DIMARS 11 DE DESÈMBRE 2018
Sant Daniè
Gramatico : lou passat simple deis aussiliàri èstre e agué
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Verbe èstre : fuguèri / sichèri / siguèri / fouguèri
fuguères, fuguè, fuguerian, fuguerias, fuguèron.
Je fus tu fus, il fut, nous fûmes, vous fûtes, ils furent.
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Verbe agué : aguèri, aguères, aguè, aguerian, aguerias, aguèron.
J’eu, tu eus, il eut, nous eûmes, vous eues, ils eurent.
Tèmo :
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Moi, j’eus juste le temps de prendre mon livre, ma règle et mes crayons.
Iéu, aguèri just lou tèms de prendre (d’aganta) moun libre, ma règlo e mei creioun (craioun).
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Moi je fus le seul à manger ma soupe
Iéu fuguèri (lou) soulet de (à) manja ma soupo.
LOU BREVET DE COUNDUCHO
A l'Escolo de Caràmi, l'autre jour, ligerian uno dicho mounte èro questien d'uno grand-mèro que mountè à chivau pèr lou proumié còup à quàsi setanto an, just pèr fa plesi à sa feleno. E nouastre proufessour de prouvençau nous a demanda de racounta, nautre tambèn, un aprendissage, quau que siegue. Tant miés se nous avié douna de fiéu à retordre, l'istòri n'en serié que pus interessanto.
Quouro èri jouino, iéu tambèn, coumo la Mameto, m'aurié agrada de mounta à chivau, mai lou chivau de moun paire èro uno bèsti de tiro, fa pèr coutreja, pèr carreja, mai pas pèr proumena lei damisello. Mi vihiéu pas quihado sus l'esquino tròup larjo d'un Percheron ; èron tant groussas, tant gaiard que... mi fahien quàsi pòu. De mai, èro pas la modo. Viéu d'eici la figuro de moun paire, l'aguèssi demanda de mi presta Cadet pèr ana faire uno pichouno proumenado ! E perqué pas emé l'oumbrello, en sus ?
Pèr la biciéucleto, l'aprendissage fuguè eisa, adounc pas gaire interessant d'à racounta. Eri jouino, proun gaio, e venguè tout soulet ; franc de quàuquei ginous courouna, m'arrivè pas d'escaufèstre.
Mai n'aguè un, d'aprendissage, que si merito d'èstre racounta, tant fuguè maleisa : es aquéu de coundutriço de veituro. Pas que siguèssi pus desgaubiado qu'uno autro, vo que mi siguèsse arriva d'acidènt grave durènt l'aprendissage, mai pèr l'encauvo dóu proufessour de counducho, un proufessour noun pas dur, sènso paciènci, intoulerant, que mi perdounavo pas la plus pichouno fauto !
Pauro Luciano, anas vous dire, mai mounte avié agu la mauchanço de destrauca un parié persounage ?
Anas coumprendre. L'avié ges d'autò-escolo à Brignolo, erian en 1950, e Touloun èro fouaço luen. Em'oucò a faugu faire emé ce qu'aviéu : fuguè moun ome que faguè lou mounitour. Ero la plus marrido soulucien, mai n'i'avié ges d'autro.
S'ai qu'un counsèu à vous douna, vé, que faguessias jamai coumo iéu !
Avian, coumo vous v'ai di, uno 4 cv Renault. Leis assai aguèron lue, quouro avian lou tèms, sus lou camin de terro que va de Candùmi à la Signourié qu'èro pas frequenta, ensin la liçoun poudié si debana à l'aise. A l'aise !... se si pòu ensin dire, perqué moun pèd gauche pesavo toujour tròup fouart sus la pedalo, poudiéu pas proun lou countour-roula. Ma man drecho, elo, s'enganavo dins lou maneja de la maneto de vitesso e la veituro, en plaço de m'óubeï e de desmarra douçamen, tèsto 'qui toussihavo, esternu-davo e fahié de bound de cabrit.
Quinto coulèro ! Pas iéu, moun ome.
