier comme son père et, comme son père, il était bon ouvrier. Mais, après son mariage avec une fille d’Avignon, il trouva une petite place dans un bureau et, depuis, il n’est jamais revenu à Vedène, où, il faut le dire, il n’avait plus personne. »
« Jusqu’à maintenant, l’histoire de Claude le boiteux parait bien banale. »
« Elle ne l’est pas autant que tu le crois et, si je t’ai parlé de lui, c’est que je pensais que tu ignorais tout de ce qui s’est passé à Vedène depuis la guerre de 40, puisqu’à l’époque il n’y venait plus beaucoup. »
Claude est un garçon fort sensible et qui a souffert plus que d’autres de son infirmité. Dans sa famille on a toujours été très fier et, d’ailleurs, si tu t’en souviens, la maire de Claude est la sœur d’Eyraud qui a été proviseur de lycée.
Claude, lui, qui a été à l’école avec moi, est un garçon intelligent et qui aurait pu mieux faire.
Bref, un jour que Claude sortait du café Rossi, il aperçut, de l’autre côté de la route, une voiture arrêtée et, dedans, une jeune fille très jolie qui avait l’air d’attendre.
Claude la regarda et en fut ébloui. Mais il ne s’arrêta pas et retourna tranquillement à sa maison. Des belles filles il y en avait partout et Claude ne se faisait guère d’illusion : avec sa jambe estropiée, ses ambitions ne pouvaient qu’être modestes même s’il l’acceptait défilement.
Le lendemain la jeune fille était toujours dans son auto devant le café Rossi ; Claude trouva la chose curieuse. C’est pourquoi, quand on lui eut servi son pastis, il demanda au patron : « Qui est cette fille que je vois tous les jours, dans son auto devant ton café ? »
Le patron, en bon patron, était au courant : « Cette fille dit-il, est la fille du nouveau directeur des papeteries. Pendant que sa mère fait les courses dans le village, elle l’attend à l’ombre des platanes. »
— Et pourquoi l’attend-t-elle ? dit Claude
— Ah ! Dit le patron, la pauvre fille est infirme. A ce que l’on m’a dit elle es déhanchée.
Déhanchée, le mot entra dans Claude comme une flèche. Ainsi il y avait des riches que la fortune ne mettait pas à l’abri des malheurs de ce monde. Mais, d’une façon ou d’une autre, des personnes comme cela pouvaient connaitre malgré tout le bonheur et Claude, soudain, se dit qu’il aurait volontiers fait le bonheur de cette jeune fille. Pourquoi lui refuserait-on une fille qui avait été, comme lui, trompé par la vie ? Il n’en parla à personne, mais en passant devant la jeune fille il la regardait longuement et il se disait que, peut-être , elle comprendrait qu’elle lui plaisait et qu’il aurait bien voulu lui en dire plus. Un autre, peut-être se serait dit : « Parlons-lui. » Mais Claude n’osait pas et comme, cependant, il en perdit le boire et le manger, il se décida. S’il ne pouvait lui parler il lui écrirait. Ce qu’il fit.
Dans sa lettre, il parlait de son infirmité net, le plus discrètement possible de la sienne. Cette lettre il me la fit lire afin d’être certain de n’y avoir laissé ni faute ni paroles hors de propos. Je n’osai pas lui dire que je le trouvais bien audacieux. Il était amoureux pour de bon et s’était mis dans la tête que le hasard, en mettant sur sa route quelqu’un qui, comme lui, avait à se plaindre de sa destinée et qui, comme lui pensait, nourrissait l’espoir de voir un jour, malgré tout, le bonheur arriver dans sa vie, tout était possible.
La lettre partit. La réponse ne se fit guère attendre. La fille avait un beau papier à lettre et une belle écriture. Sa réponse était celle de quelqu’un de bien élevé, qui avait pris la chose du bon côté et qui faisait savoir à Claude, simplement, qu’elle était sur le point de se marier, et qu’elle ne pouvait dire autre chose que non. Elle lui souhaitait tout le bonheur possible et elle signait :
Geneviève Derousset.


Je te laisse imaginer l’effet que fit cette lettre à Claude. Il était comme quelqu’un qui sort d’un songe.
Geneviève se maria. Elle se maria à Vedène. Nous pûmes tous voir qu’elle se déplaçait difficilement pour aller seulement de la porte de l’église à l’autel. Mais à côté d’elle le marié était un bel homme ; pas boiteux, lui, le plus jeune ingénieur des papèteries.
Claude, je te l’ai dit, se maria quelques temps après avec un Avignonnaise qui n’était pas aussi jolie que Geneviève, mais qui est une brave fille et qui s’accommode bien d’un mari boiteux. Mais le joli rêve que Claude avait fait !
René Jouveau

AU BON AMI FAYARD
Fils de la "confrérie" de la cuve
Qui fraternise sous un poivron[1]
Nous avons des joues écarlates
Préférant le "plus" que le "ça suffit".
Quand notre bande part le matin
Batifolant comme des jeunes poissons[2]
Nous allons, ô Sorgue palatine[3],
Suivre tes rives par les ruelles :
Plutôt que de courir chanter les matines
Vers Vedène ou Velleron,
Nous portons nos panses latines [4]
Vers le meilleur des riverains (de la Sorgue).
Par l'amitié qui ravigote,
Quand nous frappons à la petite fenêtre,
Nous savons que l'Aubergiste des Fantines[5]
Ne nous renverra pas d'où nous venons !
[1] qui désigne aussi le nez rouge des ivrognes
[2] Vairons.
[3] Alexandre Payard 1895/1990 était de l'Isle-sur-la-Sorgue.
[4] panso désignant peut-être ici une variété de raisin ; cf panso muscado.
[5] Alexandre Payard avait écrit un livre contant l'histoire de Fantine Claire, personnage mi-fée mi-femme...