top of page

DIMARS 10 DE JANVIÉ 2017

 

Sant Guihèume

 

 

Ditado :

 

  • L’ivèr jamai li gàrri l’an manja.

L’hiver jamais les rats ne l’ont mangé. (explication : l’hiver arrive tôt ou tard mais arrive toujours)

 

  • En janvié mi-granié, à Pasco mié-celié.

En janvier il doit rester la moitié des provisions, à Pâques la moitié du vin .

 

  • Janvié de pluieo chiche fa lou païsan riche.

Janvier chiche en pluie fait le paysan riche.

 

  • De Calèndo ei Rèi lei jour crèisson d’un pèd de rèi.

De Noël à l’Épiphanie les jours croissent d’un pied de roi.

 

  • Verd coume d’èuro.

Vert comme le lierre.

 

 

Tèmo :

 

  • Les mauvaises herbes croissent rapidement.

Lei marrìdeis erbo crèisson lèu.

 

  • Dans le besoin on fait fagot de tout bois

Dins lou besoun fasèn fais de tout bouas.

 

  • Il faut battre le fer quand il est chaud.

Fau batre lou ferre quand es caud.

LA GALETTE DES ROIS (suite)

            De ce fait ils ne purent pas entrer dans la salle sans que tous les remarquassent. Et à leur grand étonnement les gens étaient assis en cercle… ils discutaient beaucoup…  ils mangeaient déjà la galette des Rois el les verres se vidaient allègrement. Mais le plus surprenant étaient qu’ils ne virent pas leur ami Jean Royer, d’autant plus que la salle ne semblait pas aménagée pour une conférence…

Cela ne les empêcha pas de se faire une petite place dans le cercle et leurs voisins, on ne peu plus complaisant, leur offrirent, l’un, un gros morceau de galette débordant de fruits confits, l’autre un verre plein à ras bord de vin mousseux de la cave des vignes blanches du terroir réputé de  Mormoiron.

Les gens parlaient de tout... de chasse, de politique, du temps qu’il faisait, des récoltes de l’année, des cancans du village… mais pas la moindre allusion à la muraille de la peste… et toujours pas de Royer dans l’assistance !

« C’est certain, Jean doit être malade et il a du se décommander » pensa Armand, «  et comme la galette était prévue les auditeurs lui font honneur… »

Ce que firent aussi, sans le moindre scrupule, Armand et son fils ! Les galettes étaient bonnes, le mousseux agréable… qu’auriez-vous fait à leur place ?...

Et figurez-vous que soudain Armand senti crisser entre ses molaires une nouvelle fève, qu’il fit prestement disparaitre…

Vous ne voyez pas qu’il aurait fallu, selon la tradition, payer une autre galette à des gens qu’il connaissait à peine, à part quelques braves paysans qu’il rencontrait parfois sur le marché de Carpentras le vendredi.

Au bout d’un petit moment, un homme de grande taille avec une barbe poivre et sel se leva de sa chaise ; il frappa trois fois sur son verre pour demander le silence et commença un petit discours.

« Mes amis, je voudrais vous remercier d’être venus si nombreux à notre assemblée générale, et avant de donner la parole à notre secrétaire qui nous fera le compte-rendu de notre activité et au trésorier qui nous dressera le bilan de notre association, je voudrais vous faire part de ma grande désillusion. 

Au défilé du onze novembre j’eus la honte de ma vie… Notre drapeau était en lambeaux, une vraie guenille, il nous faut de toute urgence le remplacer… Je vais charger Mathurin, notre garde-champêtre d’en acheter un, au plus tôt… »

Les bras d’Armand lui en tombèrent !.. Ils s’étaient trompés.. Ils se trouvaient dans une réunion d’Anciens Combattants.

La causerie de Jean Royer était programmée peut-être un autre jour… ou dans un autre endroit… Armand se renseigna auprès de son voisin de table :

« Nous sommes venus de Villes pour écouter Jean Royer nous parler de la muraille de la peste et nous sommes tombés sur l’assemblée de votre association… Que se passe-t-il ?...

« Vous vous êtes tout simplement trompés de salle…  La causerie de Jean Royer se tient dans la nouvelle salle des fêtes, sur la route de Flassan. Vous ne pouvez pas la manquer. Elle est à moins  de cinq cents mètres d’ici… vous verrez un grand parking sur votre droite… »

Penaud comme un fondeur de cloches, Armand et André s’éclipsèrent poliment, en faisant le moins de bruit possible pour ne pas se faire remarquer de l’assistance…

Ils reprirent leur voiture et les voici sur la route de Flassan à la recherche de la salle des fêtes. Il était neuf heures vingt. Avec le traditionnel « quart d’heure provençal » ils pouvaient arriver avant le début de la causerie.. Sur le parking il y avait plus de trente automobiles. C’est certain que c’était bien ici que se donnait la conférence sur « la muraille de la peste ».

Enfin nos deux amis entrèrent dans la grande salle en marchant sur la pointe des pieds. Malheureusement la porte grinça et ils auraient bien voulu que personne ne les remarquât !... et ce ne fût pas le cas !

Jean Royer était sur l’estrade, il leur fit un signe amical de la main pour saluer leur arrivée… et une vieille dame toute endimanchée, les cheveux noués avec grand soin en chignon, le buste bien droit dans un corsage en dentelle, de leva rapidement de sa chaise pour venir au devant d’eux :

« Nous ne savons pas comment vous remercier de votre présence à notre soirée. Nous savons que vous êtes très occupés en cette période. Cela nous fait énormément plaisir… Suivez-moi… »

C’est ainsi qu’Armand et son fils furent menés au premier rang des spectateurs, vers deux fauteuils en cuir réservés tout exprès.. Que d’honneurs ! Armand était scotché d’étonnement. Même s’il était un expéditeur de fruits et légumes réputé, il ne se savait pas aussi connu dans le canton ! 

La causerie venait tout juste de commencer. Et ils eurent le grand plaisir de tout connaitre sur « la muraille de la peste », grâce aux explications et aux photos que Jean Royer présenta pendant une bonne heure et demie. Un tas d’applaudissements salua la fin de la causerie, quelques questions furent posées par l’assistance, puis la vieille dame élégante se leva et invita les deux habitants de Villes à partager la galette des Rois et la clairette de Die... leur troisième galette de la soirée.. et aussi leur cinquième verre de mousseux…

En retrouvant son ami Jean qui était très heureux de sa venue, Armand eut enfin les explications : le sous-préfet de Carpentras qui avait été invité pour la causerie devait se faire représenter par son chef de cabinet… D’où la méprise de la présidente des « Amis du vieux Mormoiron », l’organisatrice de la soirée. En un rien de temps les tables furent alignées pour accueillir les auditeurs au partage de la galette des Rois… et une fois de plus, Armand mangea son morceau de galette.

Je ne saurais pas dire si les choses étaient arrangées pour honorer le Préfet… ou son représentant, mais il se trouva que notre ami tira sa troisième fève… sous les applaudissements chaleureux de l’assistance. Et du coup Armand fut même couronné... ce qu’il honora aussitôt en levant son verre quand tous les assistants entonnèrent une Coupo Santo pleine d’enthousiasme…

Jouant à la perfection son rôle de Présidente de l’Association, la gentille dame insista très fort pour que notre ami prenne un autre morceau de galette.

« Vous devriez goûter la galette à la frangipane, elle est excellente… »

Armand eut toutes les peines du monde à refuser un autre morceau, il faut dire qu’il en avait tout son soûl des galettes des Rois.

Quand vous pensez que c’était son jour de chance !

Jean-Pierre Monier

bottom of page