– « Vas mi la roumpre ! », creidavo en fènt lei brego.
Vous rapelas, à sa descargo, que lou carrejadou èro nòu. Avian fa de sacrifìci pèr pousqué si la croumpa, nouastro proumiero veituro, èro esta nouastre presènt de Nouvè de 1949. Es pèr acò que Marcèu avié tant pòu que la li roumpèssi, e que voulié pas entèndre creniha la bouito de vitesso.
Enfin, au bout de quàuquei tèms, anè fouaço miés. Lei vitesso óubeïssèron, moun pèd devenguè pus lóugié sus l'aceleratour e roulerian quàsi bèn. Es egau, ce que mi faguè lou mai reguigna, fuguè lei desmarrage en mountado. Aussi, qunt travai ! Foulié, en mai de tóutei lei manobro necessàri, teni lou fren emé la man pèr empacha la veituro de recuela ! Vous diéu pas lou cinema, m'aurié faugu uno man de mai ! Marcèu, aquélei còup d'aqui, brassejavo, quilavo, l'aurias entendu de Picoroco.
Mai, à ce que moun ome dihié, parèis que lou fin dóu fin, pèr un bouan coundutour, es lou double-debraiage que si li dis « retrougrada ». Moun ome èro chanu dins aquelo manobro coumplicado pèr passa de la tresenco à la segoundo vitesso. Lou jour que si metè dins la tèsto de m'aprendre aquelo manobro tras-que dalicado, mi faguè autre que rena !
En quicho-clau, l'aguèri, moun permés, e dóu proumié còup, à Touloun. Pèr precaucien, ma darniero liçoun la prenguèri sus la mumo veituro qu'aquelo de l'autò-escolo, un cabrioulet 201. Acò si passè au quartié Santo-Ano, proche de l'espitau ; au mens, m'arrivèsse quaucarèn, èri sus plaço ! La routo èro boumbudo e l'eisaminatour mi demandè de faire mié-tour. Iéu fahiéu bèn entencien de pas touca lou trepadou. E l'ispeitour que mi dis :
– Appuyez-vous donc contre le trottoir, ce sera plus facile !
Sabès pas ce que li respoundèri ?
– Mai nàni, jamai de la vido, moun ome mi va defènde !
E l'autre de mi tourna :
– Eh ! bien, justement, n'écoutez plus votre mari !
Aquéu jour, doui candidat sudamen aguèron dre au permés : un caufur qu'a mena longtèms lou car que fahié lou trejit z-Aup-Touloun e que, dins sa vido, duou agué percoula mai de vint còup lou tour de la terro, e iéu qu'ai bessai pas fa vint còup lou tour de Cabasso !
LE PERMIS DE CONDUIRE
À l’Ecole de Caramy, l’autre jour, nous lûmes un récit où il était question d’une grand-mère qui monta à cheval pour la première fois à presque soixante ans, juste pour faire plaisir à sa petite fille. Et notre professeur de provençal nous a demandé de raconter, nous aussi, un apprentissage, quel qu’il soit. Tant mieux s’il nous avait donné du fil à retordre, l’histoire n’en serait que plus belle.
Quand j’étais jeune, moi aussi, comme la Mamette, j’aurais aimé monter à cheval, mais le cheval de mon père était une bête de trait, faite pour labourer, pour transporter, mais pas pour promener les demoiselles. Je ne me voyais pas perchée sur le dos trop large d’un Percheron ; ils étaient si gros, si gaillards qu’ils me faisaient presque peur. De plus ce n’était pas la mode. Je vois d’ici la figure de mon père si je lui avais demandé de me prêter Cadet pour aller faire une petite promenade ! Et pourquoi pas avec une ombrelle, en plus ?
Pour la bicyclette, l’apprentissage fut facile, donc pas très intéressant à raconter. J’étais jeune, agile, et cela vint tout seul ; à part quelques genoux couronnés, il ne m’arriva pas de mésaventures.
