DIMARS 11 de MAI 2021
Santo Estello
LA BOUMBARDO
Enfant de la naturo, lou Maiounen si servié de ce que crèisse à soun coustat… meme dins sei jue. E quouro erian drole, esperavian pas lei presènt, fabricavian nouàstei juguet. De la tirasso au regouncèu, ei grignoun d’aubricot en passant pèr lei tortugo, croumpavian rèn. Es verai que la bando avié de plaço, d’èr, d’estrambord ; soulet lou drole sabié pas s’espeli. Bè o ! Sàbi que lei caisseto de jue à la televisien encaparron lei drole d’encuei : autre tèms, àutrei modo.
Ai trouba l’autre jour au garage, au founs d’un armàri uno d’aquéleis invencien : uno boumbardo ! Sabès pas ce qu’es ? Vous va vau dire. A tout l’èr d’uno pichouno poumpo de biciéucleto courteto. Chascun avié sa vo sei boumbardo e revenié pas chièr. Si partié em'un coutèu-serro à la recerco d’un sambuquié. Au bord dei regoun es pas ce que manco ; n’avès de-segur rescountra : de flour blancasso en gròsseis oumbrello, dous à tres mètre de aut, de fru negras, uno óudour de penaiso fèro… li sias ? Uno bello pousso lèu serrado, bèn abrancado. Fau coupa un moussèu de trento centimètre de long : acò sera lou canoun de l’armo. S’aplicavian à sourti la méuio centralo que leissara un tube bèn propre. Un segound moussèu de quienge centimètre reçubra un bout de girlo de castagnié vo de tousco de meme diamètre que la méuio levado : acò es lou pistoun. Pas mai… Fau tapa lei doui bout dóu canoun d’un aglan bèn quicha ; puei en fènt forço, si pousso un aglan emé lou pistoun. L’èr es coumprima de mai en mai fin-que l’autre aglan espousque dins un « pif ! » se. E guèiro davans ! La pèu va sènte passa… En guerro fau s’espera à soufri… e coui, cresas-mi. Leis aglan n’èron que d’uno sesoun, alor chanjavian de municien : de papié journau mastega vo batu bèn umide fahié mestié. Segur l’enemi n’èro pas tant maca. Lei champ de bataio e leis escoundiho, leis counouissien pèr couar. Aurias prefera de jue plus sage ? Sabès, lou drole dèu tasta à tout en grimacejant leis ome. E vous assegùri que sian pas plus sanguinàri que d’autre. Ai pas fa moun servìci militàri… e mi manco pas !
Reinié NONJON
LA BOMBARDE
Enfant de la nature, le Mayonnais se servait de ce qui croît à ses côtés… même dans ses jeux. Et lorsque nous étions jeunes, nous n’attendions pas les cadeaux, nous fabriquions nos jouets. Du traîneau au cerceau, aux noyaux d’abricots en passant par les tortues, rien n’était acheté. Il est vrai que la bande avait de l’espace, de l’air et des enthousiasmes ; seul, l’enfant ne savait pas se faire naître. Eh ! bien oui, je sais que les cassettes de jeux à la télévision accaparent les enfants actuels ; autre temps, autres modes.
J’ai trouvé l’autre jour au garage, au fond d’une armoire, une de ces inventions : une bombarde ! Vous ne savez pas ce que c’est ? Je vais vous le dire. Ҫa ressemble à une petite pompe de bicyclette courte. Chacun avait sa ou ses bombardes et ça ne revenait pas cher. Nous partions avec un couteau-scie à la recherche d’un sureau. Au bord des vallons, ça foisonnait, vous en avez certainement rencontré : des fleurs blanchâtres en grosses ombrelles, deux à trois mètres de haut, des fruits noirâtres, une odeur de punaise sauvage… vous y êtes ? Une belle pousse vite sciée, bien ébranchée. Il faut couper un morceau de trente centimètres de long, ce sera le canon de l’arme. Nous nous appliquions à sortir la moelle centrale pour laisser un tube bien propre. Un second morceau de quinze centimètres recevra un bout de tige de châtaignier ou de chêne vert de même diamètre que la moelle ôtée : ça c’est le piston. C’est tout. Il faut boucher les deux bouts du canon d’un gland bien serré, puis en forçant, l’on pousse un gland avec le piston. L’air est comprimé de plus en plus jusqu’à ce que l’autre gland fuse dans un « pif » sec. Et attention devant ! La peau le sent passer… En guerre, il faut s’attendre à souffrir… et ça cuit, croyez-moi ! Les glands ne duraient qu’une saison, alors nous changions de munition : du papier journal mâché ou battu bien humide faisait l’affaire. Bien sûr, l’ennemi n’était pas autant marqué et meurtri. Les champs de bataille, les cachettes, nous les connaissions par cœur. Vous auriez préféré des jeux plus sages ? Vous savez, l’enfant doit goûter à tout en singeant les hommes. Et je vous assure que nous ne sommes pas plus sanguinaires que d’autres. Je n’ai pas fait mon service militaire… et il ne me manque pas !