Mais il y eu un apprentissage qui mérite d’être raconté, tellement il fut malaisé ; c’est celui de conductrice de voiture. Ce n’est pas que je sois plus maladroite qu’une autre, où qu’il me soit arrivé d’accident grave pendant l’apprentissage, mais à cause d’un professeur de conduite, un professeur très dur, sans patience, intolérant, qui ne me pardonnait pas la plus petite faute.
Pauvre Lucienne, allez vous dire, mais où avait-elle eu la malchance de trouver un tel personnage ?
Vous allez comprendre. Il n’y avait pas d’auto-école à Brignoles, nous étions en 1950, et Toulon était très loin. Donc il a fallu faire avec ce que j’avais : ce fut mon mari qui fit le moniteur. C’était la plus mauvaise façon mais il n’y en avait pas d’autre.
Si j’ai un conseil à vous donner, voyez, c’est que ne fassiez jamais comme moi.
Nous avions, comme je vous l’ai dit, une 4 CV Renault. Les essais eurent lieu, quand nous avions le temps, sur le chemin de terre qui va de Candumy à la Seigneurerie qui n’était pas fréquenté, ainsi la leçon pouvait se dérouler à l’aise. À l’aise !... si l’on peut dire, parce que mon pied gauche appuyait toujours trop fort sur la pédale, je ne pouvais pas le contrôler. Ma main droite, elle, se trompait dans le maniement du levier de vitesse et la voiture au lieu de m’obéir et de démarrer doucement, têtue toussait, éternuait et faisait des bonds de cabri.
Quelle colère ! Pas moi, mon mari. – « Tu vas ma la casser » criait-il en faisant la tête.
Vous vous rappelez, à sa décharge, que la voiture était neuve. Nous avions fait des sacrifices pour pouvoir se l’acheter, notre première voiture, elle était notre cadeau de Noël de 1949. C’est pour cela que Marcel avait tant peur que je la casse et qu’il ne voulait pas entendre grincer la boite de vitesses.
Enfin au bout de quelques temps, cela alla beaucoup mieux. Les vitesses obéirent, mon pied devint plus léger sur l’accélérateur et nous roulâmes presque bien. C’est égal, ce qui me fit le plus râler, ce fut les démarrages en côte. Aussi, quel travail ! Il fallait, en plus de toutes les manœuvres nécessaires, tenir le frein à main pour empêcher la voiture de reculer ! Je ne vous dit pas le cinéma, il m’aurait fallu une main de plus ! Marcel, cette fois là, agitait les bras, il criait, on l’aurait entendu depuis Piqueroque.
Mais, à ce que mon mari disait, il parait que le fin du fin, pour un bon conducteur, c’est le double débrayage qui de dit « rétrograder ». Mon mari était doué pour cette manœuvre compliquée pour passer de la troisième à la seconde vitesse. Le jour qu’il se mit en tête de m’apprendre cette manœuvre plus que délicate, il me fit bine plus que râler.
Pour finir, je l’eus mon permis, et du premier coup à Toulon. Par précaution, ma dernière leçon je la pris sur la même voiture que celle de l’auto-école, un cabriolet 201. Cela se passa au quartier Sainte-Anne, près de l’hôpital ; au moins s’il m’était arrivé quelque chose, j’étais sur place ! La route était bombée et l’examinateur me demanda de faire demi-tour. Moi je faisais bien attention de ne pas toucher le trottoir. Et l’inspecteur qui me dit :
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Appuyez-vous donc contre le trottoir, ce sera plus facile !
Vous ne savez pas ce que je lui répondis ?
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Mais non, jamais de la vie, mon mari me le défend !
Et l’autre de me répondre :
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Et bien justement, n’écoutez plus votre mari !
Ce jour là, deux candidats seulement eurent droit au permis : un chauffeur qui a conduit longtemps le car qui faisait le trajet Aups-Toulon et qui, dans sa vie, doit avoir parcouru plus de vingt fois le tour de la terre, et moi qui ait peut-être pas fait vingt fois le tour de Cabasse.
Lucienne Gras